dimanche 14 février 2021

de qui tient sa syntaxe

dans la solitaire multitude

écrit l’ami Guy vers un phrasé


monde qui fait un tour et 


un tour jusqu’à me retourner


sur ta phrase, comme je me trouve


aux voix de qui tient sa syntaxe




vendredi 12 février 2021

ta phrase qui s'est envolée

sous les averses froides je marche

dans ta phrase qui s’est envolée


avec l’avocette et ses kriyu


avant de se tenir dans le marais


grammatical sur une patte


prosodique, ta voix gelée



jeudi 11 février 2021

dans ma phrase bancale

https://textes.antonincrenn.com/lundi-13-juin-2005/
comme la brume m’aveugle

ton illimité alors m’éclaire


sans que le voir l’emporte


dans ma phrase bancale c’est 


toujours le dire qui la change


en un éclair d’œil, ta voix vive



mercredi 10 février 2021

les vagues chevauchantes

comme des chiens hurlants

au loin tu les entends encore


quand les vagues chevauchantes,


ton déferlement m’assourdit


jusqu’à confondre les marées


et les ventres nous enfantent





mardi 9 février 2021

une phrase amphibienne

 le héron aperçu dans

le marais salant quand


la réalité éperdue


sous ta fable métamorphosée


une phrase amphibienne,


me voici ton batrachologue



lundi 8 février 2021

ta petite Sibérie

 ta petite Sibérie crie

avec la colonie des bernaches


et leurs petits culs blancs,


comme si ma phrase se


retroussait toute rouge


dans la brise de ton nord



une reine du silence

après tes grandes eaux comme

un débarbouillage de ma phrase


voici un ciel de traîne, le bleu 


nuageux souillé maintenant


par tes giboulées en guerre


déboule une reine du silence




samedi 6 février 2021

sous le tamis d'une syntaxe

ma phrase s’est prise au bleu

fouillis des claires étoiles


comme si ta nuit éclairait


sous le tamis d’une syntaxe


alors voilée par l’immense,


tes yeux tout ouïe qui brillent





vendredi 5 février 2021

la nuit l'aigrette

ma main la nuit dans tes 

cuisses entrevoit l’aigrette

dans l’envol de ta phrase

alors hissée, au point de

me perdre dans l’immaculée

blancheur de ses ailes


jeudi 4 février 2021

dans ma bouche ivre


la mésange de tes

matins ouvrant le bec

des songeries, toute

une phrase méconnue

s’enchante alors et rit

dans ma bouche ivre



mercredi 3 février 2021

la virgule d'un mimosa

ton sourire mime

la virgule d'un mimosa

dans le ciel gris de ma

phrase, alors déroutée

par le vent du rire

dans ta parole




vendredi 1 janvier 2021

pantoun négligé pour 2021

             pantoun négligé pour 2021 

(que n’émigrons-nous vers Palaiseaux !)

 

l’épidémie le pain de mie la pandémie

le petit pan de mur le pantalon de mamie

la petite mine de ma mie un premier matin

endémique je te passe la vingtaine et sous

 

ta voix déminée la terre dépensée te dit

nous démolirons le pandémonium piteux

du ruissellement capitaliste de la démocratie 

patibulaire nous écouterons tous les pinsons

 

et poussins pie et papi voleront l’utopie

d’une année pleine d’épis sans répit 

les bourgeois dépités verront bourgeonner

l’an des communes et des pantoums sans

 

pantoufler vraiment mes vingt ans sont 

révolus car voici venu le temps qui hait

le néant vaste et noir le temps des cerises

j’t’aime ma chemise brûle voici nos peuples

 

 

N.B. : Les italiques empruntent à Verlaine qui écrivait : « Seul, un poème un peu niais qu’on jette au feu » !




 

 

 

jeudi 31 décembre 2020

l'entre deux

pour Claire, son anniversaire ce 31 décembre 2020,


Avec toi, j’ai appris l’amour qui maintient sa prise et sa durée au-delà des disputes, des différends, des défauts, jusqu’à les aimer aussi. C’est l’amour pour ton air contrarié, tes explosions et le retour des sourires ensuite.  

            Erri De Luca, Impossible, p. 29.


            tu me disais c’est l’entre deux toujours entre

Paris et Caen et Poitiers et Nanterre et Cergy

et écouter et lire et les petits et les grands et 

vieillir et tenir le futur des passés infimes tous

les sans-voix que tu sais écouter en fermant 

les yeux et les deux mains qui se tiennent au 

chaud du lit et c’est la marche entre le vent et

les arbres ou la bernache qui rêve à l’été entre

les Pyrénées et le Jura nos pas dans la neige 

profonde tout le blanc entre nos couleurs ta 

peau rouge et mes bleus à l’air d’un souffle

vivre entre Morisot et Bonnard coquelicots

et mimosas courir tous les jours vers le grain

de tes beautés l’étonnement toutes les petites 

histoires et grandes et toutes les géographies 

nos communes et nos solitudes qui s’emmêlent 

jusqu’à tout nous dans des je-tu infinis je les

compte avec tes années comme si c’était mon 

âge depuis toujours chaque jour entre matin 

et soir nuit et jour tu me disais tu viens je te

réponds je cours par-dessus mes années vers

tes naissances combien tu disais je compte 

sur toi je te répondais c’est l’entre deux tes

sourires le jour et tes mains la nuit tu entres

jeudi 19 novembre 2020

Jeunesse de notre humanité (avec Bernard Noël pour ses 90 ans)

© Maxime Godard

Pour Bernard Noël, le 19 novembre 2020, 

neuf distiques pour ses quatre-vingt-dix ans

 

 

 

 

jeunesse de notre humanité tu nous l’as 

donnée dans ton sourire que la voix porte 

 

 

à chaque ligne comme si l’en-deçà toutes

tes pages pleines de cet oubli toujours à vif 

 

 

ouvraient nos mémoires à des mondes

inconnus et murmuraient un chant d’utopie

 

 

depuis toutes ces années de lecture partagée

ton écriture entretient la rumeur de son 

 

 

écoute qui nous appelle pour changer

nos plaintes en survoir comme si nos

 

 

ignorances devenaient soudain par ton

phrasé des beautés résistant au dédain

 

 

que l’obscur travail reçoit des puissants

ta voix nous prend son pluriel arrache 

 

 

tout ce qui confine nos corps dans une

danse des vivants avec tous les gestes

 

 

des morts en nous ces humains à venir

dans ta main nous touchons tout l’amour  

 

 

 

                                                           Serge Ritman avec Claire 





dimanche 4 octobre 2020

dans les renversements du sens





                                            à Yann Miralles et Emmanuel Laugier

 

je n’ai pas tout compris quand

dehors tu m’as embarqué sur quel

ciel ou fragment d’une fresque toscane

sans compter les jours qui ne comptent pas

les nuits tu marches pour que j’écoute

tous les taiseux de l’histoire 

leurs mouvements incompréhensibles

pour qui sait ce qu’il cherche dans le rêve

car quand je te vois partir 

c’est que ton appel me tient

en voix dans tous les aujourd’hui 

d’une reprise et l’œil sans fond

répand toute l’eau de nos oublis

alors tu m’asperges et je t’éclaire

d’œil dans les renversements du sens



Ce poème et cette image viennent accompagner la lecture du livre d'Emmanuel Laugier, Chant tacite (éd. Nous, 2020) à l'invitation de Yann Miralles qui a rassemblé un beau dossier. On peut le lire à cette adresse  : https://remue.net/serge-ritman-en-une-hypothese-de-voix


 

lundi 8 juin 2020

Yann Miralles, Hui

Cette recension a été publiée dans Europe n° 1094-1095-1096, juin-juillet-août 2020, p. 328-329. 


Yann Miralles, Hui, Éditions Unes, 2020, 64 p.



 

Lisant ce livre de Yann Miralles, on ne peut s’empêcher de penser à cette remarque de Pierre Bonnard dans ses carnets : « Dans l’exécution pas de perfectionnement, il n’y a que des bouleversements. » (13 juin 1934). 

Ce livre s’organise comme un triptyque avec deux volets latéraux dont le premier, « Éden & après », part du film de Mia Hansen-Love et donc de la musique garage lancée en France par son frère Sven Love. Le second volet, Ahora, est un montage d’écoute de fichiers MP3 enregistrant les babils d’un enfant. La partie centrale du triptyque offre une reprise d’un fragment du poème de Frédéric Mistral, ce poète d’Avignon et de son Rhône, ville où travaille l’auteur (« l’épopée la traversée / du pont de chaque matin chaque soir », p. 44). Si l’on arrêtait le poème à une organisation thématique, le triptyque offrirait une réciprocité de tu qui se découvrent « jusqu’à / & même / aujourd’hui » (p. 30), « le jour oui » (p. 60), autour d’une « épopée » qui construit, dans et par le présent du poème, un devenir aux oubliés de l’histoire fluviale. Mais la trilogie thématique (femme, fleuve, enfant ; cinéma, poésie, autobiographie ; etc.) est emportée par le continu d’essais de voix qu’on peut dire pasoliniens, au sens où des formes de vie adviennent dans et par des formes de langage et l’inverse vers des intensités rythmiques où l’intime et l’extime s’emmêlent dans le continu des bouleversements du poème plus que dans le perfectionnement d’un style puisque ce qui compte, pour Miralles, c’est, ainsi que titre Robert Creeley dans l’épigraphe du premier volet du triptyque, « le rythme » comme reprise à rebours de toute téléologie. 

Les essais de voix de ce livre sont d’abord des réénonciations, ces reprises de voix, où l’expérience filmique et plus largement dansée s’emmêlant avec quelque souvenir amoureux, la lecture d’un poète dont la langue est une survivance relançant à vif le quotidien voire même le « déjà plus » (p. 35) d’une langue « bel et bien morte » (p. 34) et donc d’un monde, et, enfin, l’écoute d’enregistrements des premiers babils d’un enfant, son « maintenant que le cri s’est fait entendre » (p. 49), constituent non seulement des matériaux thématiques mais surtout des énonciations qu’il s’agit de continuer au plus vif de ce qui peut en faire l’écoute loin de toute célébration voire mémoire puisque c’est de « ressouvenir en avant » – l’expression qui vient de Kierkegaard est donnée très tôt, p. 16 – qu’il s’agit de faire vivre au présent du poème. Du poème, levier d’un vivre au jour d’hui – où le présent s’intensifie (« du plein présent », p. 46) par ce qui était un pléonasme : au jour d’en ce jour. 

Ces reprises, visant une « échographie du présent » (p. 45), constituent à la fois des attentions au(x) vivant(s), de type ethnologique voire anthropologique, et des gestes où le politique et l’intime s’emmêlent dans des tentatives de bouleversements continués. Loin de tout formalisme, quand bien même les formes du dire sont au poste de commande avec les barres obliques d’abord puis les 12 sections numérotées en écho à Mistral et la litanie de la troisième partie autour de notes d’écoute (« le ronflement le souffle ensemble », p. 53), l’écriture de Miralles est une éthique du répons – non de la réponse à quelque question antérieure au poème mais du répons de la voix (« devenir / ta voix », p. 55) qui écoute ce qui engage à tenir voix, laquelle rime avec « toi » (p. 58). L’enjeu du poème, partant certes de Martin Buber cité en exergue à la troisième section, c’est celui d’un « tu es bien là » qu’on pourrait écrire : tu est bien là car, comme l’écrit Miralles, « le pronom fait la prise de son & briller tout ce qu’il touche / prend alors toute la place » (p. 50) où la consonne porte – j’ai souligné et il faudrait noter la consonne d’accompagnement, /p/ associé à /on/ pendant que /t/ l’est avec /ou/. 

Mais je n’aurais pas assez souligné ce qui bouleverse, toute cette activité au ras d’une voix qui « va plus loin, plus loin ! elle glisse / sur l’ici comme le soleil glisse / sur les pavés new-yorkais / d’une autre année, sur la façade de l’église, sur / les chemins secs où courir, la ligne tgv qui traverse le silence, sur la rn à vol d’oiseaux » (p. 58), etc. Ces bouleversements par la danse même « dans le robotique » (p. 27), par la rime même « du rythmé / bizarrement » (p. 42) et enfin par « maintenant le cri » (p. 55) ouvrent à ce miracle : « dire / indéfiniment / le déictique de ta naissance » (p. 56) ! Certes, la circonstance, une naissance, est reprise dans et par le poème mais c’est celui-ci qui la refait : « engendrer la liesse du présent ». Invention de son jour d’hui : « le jour oui », écrit le poème in fine pour qu’on recommence cette « fête / d’humble immortalité latine », comme écrivait Pasolini dans Poésie en forme de rose que cite Miralles et qu’il réénonce merveilleusement et puissamment dans un triptyque bouleversant.

 

                                                           Serge Martin

 

 


 

 

jeudi 9 avril 2020

je confine

je confine, tu finis mes finasseries
tu confines, je finis tes conneries
nous confinons, finissez nos confins
j’ouvre les fenêtres et tu m’enfermes
sans sortir, je te sors et tu m’entres
infiniment sans en finir avec nos fins
et depuis nos débuts, tu me continues 

(un salut à Ghérasim Luca qui a connu des confinements terribles et a su inventer une formule qui emporte toute son oeuvre : Comment s'en sortir sans sortir, titre du DVD reprenant le récital télévisuel réalisé par Raoul Sangla en 1988)


jeudi 2 janvier 2020

poème pour voir 2020

Paris Bordone, Deux amoureux (détail), National Gallery, London

ta main ne peut défaire ma musique
quand je te regarde tu ne résistes plus

ce genou de chair n'est pas bleu après
ta chute à deux doigts tes joues rouges 

mon pied derrière le cadre se réjouit
de disparaître des clichés de l'amour

mais ton rythme à deux mains tient
le coeur de nos rapports qui emportent 

ce dialogue oublierait le réel des luttes
quand la société est à feu et à sueur

oui mais tu ferais comme si l'utopie
retrouvait enfin des couleurs à froisser

voilà jusqu'où nos solidarités font
traverser l'intime en puissance de voix

donne ta main jusqu'à prendre cou-
leur et soulève-toi à même ta peau 



lundi 4 novembre 2019

dimanche 20 octobre 2019

Les enfants d'Isadora Duncan : un film, des gestes dansés continués

Les Enfants d’Isadora est un film de Damien Manivel.

Ce film met en scène une recherche chorégraphique à partir des notations d’Isadora Duncan pour une courte variation chorégraphique sur une étude pour piano du très jeune Scriabine : La Mère, pièce composée après la mort tragique de ses deux enfants dans un accident automobile en 1913.
Comment vivre une œuvre, dont la brièveté fait toute la force mais dont on n’a qu’un « texte » avec une partition écrite en notation Laban, autrement qu’en organisant des passages d’expériences. Plus qu’à l’énoncé, la partition ou le rappel biographique, ce film tient à l’énonciation, le mouvement dansé d’une femme éprouvée. Plus qu’à la reconstitution historique ou/et artistique (au biopic !), ce film tient à la réénonciation située et plurielle.

Le film organise un rythme de reprises : il le fait simplement comme si les expériences se continuaient d’Isadora Duncan en 1921 à aujourd'hui avec Elsa Wolliaston – la troisième partie du film – en passant par Agathe Bonitzer – la première partie – puis Manon Carpentier, accompagnée par Marika Rizzi – la deuxième partie. Ces passages de gestes s’effectuent comme reprise d’expérience dansée au plus près de chaque situation-vie. 
Cela veut dire que le personnage principal du film, c’est cette danse initiée par Isadora, par sa douleur de mère et certainement par tout ce qui dans sa danse a précédé. Le personnage c’est ce poème dansé. Il mène la danse de corps en corps jusqu’à nous. Du corps gracile et lent, plutôt physiquement conforme à ce qu'on attend d'une danseuse contemporaine, de l’actrice Agathe Bonitzer à celui de la grande chorégraphe, au corps vieillissant et obèse, Elsa Wolliaston, en passant par le corps gauche et tellement touchant de Manon Carpentier, trisomique. Le film montre comment la danse passe par ces corps et par tous les mouvements de la vie – pas seulement ceux consacrés à la danse, y compris ceux de manger, marcher, se changer, se regarder, etc. 

Le film montre comment la danse met dans ses gestes jusqu’à la lumière de l’automne, de la mer, jusqu’aux regards des actrices et des spectateurs quand a lieu une soirée où danse Manon Carpentier qu’on ne voit pas et dont on a vu toute la préparation. Jusqu’à ce passage de geste où la douleur devient affection : déplacement qui ne se mesure à aucune performance mais à une relation éthique. Que la main d’Elsa Wolliaston inachève merveilleusement. 
Ce film fait une rime prolongée, de gestes, où la danse d’Isadora Duncan ne cesse de relancer des mouvements de vie même infimes, toujours touchants, ceux de ses enfants, dans ses gestes, vivants. 

Un entretien avec Damien Manivel : http://www.gncr.fr/films-soutenus/les-enfants-d-isadora
On peut lire :





samedi 15 juin 2019

Une partie de campagne avec Pierre Bonnard



Quatre panneaux de Pierre Bonnard, « Le grand jardin », Musée d’Orsay (vers 1895), « Enfants jouant avec une chèvre », Pola Museum of art, Kanagawa (vers 1899), « La cueillette des pommes », Pola Museum of art, Kanagawa (vers 1899), « La cueillette des pommes », Virginia Museum of Fine Arts, Richmond (vers 1895).

 

elle court et sort
du tableau avec
est-ce toi enfant
l’adieu de la main
qui vole comme le linge
vite emporté à moins
que la pomme prise
ne fasse chanter

le coq et bouder
le chien bande-t-il
dans ce paradis
au ras des herbes 
tout vient devant
comme toi jusqu’au
ciel tombé ou ce sont
les pommes 

les enfants en blouse 
blanche les font 
rouler jusqu’au
panier tu me le donnais
pour des prunes
et je cours encore 
vers cette haie de têtards
mais serais-tu cachée

derrière le sapin
en bonnet pointu
je serai ton grand
rabin si tu fais ma 
demoiselle en bord 
de Seine Claude Terrasse
jouerait la musique
de notre ubuesque

partie de campagne

*





la couronne d’arabesques
sur fond de brosse verticale
troue la scène comme
une décollation ou
c’est tomber avec les bras
autour du cou de la chèvre
comme ces branches
cette petite bacchanale 
comme nous nous couchions
dans ce trou de verdure

il te faut remonter toute
la haie qui sépare 
deux verts comme ces 
deux branches elles
penchent vers l’autre
tableau je te suis et 
les trois
enfants tombés là 
comme les pommes
pendant que les fanes
oranges penchent je
te croque

*

il faut bien la croquer
et se pencher sous
la calligraphie de ton automne
encore vert et s’ébrouerait
l’hiver comme ton cou offert
ou les joues des enfants
pour un baiser que je te donne

vite