

Tu dis que je ne comprends pas quand je t’attends depuis longtemps. Oui, on ne peut arrêter de chercher cette incompréhension. Non, cette compréhension qui ne peut jamais s’avouer. Oui, avouer à l’autre cette attente. Non, te montrer ou toi me montrer que l’attente peut se réduire à des signes. Oui, ni l’un ni l’autre ne pouvons réduire ces signes de vie à un code. Non, nous ne pouvons nous faire signe dans aucune langue ni grammaire ni conjugaison. Oui, nous inventons chaque fois différemment langue, grammaire et conjugaison pour nous trouver à neuf, tout autre, vraiment. Non, pour retrouver ce commencement du nous qui jamais ne fait disparaître le tu de ton étrangeté. Oui, c’est cette étrange rencontre de ton inconnue qui augmente le désir. Non, qui augmente la retenue pour augmenter l’étrange. Oui, pour que le face à face préserve ton étrangeté. Non, pour que tout le corps devienne visage dans l’empourprement. Oui, dans la rougeur qui monte du visage dans tout le corps du face à face. Non, on ne se reconnaît plus derrière ce rouge de la pudeur qui augmente le désir de l’inconnu. Oui, de ton inconnue qui ne peut se montrer sans retenue. Non, sans la volubilité de la rougeur qui envahit le visage puis tout le corps et augmente la chaleur de la rencontre. Oui, augmente tout ce qui fait relation dans le corps à corps du face à face, dans le corps de ta pudeur et le visage de ma retenue. Non, dans le visage de ma pudeur et le corps de ta retenue. Oui, tu ne comprends pas que ton appel reste sans réponse dans la réponse de mon appel que tu ne comprends pas. Non, que toujours tu entends sans comprendre. Oui, que toujours j’entends sans comprendre cette incompréhension qui nous met dans le désir. Non, dans la réponse à l’appel incompréhensible de ta pudeur dans ma retenue et de ta retenue dans ma pudeur. Oui, je te prends quand tu me prends, c’est ça, exactement ça, tu me prends quand je te prends.
Oui, c’est toujours cette première fois. Non, c’est encore la dernière fois comme la première. La fois comme toujours plusieurs et une seule. Oui, la fois qui n’arrête pas d’éblouir ma vue. Non, avec ce qui vient dans les yeux, c’est tout le corps jusqu’à toute la peau qui frisonne. Non, tout le corps sans qu’intérieur et extérieur ne trouvent les limites. Oui, l’air de ta nudité éblouit tout l’espace qui devient, oui, tout mon corps. Non, tout ton corps qui devient tout mon corps. Non, ce n’est pas le corps, c’est la lumière. Oui, la lumière de ta nudité ne fait plus seulement un corps nu mais la nudité de toute la vie ici toujours. Non, la nudité de tout ce qui est le plus vivant. La peau, oui, qui résonne des milliers d’étoiles de ta voie lactée qui me ferment les yeux. Non, je ferme toujours les yeux pour mieux te voir nu parce que les yeux fermés je te voix dans tout l’espace du vivant. Oui, ta nudité envahit ma nuit intérieure et toutes les nuits extérieures que fait le monde. C’est que, non, le monde de ta nudité n’a rien à voir avec aucune image qu’il faudrait décrire. Oui, ta nudité transforme toutes les nuits en lumière et tous les jours en nuits lumineuses. Non, ta nudité invente les jours et les nuits d’une lumière toujours nouvelle. Oui, la lumière de ta nudité la première et la dernière fois. Non, je ne peux que les confondre et ta nudité recommence. Comme la dernière fois, c’est la première fois, oui !
Les belles de nuit, tu dis. Oui ! ces étoiles de la terre qui éclatent dans tes yeux brillants. Non, qui s’ouvrent comme tes yeux dans la nuit où je te cherche des mains. Oui, j’hésite entre l’unique et la multiple. Non, tu ne peux garder dans mes nuits la seule étoile parlante que j’entends dans ton souffle. Dans le souffle de nos marches nocturnes. Oui, dans ces errances qui nous perdent dès que la nuit recouvre nos occupations et que nous nous pressons à rejoindre notre pays. Oui, notre pays d’errance qui file chaque jour à la vitesse de nos emportements. Non, je sais que les étoiles qui me guident dans ta main tracent un seul chemin. Oui, celui de tes songes qui me prennent dans tes bras. Non, elles se multiplient chaque fois que tu respires. Oui, elles brillent toutes à la fois et je ne sais plus où est l’étoile du matin. Oui, je cours sans pouvoir te suivre à dos de nuit. Les belles de nuit, tu dis. Non ! tes yeux brillants rient de mes peurs qui confondent les étoiles du ciel. Oui, à la renverse je roule sur la terre et j’écrase tes fleurs. Non, ce cauchemar distingue le ciel et la terre que j’ai l’habitude de confondre quand nous marchons dans la nuit. Oui, ton étoile ouvre mon écoute quand tes étoiles font mes repères dans l’aventure nocturne de la vie. Non, dans la nuit aventureuse du poème de la vie belle comme la nuit. Oui, comme ta nuit dans ma vie.