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lundi 20 avril 2009

Au pays de l'oubli (fin)



Il récitait quelques poèmes. Des ressouvenirs en avant. Qu’il écrivait en marchant. Qu’il notait ensuite. Dans ce qu’il avait appelé. Mon livre de route. Un titre restait lisible. Sur la première page. Dans ta marche.

 

légers déplacements

loin d’une gesticulation

à la redéfinition d’un

espace de l’émotion

neuve j’arpente ton déplacement

 

miracle et nudité d’un

dépouillement du corps en marche

violence d’une démarche dans ta

peau d’un non-lieu

ahanant arpentant

je me suis mis dans ta marche

 

résister à l’immersion

en perpétuant l’andain

gestes et rythmes avec une

légère ondulation sur la crête

dans mes reprises ta danse

sur les flots tu lèves

légères et parfumées

les herbes tu recueilles

mes chemins tu marches une continuité

une approche une proximité

le bouchon flotteur d’un

rapprochement

ma marche dans ta marche

 

mes premiers pas ton souvenir

un enfant marchant

un photographique

passage de nos premiers pas

 

les grands espaces traversés

font les dimanches

vers le digne dôme

dans les genêts sans nombre à gravir

 

toutes marches confondues

ton poème défait

une allégorie parfaite

de mes marches allotropiques

 

tes longues coulées de couleurs

déversant mon ressassement

non un de tes égarements

le lent labeur de ma lente

marche tes longues inscriptions

anthropomorphiques et cosmiques

lente apparition de ta vue

non surgissement le magique

flux de tes paroles lentes

magiquement vraies et claires

se dévoilant le regard dans ce

texte me liant en touches

t’accumulant dans le labeur

du peintre écrivant nos malheurs

laborieux à l’œuvre des silences

parenthèses s’ouvrant en sauts

s’approchant plus proche de ta

lente émotion belle inondant

l’œuvre de beautés au tragique

ravissement

composition picturale sans image

charriant dans ta marche

les couleurs du temps

les matières versant l’œuvre en

marche s’écrivant poème

mouvement lent révolution

comme ton regard lent vers les oublis

de la mémoire mise en bouche

ton texte inondant ma vision

lecture écriture de notre rêve

 

sentiers de ma mémoire écrite

tes pas inscrits dans les miens

au cœur d’un mouvement

une horizontale élévation

 

marchant s’entretient une inscription mouvante

 

meurtris mes

pieds ont ta vision

je fabrique la mémoire

de ton lieu partout

 

se colore ta matière

intériorité sculpturale

que mes yeux parcourent

dans ton mouvement engageant

dans cette marche le printemps

de l’automne

 

alors

ton espace remplit mon vide

enfouis en tes plis nos corps

se vident pleins de marches

 

l’avancée irréfléchie des pieds

transmettant ta chaotique vision

mon sol ma solitude

dans ta déambulation

mes pupilles dilatées

se contractant

dans ton va-et-vient

 

perpétuation te perpétuant

dans ton rêve ma marche

 

ainsi

sans m’attarder du sol

aux coups d’œil vers tes lointains

 

sollicitant seulement ton avancée

 

au rythme chaotique de

ta phrase en visions d’un

corps neuf

 

cette façon qu’ont nos voix de rester

là pour s’écouter partout

 

cet après-midi sous ta pesanteur fine

ta pluie continue

peut-être seulement rouiller mon pays

trace de ta nue

 

statique puissance souveraine

ta géographie tes éléments mobiles

une gamme immuable

trop reconnaissables

se jouent de ma vision

trop bien disposés

trop pressés

en est-ce une encore

tu bouges ton immobilité

je fixe tes mouvements

 

alors

aimer cette promenade cette période aimer

le neuf dans le bougé

ton regard hors ma vision

 

tes rêveries portées au fil du courant dans

mon lit comme tous les paysages

portant ton fort courant de ce jour-là

donnant l’impression de piétiner

nous halant au gré de ta vitesse de tes courbes

 

les anfractuosités ces replis de ta marche

nous plissent comme rire dans sourire

 

pour suivre ta rive enfoncée

alors cette péniche

remontant et si

nous nous abandonnions à ce fleuve

 

le bonheur à tes côtés

n’est que ton voyage

dans tous mes déplacements

vers l’inatteignable destination

seuls havres

mais goûter ta marche

comme vivre l’ivresse

et les poids qui distendent

tes désirs qui ne s’entendent

l’attachement

nous est l’infini

détachement

de ta commune

marche

 

marcheur  

au corps dénudé

noyé dans la multitude finie

 

alors ta volubilité

ton passage

sur la pétrification

vivante de mon sol

étagement de tes saisons

senti par l’appendice du voyage

hors notre histoire pas d’espoir

au rythme de tes naissances géographiques

ton bâton à ma main

 

érection

d’un appel tous tes noms

dans le paysage ton rythme

des lieux inconnus

 

cette longue randonnée ton vertige

entre ton ciel et l’eau

secoue déambulant le rêve

de mouvements et de gouffres

 

comme le poème me noie

ta crayeuse falaise

dans le vacarme des mouettes jette ta

blancheur aux verts remous

sous ton ciel qui chevauche mes nuages blancs

et déploie ton vertige au péril de ma marche

au bord d’un précipice

vers nous sans que fonde

ta chute et

les éléments orphiques

au fond de tes pas sous leur tournoiement

 

ma marche suspendue

s’élance dans ton poème

 

tes mots et se déploie

la courbe tabulaire avec

ta marche mon labyrinthe

 

tes mots et le dithyrambe

tes marches dionysiaques

ta dynamique nos corps

des objets drossés

à ton gouvernail sans

gouverne

tu établis sur ma terre

une côte

 

pour y accoster

côte à côte ta marche

et inconnu la volubilité

s’y mouvant sans cesse

 

continu le flux de

discontinuités événementielles dans

ce passage

par ces quotidiennes marches vers ton ciel ponctué

sombre vu d’ici-bas

j’erre je passe je marche je repasse tu

m’enfuis l’inexorable

fuite de mes marches contourne de tes détours

ma géographie dans

ton temps je continue

notre relation son flux

la lente accumulation

de nos marches

 

semblable à mon désespoir

ma dispersion

ma procession somnambulique

dans tes marges

nos humaines sécrétions

 

de tes marches

grossissant mon lent cortège

théories de mots en errance

sécheresse noyée dans le flot de tes pas

défilant

 

nomade dans le déambulatoire

de tes promenades

le poème va l’amble et il me semble

perdre ton auditoire

mon chœur te contourne dans le

silence ambulant à écouter la galerie répugne

ton chemin sous terre

des mots de ta marche

en un sentier transversal creuser

la bouche de mon

musée le mouvementé

une galerie de marches

dans les mots sédentaires

 

les chemins t’écrivent

effacent ton inscription

et l’essai désespéré cette histoire

d’un cheminement

de tous ceux qui parcourent les paysages

leurs rêves nus

 

détours au rythme des accidents

simple invitation appel simple

suivre les passages du voyage

effacer l’inscription dans le paysage

 

j’écris alors ta

géographie dans ton histoire

nos multiples marches

pérégrinations avec la mort

en retours de vie

 

lente aspiration

aspirant la déambulation

sans s’attarder aux accidents

d’une vision purement anecdotique

noyé le regard déplace

le lieu perdu dans la joie

d’une commune géographie

je marche marchant tes lieux

avec ta vie ma vie marche

et ta lente expiration

inspire ma déambulation

tu me marches je te suis

 

Dans ta marche. Il continuait. Refermant le cahier de route. Il le donna ou l’oublia. Le conte n’en finit plus. Depuis toujours. De bouche en bouche. Au pays de l’oubli. Plus loin que la mémoire. Je te suis donc tu me marches. Il me le dit dans le silence. Infiniment. Il aura été mon écoute. Au pays de l’oubli. Là où l’on entend ce qui est tu.

 

dimanche 5 avril 2009

Au pays de l'oubli (chapitre 13)


C’est que le poème est toujours. À distance. Ne serait-ce que s’oublier. Comme dans le fou rire. Comme dans les pleurs sans raison. Comme un air qui se dégage de toute culture. De tout rituel. Mais qui accompagne cette banalité. Et le poème court devant. Et l’air nous aide à le suivre. Qui brûle les étapes. Il retrouvait cette figure féminine. Cette parole. Comme une personne enfin déchargée de l’existence. Mais vivante. Vraiment vivante. Alors il marchait sur la tête. Il renversait même l’obscurité. Il rapprochait les lointains. Il touchait le cri par le silence. Il tournait son air dans une renverse. Du souffle. Et ce n’était plus lui seul. C’étaient elles deux. Et peut-être n’importe qui. C’était chacun qui dégageait les voies. De l’art de vivre libre. Sans aucun art de vivre. Avec la mémoire de ce jour qui avait tourné tout. Ce que l’air parlait en air de ce jour. De ce jour inconnu avant le poème. Reconnu enfin par le poème. Ce jour qui mettait l’air. Dans l’inconnu. Quand on ne savait même plus. Qu’on le savait par cœur. Il semblait alors affirmer sa solitude. Au cœur même de cette rencontre secrète. Son fou rire cachait mal sa concentration. Son obsession même. De se concentrer sur cette date. Ce jour qu’il rend à son temps. Un temps propre. Un temps intègre. Et c’est dans cette direction. C’est vers cette utopie qu’il riait. De son fou rire. Qu’il marchait sur la tête. Qu’il parlait avec un poème qui marche. Dans la montagne sans élargir l’horizon. Un poème qui lui disait. Je t’ai rencontré. Pour que ma voix vienne. Mais sur la carte. De la montagne il n’avait touché. Qu’un méridien. Le 20. Il disait le 20 janvier. Mais il savait que la parole est. Ronde. Comme la terre.

mercredi 1 avril 2009

Au pays de l'oubli (chapitre 12)


Il n’y avait plus qu’à se répéter. Quelques bonnes paroles toutes faites. Quelques citations à comparaître. Paroles toutes faites. Comme celles qu’on chante. Sans plus savoir ce qu’on dit. Alors quand les marionnettes de l’histoire. Quand les idées de ceux qui savent qu’ils sont. Dans le courant de l’histoire. Quand elles ont fait leur petit tour. Et puis s’en vont. On entend l’inattendue. La parole qu’on n’attendait pas.  La contre-parole. La parole libre. Celle qui ne nomme pas. Ni ne correspond à ce qu’on voit. Perçoit. Conçoit. Oui. On est déçu. Parce que c’est inactuel. Comment entendre. Ce qui paraît s’entendre d’un autre âge. Quand c’est un pur présent. Une réponse pleine. Un accent aigu mis à l’art. Un élargissement de l’art. Disait-il dans le titre d’un de ses chapitres. Avant qu’il ne sombre dans le rire. Ou ne s’élève dans le fou rire. Mais il l’élargissait encore. En partant de ce sujet anonyme. Qui méduserait la moindre banalité. En œuvre d’art. On voudrait être une tête de Méduse. Pour garder un air la vie durant. Avait-il écrit. Cet air interdisant le ton ronflant. Le bruit immonde. Qu’il faut pourtant respirer. Dès que l’art pointe son nez. Odeur de fond qui ferait verser tout l’art. Dans l’irrespirable. Mais lui savait bien qu’en s’oubliant. Il oubliait. Les conditions de l’art. Il revenait à cette parole. Inactuelle toujours. Il s’agrippait à ces banalités. Qu’il médusait. Disait-il. Ces deux jeunes femmes qui lisaient. Il en avait fait les interlocutrices éternelles. Du poème. Il répétait leurs paroles toutes faites. Reprenait l’air. Qu’elles chantaient sans savoir.

jeudi 26 mars 2009

Au pays de l'oubli (chapitre 11)


Les plus simples chansons. Les poèmes de l’enfance. Les comptines des enfants. Les airs qui roulent dans les têtes. À n’importe quelle occasion. Voilà ce qui le sauvait. Constituait ses prières. Remplissait ses moments de bonheur. Quand les crises ne le mettaient pas à la torture. Ce précipice qui le possédait. Ce fleuve qui coulait. À ses pieds et l’emportait. Progressivement. Mais encore il entendait. Ce qui le retenait. Le fardeau de la vie. Le retenait et. Il le savait. Pouvait aussi bien l’entraîner. L’entraîner encore plus vite au fond. Du fleuve. Ce fleuve qui s’agitait. Comme une marionnette à la blême lueur. D’un orage. Petit singe de foire qui part. En vacances. Fleuve en train de fuir. Vers le paradis. Et quand il est passé. Plus rien n’est à l’heure. Plus rien à la saison. Plus rien à sa place. Mais derrière tout ce remuement de déraison. Quelques pièces mécaniques. Qui mettent à nu ces automates. Le fleuve en bonimenteur. Oui. Il le savait bien. Et le répétait. L’art est cet éternel boniment. Qui vous en raconte. Pourtant il ajoutait dans son for intérieur. Ce que tout le monde avait fort bien entendu. Que ce boniment est porté par un souffle. Par une âme même. Par une femme. Un destin. Une direction. Un toucher.Un baiser. Il chantait alors une chanson. Un air d’enfance. Et il sentait qu’il allait suivre le fleuve.

samedi 21 mars 2009

Au pays de l'oubli (chapitre 10)


Un soir on le retrouva fou. À lier. Et lié. Il l’avait été par un homme. Qu’il avait interpellé à cette fin. Il avait erré puis son errance. L’avait conduit à exiger qu’on le fixe. Qu’on le lie. Qu’on l’arrête. C’était après avoir vu la tombe. La tombe de la jeune fille. La jeune fille qu’il avait étreinte. Jusqu’à l’étouffement quand elle était déjà morte. Depuis ce jour il étouffait. Courait. Riait à en perdre. Le souffle. La vie. Il revenait sur la tombe. Arrachait une fleur. La mangeait. S’étouffait. Revenait calmé. Riait. Écrivait des lettres. Il y racontait le vide. Le désespoir et la haine. Ne se plaignait pas. Il n’avait rien. Disait-il comme en conclusion. Avant de souhaiter ne revoir personne. Et la lettre se prolongeait. En soliloque à voix haute. Au milieu de chacun il prenait peur. Comme si quelqu’un lui enjoignait. Quelque chose. Dans une langue compréhensible de lui seul. Et il cherchait la suite. Tombait dans la confusion. Ne trouvait plus la fin. De la phrase. Se querellait avec n’importe qui. Veux-tu bien me rendre mon langage. Alors il répétait le dernier mot venu. Le premier mot trouvé. Plutôt. Il recommençait et demandait. Qu’on le liât. Qu’on l’attachât. Qu’on le bâillonnât. On l’embrassait. On le couchait et il priait. Toute la nuit.

mardi 17 mars 2009

Au pays de l'oubli (chapitre 9)


Le fou rire le prenait. Parfois. Sous les nuages. Qui rendaient encore plus petite. La lune. Il perdait la foi. Le froid l’échauffait. Au point de jurer les poings tendus. Vers le ciel. Il hurlait le prénom. De celle qu’il avait vu disparaître. À jamais. Il le répétait au point d’en perdre. Le sens. Et le prénom lui revenait. De la montagne comme autant d’injures. Ou d’appels. Auxquels il ne répondait qu’en courant. Encore plus vite. Il courait vers le haut. Repartait vers le bas. Il s’effondra à moitié fou. Il leva la tête pour murmurer. La consolation. Ah ! La nuit suivante. Les autres nuits. On avait entendu comme une toupie. Mécanique. Sa voix certainement creusait. Dans son corps un tournoiement. Les images enfin laissaient la place. À une couleur venteuse. Il contemplait le pur mouvement. La vitesse. L’ennui. Il dormait enfin. Et le matin. Il riait en disant à chacun. Vous en avez de la chance. De passer le temps. Trouvez-moi une occupation. Il ne trouvait rien et disait. Qu’il ne voyait pas s’il rêvait. Ou s’il s’éveillait. Il riait. Il riait sans savoir. Pourquoi. On n’osait lui dire qu’il était atteint. Du fou rire. C’était devenu son occupation. Elle seule le mettait dans un état. Acceptable. Même si ce rire pouvait être contagieux. Cette contagion restait. Acceptable. Certains riaient. Et finissaient par pleurer. 

samedi 14 mars 2009

Au pays de l'oubli (chapitre 8)


Il ne comprenait pas. La force. Des images sur ses semblables. Cet homme qui. À peine réveillé. Se retourna sur une image. Eclairée accrochée au mur. Cet homme. Le même qui marmonna. Certainement une prière. En fixant fermement l’image. Ce même homme qui entraînait. À genoux la petite foule. Accourue dans une prière de plus en plus. Vociférée. Toujours cet homme qui racontait. Alors. À tous son combat. Avec l’éclair au-dessus des vallées. Et la jeune femme qu’il subjuguait. Et qui se mettait à l’accompagner en se jetant. À terre. Il ne pouvait plus supporter. Ces visions. Un jour il entendit la servante. Chanter une vieille chanson d’amour. D’amour perdu. Il voulait lui donner tout. Son amour. Mais la chanson serait toujours. Aussi tragique. Il perdit son calme. Et sentit que le monde devenait étroit. Que jamais il ne l’élargirait. Malgré ses fuites. Et son amour sans raison. Même le ciel perdait. Son infini. Et dans son bras. Il ressentait comme une douleur. Le poids de celle qu’il aurait gardée. Toute sa vie. Mais jamais il n’aurait voulu. Se séparer. De cette douleur. Il en parlait. Et cela lui faisait du bien. On le voyait pleurer. Il ne voulait pas d’image. D’elle. Et disait. Cette douleur remplace toutes les images. De la consolation.

lundi 9 mars 2009

Au pays de l'oubli (chapitre 7)


Quand ils parlaient peinture. C’était sans hésitation. Il opposait les peintres hollandais. Aux italiens. Pour la bonne et simple raison. Ils sont plus concrets. Il affirmait. Aucune apparition ou vision surnaturelles. Toujours des rencontres. De vraies rencontres. Comme dans le texte biblique. Tout est déjà là dans quelques phrases. La vie y est pleine. Et entière. D’une façon simple et humaine. Ajoutait-il toujours. Tout parle avec clarté. Évidence et force. Précisait-il tantôt souriant. Tantôt sérieux. Il lui arrivait d’oublier le nom. Du peintre. Même Rembrandt. Qu’il ne cessait d’évoquer. Surtout ses pèlerins d’Emmaüs. Mais sans pouvoir signer le tableau. Il en donnait par contre toute la patine. Il savait tellement bien évoquer. Ce soir morne et tranquille. Qui enveloppait la rencontre. Qui rendait vrai l’incompréhensible. Palpable la rencontre avec un défunt. Au crépuscule. Rien à voir avec l’apparition fantomatique. D’un être surnaturel. Tout à voir avec un retour. De vie. Certes au cœur d’une obscurité. Terrible mais au fond bien quotidienne. Un retour de vie. Qui est une reconnaissance. Dans la nuit des jours. Dans l’obscurité foncière. De la vie. Dans les noirceurs du monde.

vendredi 20 février 2009

Au pays de l'oubli (chapitre 5)



Ils allèrent loin. Avec leurs confidences. Plus loin que la promenade habituelle. La route déroulait. Autant de dévoilements. Qu’elle ouvrait de perspectives. Au regard. Les pensées fluaient. Dans ces dévoilements. Au fil de la déambulation. Cette harmonie faisait leur bonheur. Mais c’est bien au-delà. De cette promenade. Et de son anecdote. Qu’il sentait ce bonheur. Toutes ses lectures de la Bible augmentaient. Maintenant. Elles venaient envelopper de relations infinies. Ces petites histoires qui faisaient leurs confidences. Elles racontaient la vie. Des gens dans les montagnes. Ces jeunes filles qui sentaient. Jusque dans leurs membres. Et leur ventre. Des présences insondables. Ces hommes qui. Assis sur quelque sommet. Se roulaient soudain dans l’herbe. Ou les caillasses aux prises avec un ange. Un esprit. Disaient-ils. Ces endormissements soudains. Qu’ils ressentaient. En scrutant l’eau un moment arrêtée. D’une source. Il devait même avouer. À son compagnon. Que l’esprit de l’eau l’avait miraculeusement. Capté. Cette perception de la force aquatique le mettait dans des états. Amniotiques. Il croyait alors échapper. À ces raffinements qui trompent. Les sens élémentaires. Il vivait alors comme en rêve. Toutes les vies les plus simples. Les vies de ces fleurs. Qui bordaient la route. Ces fleurs qui reçoivent l’air. Au gré des phases de la lune. Ils allèrent loin emportés. Par ces rêves. Qui ne demandent qu’à tourner. Les pages. À se perdre. Dans la Bible. Ou encore dans les lointains. Des détours. De la route.

dimanche 15 février 2009

Au pays de l'oubli (chapitre 4)


Il avait toujours une façon. De redescendre. Comme ce jour. Où l’arc-en-ciel entoura son ombre. L’entoura de ses rayons. Et il descendait. Dans ce geste arrondi. Et il descendait dans cette touche. Lumineuse. Oui. Quelque chose l’avait touché. Comme quand quelqu’un vous parle. Je veux dire. Quand quelqu’un s’adresse à vous. Dans l’amour de ce geste. Qu’est une parole donnée. Oui. Il pensa même une fois. Et puis d’autres. Que sa mère venait. S’adresser à lui. Sa mère agrandie. Sa mère à la hauteur des arbres. De ces arbres qui le tenaient. Dans la crainte. Sa mère agrandie. Sans qu’il ait peur. De cette sortie de l’obscurité. De l’enfance. Du passé. Sa mère venait. Lui offrir. Le plus beau des présents. Elle lui offrait tout. Ce qui l’entourait. Tout ce qui le touchait. Dans ce geste arrondi. Tout cela en cadeau. Familièrement il ne put s’empêcher. D’évoquer Noël. Et ce cadeau rassemblait. Toutes les lignes qui l’enlaçaient. Ces étendues uniformes. Et terribles. L’enlaçaient. Presque l’apostrophaient. La polyphonie de ces mouvements. Constituaient l’air qu’il respirait. De tous ses organes. Ses mains et pieds. Ses yeux et oreilles. Son sang qui fluait. Sa pensée qui voyait. Une voix terrible. Pleine de voix. Voilait toutes ces lignes. Mouvantes et immenses. 

lundi 9 février 2009

Au pays de l'oubli (chapitre 3)


Son meilleur ami lui raconta. Un jour l’histoire de la main. C’était sur le pont. Il avait été retenu par une main. D’une force irrésistible. Comme quand le vertige te prend. La main. Tu te souviens de ce passage en montagne. Depuis lors tu sens cette main qui t’attire. Irrésistiblement dès que tu es sur un parapet. Quelconque. Un pont et la main tire. Attire. Et puis à la main s’était ajouté l’œil. C’était sur la montagne. Avait-il eu un instant d’inattention ? Quoiqu’il en fut. Un éclat de lumière lui avait percé l’œil. Enfin. Comme aveugle. Il était redescendu. Et cet éclat lui revenait très fréquemment. Dès que la lumière s’intensifiait. Il ne manquait plus que la voix. Et il raconta comment. Dans la nuit. Il avait entendu cette parole à nulle autre. Destinée. Une voix qui se répétait des jours. Et des nuits durant. Après qu’il l’ait au cœur. D’une nuit anodine entendue. Perçue puis fort bien reconnue. Cette main. Cet œil. Et cette voix. S’installaient en lui comme solidement. Il envisagea même de considérer. Que Dieu s’installait en lui. Mais ces mystères célestes confirmaient. Pour le moins. Que la nature pouvait s’approcher. De vous. Et vous emplir d’une telle familiarité. Que vous en étiez comme. Habité. Son meilleur ami lui raconta ce qui lui arriva. La révélation de cette rencontre. Qui l’emplissait. La main. L’œil. Et la voix étaient ses familiers.

samedi 31 janvier 2009

Au pays de l'oubli (chapitre 2)


Son visage d’enfant donna une grande joie. À son auditeur. Mais vint le soir. Quand la lumière tombe. Une peur étrange le saisit. Il lui vint une peur comme aux enfants. Qui dorment dans le noir. Un aveuglement. Subitement il était aveugle. Le peu de réalité encore visible. Disparaissait. Se révélait insensée. Rien ne servait de s’accrocher. À quelque objet. Une ronde l’isolait de tout. Cette ronde d’ombres ne cessait. Le paralysait. Du fond de lui. Venaient des paroles. Des chansons. Des récitations. Mais tout ce sang qu’il s’évertuait à faire couler. Plus vite ne servait de rien. Les ombres de la ronde en étaient multipliées. La ronde en était redoublée. Et lui au centre. Comme sous le poids d’une toupie qui le forait. Et lui au centre s’emplissait de froid. Un froid l’emplissait. Il courut à l’air libre. Un peu de lumière. L’eau de la fontaine. L’espoir de l’aube. La ronde était restée dans la chambre. Dans la nuit. Elle avait cependant gravé son sillon dans son corps. Dans son esprit. Dans ses rêves. Un rien d’obscurité. L’emportait sur la lumière. Et la chanson de la ronde. Recommençait. Le sillon s’approfondissait. Les ombres se multipliaient. Le froid revenait. Augmentait. 

mercredi 28 janvier 2009

Au pays de l'oubli (chapitre 1)


Il se mit à raconter. Avec ses mains. Des costumes costumaient ses voix. Toutes sortes. Les auditrices se serraient. Leurs mains se crispaient. Voulaient toucher les costumes. Presque toucher les corps que sa voix portait. Il racontait heureux de cette confiance. Chez lui. Presque chez lui. Il se sentait heureux. Comme un enfant qui connaît son monde. Il souriait et même s’empourprait. Tellement confiant. Tellement heureux d’être comme chez lui. Le conte se racontait. Il se calma. Plus lentement le conte se racontait. Plus sereinement. Alors il vit apparaître d’anciennes figures. Tous ceux qu’il avait oubliés. Tous ceux qu’il avait laissés là-bas. Comme si au milieu du conte qui se racontait. Apparaissaient lentement tous ceux. Qui étaient pétris en lui. Il suait mais calmement. Il transpirait mais calmement. Puis le conte réveillait. D’anciennes chansons. Tous étaient loin. Loin. Avec lui. Très loin. Chez lui mais très loin. Et finalement il fut temps. De partir. Chacun rentra. Qui de ce côté. Qui de l’autre côté de la route. Lui. Juste de l’autre côté.