mardi 2 mars 2021

vitesse des gravelots

 la vitesse des gravelots

sur l’estran comme une danse


phrasée à même le miroir


d’un ciel immense, ma phrase


aura-t-elle le même élan 


véloce pour te retrouver ?




 

lundi 1 mars 2021

ta phrase zinzinule

le phrasé répétitif des mésanges

de ce matin printanier peut-il

rendre enjouée la phrase éperdue


de ce poème, reprise continuée


de ton petit forgeron comme


l’espagnol en fait l’étymologie ?




dimanche 28 février 2021

Philippe Jaccottet (1925-2021)

avec les pensées sous les nuages


du poète dont nous avions 


côtoyé la porte à Grignan 


un hiver à Taulignan, toute 


phrase fait-elle voix et relation


dans notre si maigre savoir ?



























dimanche 14 février 2021

de qui tient sa syntaxe

dans la solitaire multitude

écrit l’ami Guy vers un phrasé


monde qui fait un tour et 


un tour jusqu’à me retourner


sur ta phrase, comme je me trouve


aux voix de qui tient sa syntaxe




vendredi 12 février 2021

ta phrase qui s'est envolée

sous les averses froides je marche

dans ta phrase qui s’est envolée


avec l’avocette et ses kriyu


avant de se tenir dans le marais


grammatical sur une patte


prosodique, ta voix gelée



jeudi 11 février 2021

dans ma phrase bancale

https://textes.antonincrenn.com/lundi-13-juin-2005/
comme la brume m’aveugle

ton illimité alors m’éclaire


sans que le voir l’emporte


dans ma phrase bancale c’est 


toujours le dire qui la change


en un éclair d’œil, ta voix vive



mercredi 10 février 2021

les vagues chevauchantes

comme des chiens hurlants

au loin tu les entends encore


quand les vagues chevauchantes,


ton déferlement m’assourdit


jusqu’à confondre les marées


et les ventres nous enfantent





mardi 9 février 2021

une phrase amphibienne

 le héron aperçu dans

le marais salant quand


la réalité éperdue


sous ta fable métamorphosée


une phrase amphibienne,


me voici ton batrachologue



lundi 8 février 2021

ta petite Sibérie

 ta petite Sibérie crie

avec la colonie des bernaches


et leurs petits culs blancs,


comme si ma phrase se


retroussait toute rouge


dans la brise de ton nord



une reine du silence

après tes grandes eaux comme

un débarbouillage de ma phrase


voici un ciel de traîne, le bleu 


nuageux souillé maintenant


par tes giboulées en guerre


déboule une reine du silence




samedi 6 février 2021

sous le tamis d'une syntaxe

ma phrase s’est prise au bleu

fouillis des claires étoiles


comme si ta nuit éclairait


sous le tamis d’une syntaxe


alors voilée par l’immense,


tes yeux tout ouïe qui brillent





vendredi 5 février 2021

la nuit l'aigrette

ma main la nuit dans tes 

cuisses entrevoit l’aigrette

dans l’envol de ta phrase

alors hissée, au point de

me perdre dans l’immaculée

blancheur de ses ailes


jeudi 4 février 2021

dans ma bouche ivre


la mésange de tes

matins ouvrant le bec

des songeries, toute

une phrase méconnue

s’enchante alors et rit

dans ma bouche ivre



mercredi 3 février 2021

la virgule d'un mimosa

ton sourire mime

la virgule d'un mimosa

dans le ciel gris de ma

phrase, alors déroutée

par le vent du rire

dans ta parole




vendredi 1 janvier 2021

pantoun négligé pour 2021

             pantoun négligé pour 2021 

(que n’émigrons-nous vers Palaiseaux !)

 

l’épidémie le pain de mie la pandémie

le petit pan de mur le pantalon de mamie

la petite mine de ma mie un premier matin

endémique je te passe la vingtaine et sous

 

ta voix déminée la terre dépensée te dit

nous démolirons le pandémonium piteux

du ruissellement capitaliste de la démocratie 

patibulaire nous écouterons tous les pinsons

 

et poussins pie et papi voleront l’utopie

d’une année pleine d’épis sans répit 

les bourgeois dépités verront bourgeonner

l’an des communes et des pantoums sans

 

pantoufler vraiment mes vingt ans sont 

révolus car voici venu le temps qui hait

le néant vaste et noir le temps des cerises

j’t’aime ma chemise brûle voici nos peuples

 

 

N.B. : Les italiques empruntent à Verlaine qui écrivait : « Seul, un poème un peu niais qu’on jette au feu » !




 

 

 

jeudi 31 décembre 2020

l'entre deux

pour Claire, son anniversaire ce 31 décembre 2020,


Avec toi, j’ai appris l’amour qui maintient sa prise et sa durée au-delà des disputes, des différends, des défauts, jusqu’à les aimer aussi. C’est l’amour pour ton air contrarié, tes explosions et le retour des sourires ensuite.  

            Erri De Luca, Impossible, p. 29.


            tu me disais c’est l’entre deux toujours entre

Paris et Caen et Poitiers et Nanterre et Cergy

et écouter et lire et les petits et les grands et 

vieillir et tenir le futur des passés infimes tous

les sans-voix que tu sais écouter en fermant 

les yeux et les deux mains qui se tiennent au 

chaud du lit et c’est la marche entre le vent et

les arbres ou la bernache qui rêve à l’été entre

les Pyrénées et le Jura nos pas dans la neige 

profonde tout le blanc entre nos couleurs ta 

peau rouge et mes bleus à l’air d’un souffle

vivre entre Morisot et Bonnard coquelicots

et mimosas courir tous les jours vers le grain

de tes beautés l’étonnement toutes les petites 

histoires et grandes et toutes les géographies 

nos communes et nos solitudes qui s’emmêlent 

jusqu’à tout nous dans des je-tu infinis je les

compte avec tes années comme si c’était mon 

âge depuis toujours chaque jour entre matin 

et soir nuit et jour tu me disais tu viens je te

réponds je cours par-dessus mes années vers

tes naissances combien tu disais je compte 

sur toi je te répondais c’est l’entre deux tes

sourires le jour et tes mains la nuit tu entres

jeudi 19 novembre 2020

Jeunesse de notre humanité (avec Bernard Noël pour ses 90 ans)

© Maxime Godard

Pour Bernard Noël, le 19 novembre 2020, 

neuf distiques pour ses quatre-vingt-dix ans

 

 

 

 

jeunesse de notre humanité tu nous l’as 

donnée dans ton sourire que la voix porte 

 

 

à chaque ligne comme si l’en-deçà toutes

tes pages pleines de cet oubli toujours à vif 

 

 

ouvraient nos mémoires à des mondes

inconnus et murmuraient un chant d’utopie

 

 

depuis toutes ces années de lecture partagée

ton écriture entretient la rumeur de son 

 

 

écoute qui nous appelle pour changer

nos plaintes en survoir comme si nos

 

 

ignorances devenaient soudain par ton

phrasé des beautés résistant au dédain

 

 

que l’obscur travail reçoit des puissants

ta voix nous prend son pluriel arrache 

 

 

tout ce qui confine nos corps dans une

danse des vivants avec tous les gestes

 

 

des morts en nous ces humains à venir

dans ta main nous touchons tout l’amour  

 

 

 

                                                           Serge Ritman avec Claire 





dimanche 4 octobre 2020

dans les renversements du sens





                                            à Yann Miralles et Emmanuel Laugier

 

je n’ai pas tout compris quand

dehors tu m’as embarqué sur quel

ciel ou fragment d’une fresque toscane

sans compter les jours qui ne comptent pas

les nuits tu marches pour que j’écoute

tous les taiseux de l’histoire 

leurs mouvements incompréhensibles

pour qui sait ce qu’il cherche dans le rêve

car quand je te vois partir 

c’est que ton appel me tient

en voix dans tous les aujourd’hui 

d’une reprise et l’œil sans fond

répand toute l’eau de nos oublis

alors tu m’asperges et je t’éclaire

d’œil dans les renversements du sens



Ce poème et cette image viennent accompagner la lecture du livre d'Emmanuel Laugier, Chant tacite (éd. Nous, 2020) à l'invitation de yann Miralles qui a rassemble un beau dossier. On peut le lire à cette adresse  : https://remue.net/serge-ritman-en-une-hypothese-de-voix


 

jeudi 9 avril 2020

je confine

je confine, tu finis mes finasseries
tu confines, je finis tes conneries
nous confinons, finissez nos confins
j’ouvre les fenêtres et tu m’enfermes
sans sortir, je te sors et tu m’entres
infiniment sans en finir avec nos fins
et depuis nos débuts, tu me continues 

(un salut à Ghérasim Luca qui a connu des confinements terribles et a su inventer une formule qui emporte toute son oeuvre : Comment s'en sortir sans sortir, titre du DVD reprenant le récital télévisuel réalisé par Raoul Sangla en 1988)


jeudi 2 janvier 2020

poème pour voir 2020

Paris Bordone, Deux amoureux (détail), National Gallery, London

ta main ne peut défaire ma musique
quand je te regarde tu ne résistes plus

ce genou de chair n'est pas bleu après
ta chute à deux doigts tes joues rouges 

mon pied derrière le cadre se réjouit
de disparaître des clichés de l'amour

mais ton rythme à deux mains tient
le coeur de nos rapports qui emportent 

ce dialogue oublierait le réel des luttes
quand la société est à feu et à sueur

oui mais tu ferais comme si l'utopie
retrouvait enfin des couleurs à froisser

voilà jusqu'où nos solidarités font
traverser l'intime en puissance de voix

donne ta main jusqu'à prendre cou-
leur et soulève-toi à même ta peau 



lundi 4 novembre 2019

dimanche 20 octobre 2019

Les enfants d'Isadora Duncan : un film, des gestes dansés continués

Les Enfants d’Isadora est un film de Damien Manivel.

Ce film met en scène une recherche chorégraphique à partir des notations d’Isadora Duncan pour une courte variation chorégraphique sur une étude pour piano du très jeune Scriabine : La Mère, pièce composée après la mort tragique de ses deux enfants dans un accident automobile en 1913.
Comment vivre une œuvre, dont la brièveté fait toute la force mais dont on n’a qu’un « texte » avec une partition écrite en notation Laban, autrement qu’en organisant des passages d’expériences. Plus qu’à l’énoncé, la partition ou le rappel biographique, ce film tient à l’énonciation, le mouvement dansé d’une femme éprouvée. Plus qu’à la reconstitution historique ou/et artistique (au biopic !), ce film tient à la réénonciation située et plurielle.

Le film organise un rythme de reprises : il le fait simplement comme si les expériences se continuaient d’Isadora Duncan en 1921 à aujourd'hui avec Elsa Wolliaston – la troisième partie du film – en passant par Agathe Bonitzer – la première partie – puis Manon Carpentier, accompagnée par Marika Rizzi – la deuxième partie. Ces passages de gestes s’effectuent comme reprise d’expérience dansée au plus près de chaque situation-vie. 
Cela veut dire que le personnage principal du film, c’est cette danse initiée par Isadora, par sa douleur de mère et certainement par tout ce qui dans sa danse a précédé. Le personnage c’est ce poème dansé. Il mène la danse de corps en corps jusqu’à nous. Du corps gracile et lent, plutôt physiquement conforme à ce qu'on attend d'une danseuse contemporaine, de l’actrice Agathe Bonitzer à celui de la grande chorégraphe, au corps vieillissant et obèse, Elsa Wolliaston, en passant par le corps gauche et tellement touchant de Manon Carpentier, trisomique. Le film montre comment la danse passe par ces corps et par tous les mouvements de la vie – pas seulement ceux consacrés à la danse, y compris ceux de manger, marcher, se changer, se regarder, etc. 

Le film montre comment la danse met dans ses gestes jusqu’à la lumière de l’automne, de la mer, jusqu’aux regards des actrices et des spectateurs quand a lieu une soirée où danse Manon Carpentier qu’on ne voit pas et dont on a vu toute la préparation. Jusqu’à ce passage de geste où la douleur devient affection : déplacement qui ne se mesure à aucune performance mais à une relation éthique. Que la main d’Elsa Wolliaston inachève merveilleusement. 
Ce film fait une rime prolongée, de gestes, où la danse d’Isadora Duncan ne cesse de relancer des mouvements de vie même infimes, toujours touchants, ceux de ses enfants, dans ses gestes, vivants. 

Un entretien avec Damien Manivel : http://www.gncr.fr/films-soutenus/les-enfants-d-isadora
On peut lire :





samedi 15 juin 2019

Une partie de campagne avec Pierre Bonnard



Quatre panneaux de Pierre Bonnard, « Le grand jardin », Musée d’Orsay (vers 1895), « Enfants jouant avec une chèvre », Pola Museum of art, Kanagawa (vers 1899), « La cueillette des pommes », Pola Museum of art, Kanagawa (vers 1899), « La cueillette des pommes », Virginia Museum of Fine Arts, Richmond (vers 1895).

 

elle court et sort
du tableau avec
est-ce toi enfant
l’adieu de la main
qui vole comme le linge
vite emporté à moins
que la pomme prise
ne fasse chanter

le coq et bouder
le chien bande-t-il
dans ce paradis
au ras des herbes 
tout vient devant
comme toi jusqu’au
ciel tombé ou ce sont
les pommes 

les enfants en blouse 
blanche les font 
rouler jusqu’au
panier tu me le donnais
pour des prunes
et je cours encore 
vers cette haie de têtards
mais serais-tu cachée

derrière le sapin
en bonnet pointu
je serai ton grand
rabin si tu fais ma 
demoiselle en bord 
de Seine Claude Terrasse
jouerait la musique
de notre ubuesque

partie de campagne

*





la couronne d’arabesques
sur fond de brosse verticale
troue la scène comme
une décollation ou
c’est tomber avec les bras
autour du cou de la chèvre
comme ces branches
cette petite bacchanale 
comme nous nous couchions
dans ce trou de verdure

il te faut remonter toute
la haie qui sépare 
deux verts comme ces 
deux branches elles
penchent vers l’autre
tableau je te suis et 
les trois
enfants tombés là 
comme les pommes
pendant que les fanes
oranges penchent je
te croque

*

il faut bien la croquer
et se pencher sous
la calligraphie de ton automne
encore vert et s’ébrouerait
l’hiver comme ton cou offert
ou les joues des enfants
pour un baiser que je te donne

vite


jeudi 16 mai 2019

de dos (avec Hammershøi)

de dos 
ta lumière me montre nu 

                        en traversant les tableaux de Vilhelm Hammershøi
avec une phrase de Nicolas de Staël :
« Je t’aime si clairement » (lettre à Jeanne Polge, janvier 1955)



comme des ombres les mains œuvrent 
dans l’odeur chaude d’une lampe mais
c’est le bois qui gardera les miettes 
de ma vue dans l’obscur de tes gestes

avec les coudes dénudés et puis l’oreille
ta nuque en pleine lumière retient
toute la masse noire si calme de mes rêves
à peine entrevus sur le mur que tu observes
dans ses touches ternes indémêlables

le ciel n’est bleu que très haut et tout
l’instant dure tu marches
dans l’infinie résonance des nuages
comme si je volais 
vers quel moulin à paroles 
ou plutôt dans ton silence

et toute la palette du mur mais aussi
ta chevelure tu dis qu’ils seront 
doux quand pour l’instant ta nuque
se tourne pour renverser quelle porcelaine
dans un déséquilibre 
que le damier à la Paul Klee d’un dossier
de chaise ne peut que rythmer 
me voilà dans ton dos comme tes yeux
face à tout le faux monochrome de nos
jours

seuls des filets blancs et pourtant avec le noir
mais je distingue bien l’échancrure 
dans ton dos jusqu’à la nuque qui chauffe
tu dis que je souffle avec le silence
sur la table trop grande de nos colloques
sentimentaux et l’angle comme
recadré de ton départ 

toutes ces pièces reprises dans ma vue
font ton histoire 
elle occupe mes nuits 
comme si une poignée de porte 
ouvrait toujours à la lumière
de vivre ici

mais le mystère agrandit tout
à portée de vue si nos yeux 
s’embrument quand tout est rangé
sauf cette tasse que je garde
en mémoire pour entendre 
ta bouche boire l’air qui nous relie
ainsi que le soleil
s’applique dans une trainée comme
ta robe à remplir de mille atomes
le vide de ma vue

car oui le mur est nu 
comme ton poignet qui retient
toutes sortes d’ombres sur le mur
et ton épaule respire 
l’air de rien dire seulement
de face je te sens ici
devant dans ces clartés