lundi 26 septembre 2011

Tu pars je vacille (début)


Marina Tsvetaeva – à elle les majuscules radicalement historiques – commence :


Il n’y a pas de réponses, il y a des apostrophes – des résonances


suivent
((faire suivre sans adresse indiquée))
lettres envoyées sans retour
aucune ne s’arrête c’est sans arrêt
la poste faisant mécréant le vrai visage est partout masqué où est le vrai le visage l’envisagement quand c’est
l’appel
aucune foi ne met la poste faisant à jour le facteur sonne
toujours ritournelle de timbres et vélos je cours je cours tu
roucoules à quelle distance de coups de crevaisons et de
j’en peux plus souffle viens c’est ta voix dans ma voix on
va s’arrêter d’envoyer tout en l’air les quatre faire l’amour
voilà le courrier je m’en veux de pas t’écrire quand



tu es ici



tu m’écris dans les rêves et je fais ma tournée depuis les années rouges
toujours à toutes celles que j’aime et c’est toi la seule adresse
quand une répond me voilà tout adresse en correspondance

et c’est toujours le geste avec la main du bras accueille ou repousse
il redentore et la peste à venise on ne me veut tel quel mais double
deux noms le prénom russe romain du pasolini polonais choletais
dans le connaître du tout amour se noue le méconnaître et bâtons
verges et coups bas tu m’élèves me signes je te singe te lève te lèvre


(tout)

pas confondre tout et totalité
tout c’est présent ça vient ça va – futur immédiat ou passé postérieur
trouver un poème de nous où l’amour peut (pas) où l’âme sait (pas)
vivre connaître à travers son mouvement la plus grande (folle) attention
ce qui survient surprend déprend s’annonce et nos rêves dans (hors) le monde
pas l’accepter celui-là même ses beautés quand c’est clichés pas regard tous les regards comptent et alors des mondes et des mondes
invisibles nos poèmes nos nuits d’écrire éclairs – pas de mesure de téléscope de télé ce que tu veux c’est direct dans les yeux tes yeux mes yeux crève-les

or d’aile : ta lumière
lève mes abeilles
mises à – ce miel
nous avec – écrire
mon impossible
nom de ce jour

oui je reçois oui je lis je rêve en vie la nuit dans le jour et le jour dans la nuit

c’est te trouver partout fée contes sans images tu agrandis tout tes yeux dans ma voix sous tes fleurs qui montent ciel d’un corps devant la mer et sans horizon second degré tes lignes brûlent mes vaisseaux dans le creux des mains te vois en nage tu sais faire passagère d’éternité ta voix a lié nos corps dans une nuit d’encre belle folie amour

je ne cesse de répéter nous théâtre de
voix nues tu as mes mains pleines de ta
beauté tu es avec été de toujours tu es

tu es mouvement je monologue tes tu tous tes poèmes mes imperfections dans tes imparfaits se couchent roulent tes syllabes en bouche d’hisse
me noient tes belles de nuit avec tout ton jour lumière comme une blessure aucune ne veux en ta robe mon cheval emporte sur mon premier baiser tes contes me récitent ta vie ma soeur chevauche dans l’appel de nous lève un poème serre je dans mon tu




je te rêve
tu me dors
tes bras mes brassées
je dors tes rêves
t’endors mes bras
deux enfants vivants
égaux en tout en ciel

tu n’es pas dans ma liste
tu es hors liste toute
oui

ta voix

pris le soleil des gorgées en plein vent me saouler ta lumière
dans la peau photographie sans image ni cliché nos sensibilités
je brûle vif toutes les étapes sous tes rayons alors ma peau rouge
sur tes pétales danser hurler mes mains s’accrochent aux nuages
et me couvre les plumes des oiseaux tout le chef pour murmurer
quelle prière sous tes ailes scalper ces tatouages t’écrire sur peau
neuve faire rouge-gorge le poème indigène cet été de mes mots
comme puisque du monde je suis le recommencement ce buisson


mille vers et un conte ont fui avec
la nuit mon âme a-t-elle fui ce matin un
cri on me dit dans la nuit a poussé le corps seul
comme abandonné demande si avec la tienne
âme
emporte-la dans la fête 

tu me reviens vite et ton vacillement
nos étoiles filantes

merci n’est pas à dieu

jeudi 22 septembre 2011

Sis (fin)


tu m’enverras le texte de l’issue je ne trouve belle pauvreté extrême défait en richesse pour tous mes jours
et vocalement embrasse deux fois puis mille et une en lèvres avec les doigts au bout de tes yeux
jamais ne lis dans mes phrases aucune flèche sauf le petit diable elles courent gagner ton cœur en pied
âme et corps mais oui souffrent leur inséparation dans l’immense c’est vraiment chose étrange
raconte manzoni avec ses fiancés que les saints tout comme les coquins aient toujours du vif-argent
dans le corps et je rajoute dans l’âme du bouche à bouche ils ne se contentent pas d’être agités eux-mêmes
et alors voilà la chute mais s’ils pouvaient ils entraîneraient dans la danse tout le genre humain
c’est pas l’apocalypse mais c’est une danse qui va recommencer va chercher ton cavalier dit le conte

n’est pas pouchkine qui veut
mais qui son inconnu et si c’était
l’époque j’accepterais mais refuse de toutes mes forces
la mort en duel dantès je t’appelle
et je vais partir à ékatérinoslav tu viens même si berlin
l’amour pas possession mais si tu
abandon
c’est toute la différence
ça se lit dans
les vers je sais que tu
abandon mais tes livres disent comment tu ne peux
sera écrit cela et personne
n’empêchera
pas déclarer écrire-vivre
vitrine ou quoi seuls lisent derrière
ceux qui ne se voient pas tu aimes ces photographies avec reflets du photographe en trufferais bien ce livre si possible dans le noir du papier
autoportraits ou signatures du regard
ne supporte pas les spectateurs le poème n’est pas
spectacle
savent-ils ce qu’est vivre
libre les vitrines j’en ai la main en sang tu te souviens
la banque de bilbao
quand le fascisme assassinait les militants et courir
d’un souffle d’un essoufflement d’un mourir
plonger sauter tomber
et nos abandons dans tomber nos vers avec beaucoup des miens
les tiens et l’emmêlement personne n’y pourra
rien ici comme en ciel
j’écris t’écrire
mes indices terrestres pas des livraisons
mais des liaisons

ruptures de souhaiter le vital l’impossible pas l’urgence oui l’impardonnable
mon nom n’est pas moi il où tu elle
ce qui vient vers
toi
le tien me traverse encore voix mille et
une
mercis tu connais la belle dame
keats écrit and no birds sing et celle
d’alain chartier suis pas libre ne se décrète
suis te suis en suivre totalement en rimes
prise abandon ne se contredit

reste à trouver s’écrire le silence
tu deviens encore plus
nos secrets en voix l’une l’autre dans par toutes les conjonctions de relation sens dessus dessous la liste ad libitum
murmures rouges écrasés en bouche derrière
les lèvres s’évanouissent au ciel et dis doigts
avec terre graines oui en toutes lettres
t’écrire ça pousse

l’éternité de ta rime et nous rimons encore
plus tout contre nos indices
terrestres quelque part c’est toujours ton
poème le mien glissé
et perdu en corps entre tes consonnes
le con c’est mon doigt qui change chaque fois ta queue

les initiales claquent je suis
face à la mer c’est soleil t’embrasse t’embrasse
t’aime
ta répétition par pour la voix et tu souffles du cœur
sur ma récitation en arriver
là pour qui veut pas posséder
nous ne connaissons que
l’abandon
et n’ai rien

réclamé exigé discuté arraché trompé jugé cogné arrêté
dernière pause on a oublié maurice bouchor pas
les écoliers des petites classes des générations
ses marionnettes le mariage de papillonne
au théâtre pour les jeunes filles et les vivants
son temps des lilas chausson la voix de jaroussky
théâtre de la monnaie le 19 avril et la chanson triste
debussy mais les poëmes de l’amour et de la mer
c’est rimes jusqu’aux bords de la dernière note
les lilas en fleurs et les belles roses et toi que fais-tu

entendre la brutalité qui vient d’où
jamais l’été claquemuré
nous la douceur forcenée se bat violemment

je ne sais pas grand chose
seule défaite de liberté ce n’est pas moi mais
je-tu

ce n’est pas toi que je veux
c’est nous que je-tu

comme un chien qui pisse je ferai
ne regrette que ce ton c'est mon je pleure une pluie en corps et poèmes défaits
sans jamais séparer écrire vivre j’essaie le continu au risque de payer
le prix fort tu sais partir

l’immense reste entre peines et pleurs rires et jubilations
j’écris pas un jour sans tu rimes claires les tristesses
et arrange tu pars je vacille en lettres sans retour
tu sais ce que tu m’as fait ne cesse te faire l’immense
est entré et s’infinit en jour l’été partout toute chaque nuit
et larmes nous écrivent d’en bas au plus haut sans rien dire
d’autre qu’une source intarissable où me noie en murmures
et silences tu connais nos rires et chanson maintenant

dis is di age af reality
soh mek we leggo mitalagy
dis is di age of science an’ teknalagy
soh mek wi hol’ di clarity
mek wi hol’ di clarity
mek wi hol’ di clarity
thank’s lkj
dernière dédicace

temps qui change
et ne suis plus mon temps
c’est selon pour l’un pour l’autre
et dit le violon dit la chanson
dit l’air du temps qui pour l’un
pas pour l’autre je sais le puits
est vide tu sa source découle
je sais tu suintes je t’entends
non revenir mais le violon va
et puits d’amour a pas changé couleurs
c’est le temps du finir qui revient pas
mais sais que tu attends mon temps
reviendra dès que tu mouilleras
prendras mon temps à pleines mains
à pleins seaux nous inonderons

même si pas cet été
ton poème serait entré
frappait fort depuis longtemps
je ne sais ce que fais
c’est emporté
mais s’il faut larmes ne les garde et donne
j’écris en confondant ovide et rilke tsvetaieva et
pasternak
c’est elle lui que j’aime à tes trousses avant toutes
et vive nous vivons depuis longtemps dans la chambre
où tu remontes et je descends dans tes yeux
pour faire le tour en vélo comme livres d’enfants
tous nos contes et rimes agrandissent le touffu de la bête
si la belle retenue et riquet la houppe volubile
viennent lire dans le jardin près la mer où
mille et une fois
pas la dernière
toujours la première
c’est toi debout


sis
(e)


a tout dit alors je n’ai rien appris alors je n’ai rien à dire alors il y a te dire alors tais-toi alors plus fort alors force le passage et












rime

mercredi 21 septembre 2011

L'impossible... touché


Armand Dupuy (avec une couverture de bobi+bobi), La tête pas vite, La Fermeté (58160), Éditions Potentille, août 2011, 7,70 €

Les trois moments de ce livre font comme trois tentatives de retrait. Le négatif ne cesse de travailler toute avancée comme maîtrise et pourtant ces trois essais aux allures beckettiennes en prise et déprise font un agrandissement (Baudelaire) de la parole comme approfondissement et élargissement du rythme-relation. Non au sens d’une quelconque victoire du langage voire du poème qui se voit remis à sa place ou du moins éthiquement considéré au plus juste :
rater mais quand même / toucher mieux /// quelque chose
Cet indéterminé – et c’est là toute la réussite quoique le poème modalise toujours à contre victoire, à contre trouvaille même (« Ah ! la belle image », moque-t-il p. 26) –, cet indéterminé est vraiment touché dans et par le mouvement de retrait même. Réussite donc parce qu’il n’y a « pas grand chose à dire » : et c’est ce « pas grand chose » qui agrandit, nous agrandit, agrandit notre inconnu où le dire dans sa modalité d’amuïssement (je déplace cette notion de phonétique historique à ce que me fait ce poème : le considérable d’un « pas grand chose »…) suggère intensément – immensément, je le redis – et n’en prendrai qu’un exemple, car je ne saurais expliquer autrement qu’à réciter :
Vert-de-gris tire.
Rangée de cyprès, sapins, je ne sais plus.
Des bouleaux, (Birke – et le nom colle Birkenau).
La tête rumine
Oui ! le poème, c’est ce tirage qui rumine jusqu’à ce que tel mot (mais c’est discours, expérience, combien de vies) « colle ». Alors, les trois mouvements du livre – mais mon exemple serait trop restricitf dans sa portée maximale même – ne cessent de creuser son écoute propre, interne à la surface même de son activité sans leurres ou qui ne cesse de les congédier. Ils creusent sans jamais peser – en allégeant et c’est le paradoxe qui me fait sans cesse penser à Paul Celan et à le relire autrement qu’on a l’habitude – et le ratage se constitue – nous constitue nous comme subjectivation impossible à l’œuvre au cœur du poème – non comme réussite mais comme impossible touché.
« Tu n’y crois pas » : un tel impossible nous a été donné : « c’est rien » mais « c’est tout ce que j’aime », disait Annenski. Bref, je n’aurais rien dit mais j’aurais essayé de ne pas toucher à « qui de rien / ravale un bruit » pour que « la tête, pas vite » : ainsi titre Armand Dupuy les trois mouvements de son poème – ce livre qu’ouvre une couverture réalisée par bobi+bobi à la hauteur d’un impossible… touché !


mardi 6 septembre 2011

sis (suite 1)


fallait bien une élégie ailée au moins trois essaye voir à voler il fait toutes les poches et les piles et dévalise les rayons les gisements les gisants elle est perverse et l’aime elle est innocente et c’est l’amour mais l’âme bref
ça court dans la voix plus qu’éperdus il elle s’attrapent leurs animaux et fol été s’embiblent par derrière devant dessous dessus les sens et les vagues ça algue et ça alpague il va encore dire volubilité et elle saura retenue
tu comprends pas obscure catastrophe en plein phare finissent toujours pas tomber mais comment c’est l’élégie qui l’ellébore le froid le pasternak jamais tiède terrible naïveté des enfants pas du siècle de l’heure à la minute près sur quel continent trouvé





on va symphoné les trois mouvements même si lamento pas poli du tout rythme narratif et suit pas le schéma de la partition sans répartir la phrase c’est parti tu pars je vacille avec des lettres qui sans retour inventent toutes les positions mais catalogue c’est comme les oiseaux à part les rouges-gorges et les rossignols y’a les martinets on va symphoné de bonnes chutes à la messiaen
j’ai bien pensé fin des temps mais benjamin l’apocalypse et tutti quanti le racontage retour de vie jtu veux pas mourir j’veux ta petite mort mille et une fois après on y crève ou pas tu sais pas comment chacun c’est maintenant mourir en plein vol de vivre tirer à vue
passons sur l’élégie passade pas sable c’était la mer le ciel combien chaque jour chaque côté de l’île et tourne-toi retourne-m’y












comment dire tout ce qui nous 










arrive vivre dans le mouvement de nous pour – jamais pour mais par
mieux respirer aller fonce cours défonce et parcours au plus court
vers tu m'as trouvé et je t'ai cherchée cache cachette qui s’y colle je n’arrête pas de compter j’ai perdu la mesure et l’arbre s’élève je tape à chaque nombre les enfants partout c’est nous
vers ciel et tout s'en trouve rompre les amarres à pleurer rire à 
faire corps à corps jacob avec l'ange on dit pas la lutte mais faire l’âme sans issue autre que nue 
en appel d'agrandir tout l'écrire infini en plein cœur c’est tout corps de vivre 
et rouler au cœur plein sable et le temps passe pas dans les doigts et les dents et jusque dans ton sexe des dunes hisser au long des écorces et tiges ô oui hisse lisse bis
de fleurs au fond des buissons écraser les mûres et rougir joues et toutes tes mains ça griffe
renverser en grande douceur avec force incommensurable brassées – tu nage ou tu trempes ou tu rampes à peau que veux-tu
de baisers de bras de mains des yeux des seins des cuisses des pieds on liste pas on hisse et l’infini c’est corps à corps
et marcher sans savoir l'élan marcher le paradis en pleurant riant
à deux à nos nombreux infiniment les sembles nos poèmes vies
faire claire


tu inondes d'ailes
chaque sans totalité
possible passage
continu de voix
continue tu


le silence est entre nos lèvres il prend – c’est pas la colle mais la parole
tes yeux deux fermés où tombent délices (encore hisse)
et tout à coup l’éclair ton sourire le bleu – pas le fond d’œil mais ta vague et toute la mer qui suit et même que l’océan sourit
ouvert plein ciel des deux yeux j’y fonds – les cieux pas de prix ou c’est beaux draps

c'est tous les doigts dans la bouche et le petit aux commissures


jeudi 1 septembre 2011

sis (début)




sans début ni fin – ni queue ni tête

ce livre n’est pas sans souffrir et rire c’est tout d’un souffle mais s’épuise vite ou alors rebonds quelques-uns suffiraient et ça tiendrait sans couture ni doigt dessus on va en voix inconnue de la vie toute crue pas du vécu mais du vers tristes on trinquera bientôt et larmes ou jouir de boire à nos amours c’est ma sœur la vie qui l’a dit

si l’adjectif sis, sise du participe passé de seoir, signifie « situé » (1290) et ne s’emploie plus qu’en droit (depuis 1671) ; l’ancien provençal siza se disait (1350) de la position d’un vers (le robert dictionnaire historique de la langue française)
va pour un dictionnaire c’est clair mais pas s’asseoir dessus ou alors on fait peau-rouge avec isi, prénom féminin donnée par la tribu amérindienne des choctaws (missisipi, alabama, louisiane), signifiant « cerf » de quoi bramer qui j’entends au fond des bois pas la saison mais c’est chaque jour depuis quand on va pas dater ou localiser c’est ici maintenant à toi

on peut penser bien évidemment – si on a suivi les cours du professeur en poniaisie 5e année – à une apocope d’isis la déesse mère et on évoquera alors la fin du poème de schiller das verschleierte bild zu sais  – on donne la version française mais faudra retraduire tout de suite après – malheur à qui va à la vérité par une voie coupable :
 elle ne sera jamais pour lui réjouissante – c’est adolphe régnier ; essayons ceci : dire vrai n’importe comment et la joie c’est pas demain ou tu vas pas nous la raconter sinon tu vas morfler
et si le poème symphonique de georges enescu alors le live d’isis à la maroquinerie le 9 décembre 2008 en chamaniques guitares
peux rire dans souffrir pour laisser voir des vers de maladie d’écrire frôler folie un des deux tomes comme chez ovide ça coupe et ça entretient pour se complaire coupable la grande culpabilité lhassa c’est délices et le beau corps lapidé il n’arrête pas de prononcer son nom
c’est nuit c’est jour

c’est claire issue

sans début ni fin – la tête où la queue et se faire la belle – toutes les circonstances du poème





lecture c’est pas solution médicament arrêt
la basse continue avec ses cris hoquets et larmes marina je te renverse sur ta plage saint-gilles tu fais la croix de vie – pas de e muet mais tu féminin mon inconnue depuis des verstes que tu cours et c’est ta robe dans mes épines et c’est la biche qui nous saute allongés dans la forêt de meudon tu t’abandonnes vite et puis c’est russie dans les fourrés les bouleaux ta peau tes rimes dire que tu es belle dans ton cri cruel n’écris pas répète marcelline comme marina et ses tu en vers frappés tapés cognés embrassés croisés rimés
lecture c’est la main donnée et jamais refusée exige et porte à la fois j’en sue et n’en sais toujours rien d’autre qu’emporté dans ton emportée
Marina Tsvetaieva :
Mais peut-être que tout cela est de l’histoire ancienne. Admettons. N’oublie pas que, dans les poèmes, tout est éternel, en état de vie éternelle, c’est-à-dire en devenir. À même de prolonger l’action qui l’accomplit. Les vers sont là pour ça.

Je ne veux ni registre, ni poésie lyrique – mais rimer (il ne s’agit QUE du mot) en tant que toi
Mon unique métaphore personnelle (toi et moi rimés ou embrassés, ou croisés) tu la transformes en monnaie courante en l’adressant à une autre. À partir de maintenant, tout le monde va bientôt se mettre à parler comme ça. Alors à ce moment-là, c’est moi qui capitule. Ne m’oblige pas à ce cri cruel (…) :
- Tu n’es pas ma rime.
Cela tu n’as pas osé le dire, tu n’as pas osé y renoncer, tu n’as pas osé y porter atteinte.

elle exige l’unique et seule le sait qu’elle mais jamais l’unique exclut et se mélange on n’élimine jamais mais devenir oui c’est tout qui s’oriente pas direction mais constellation on va voir ou plutôt ce sera l’écoute fine dresse chaque pore pour écouter les rimes tristes lient tu es ma rime ma rime à je te suis l’orient l’orée la clarté du venir de
elle refuse plus d’une métaphore : ici depuis toujours rien qu’une : je te suis
bon je sais les confesseurs m’en trouveront plein les dents les vers mais je leur cracherai mon dentifrice à l’amante et sans indemnités
je me fous de la poésie lyrique pas de l’illyrie je me tape – tape dessus – des registres (enregistrez ils crient au château et pas dans le ton ils sifflent au premier rang) et autres genres (t’as du genre ou pas) pas de l’âme ta rime en corps






encore disent les enfants
on recommence tu recommences toi
à toi tu entends je suis ta rime si tu
rimes à quoi
tristes
ris
c’est clair pas clair
c’est claire la nuit de
plein jour
rimons


– (pas) ramons & âmons –




tout


jeudi 25 août 2011

Rouge c'est bête

dans la collection "Jamais" pour les livres pauvres de Daniel Leuwers,
six exemplaires manuscrits par Serge Ritman sur des peintures d'Aaron Clarke


Rouge c’est bête



dans la chambre les peintures voient

la nuit en diable tu rougis nos bêtes

c’est l’éveil de toutes tes mains plus

que deux notre bon lion cénobite et

son âne l’a mangé tu es mon apostasie

toutes s’embrassent nos bêtes c’est feu

à la vie à la mort jubilons en vers c’est

éclair d’œil
et lion vit
ton cri
gémissement
et dans les oreilles reste seulement a-a-a
jouis rouge tu ris












mardi 23 août 2011

Ancet & Clarke : Lumière mortelle

Jacques Ancet & Aaron Clarke, Lumière mortelle, éd. centrifuges, 201120 exemplaires numérotés et signés par l'auteur et l'artiste (à commander pour 60 euros à Armand Dupuy, La Ville 69470)
Jacques Ancet commence par "on entre" et c'est exactement ce que fait le travail d'Aaron Clarke : "entrer". Plus précisément l'un et l'autre entrent dans l'inconnu ou plutôt avec, par et pour. Et "la neige le recouvre et l'éclaire" - l'ombre du papier calque - vient comme rendre impossible la mesure de "ce qu'on ne sait pas" dans le bond deux pattes avant de l'animal - mais seraient-ce pas nos intérieurs - comme aime à nous le(s) faire sauter l'artiste. Et alors Jacques Ancet rebondit : c'est "la lumière trop vive d'être mortelle" où le silence de ce bleu jusque dans son recouvrement nous trouve en plein infime "entre journal et nuage, cette trace / dans l'air, de la lumière qui se retire". 
Voilà donc un livre fait main(s) qui nous sort et nous introduit hors toute image, c'est la force d'un emportement, soudain, sans savoir vers... 
On ouvre le livre et on est complètement vers
Merci à Jacques Ancet et Aaron Clarke de nous y avoir accompagné : tout l'insensé du poème jusque dans ses plis de papiers et couleurs.


lundi 22 août 2011

dire bondir avec Aaron Clarke


Serge Ritman



dire bondir


avec
Aaron Clarke




dire bondir tu jubiles sautes et te jettes
l’âme le cœur avec c’est tout le corps suit
et c’est l’air l’île les étoiles en nuit rouge

jamais pour retomber sur pattes ou cartes
tu sautes dans tomber à la vie insensée
à la mort peaux-rouges nos voix muent

m’hurlent toujours des gestes sans savoir
quand bondir avec notre inconnu pousse
ton petit diable ma bête c’est je-tu vers nous




éd. centrifuges, août 2011, manuscrit sur des peintures en quatre exemplaires

Mon jour c'est ton bonjour


Serge Ritman
avec
Max Partezana

Mon jour c’est ton bonjour

me lève et me couche en toi
parle en toi et te répète en moi
tu es sans repos dans le lit de
nous

couvrir          enfouir           de rire

tu es nombreuse chaque instant aime
chaque phrasé en milieu entre explose
et fend chaque mot syllabe phonème
                  aime

compter          raconter          de voix

nous c'est recommencements nuits
et jours sans arrêt sauf de vie sans retour
l'obscur de ta lumière vient éblouir
                  à vif

l’orée                  la buée         tu te lèves

long en aube temps et ta robe rouge dessous
y suis mon jour c'est ton bonjour tu bouges
inventions de voix de toi inflexions tu me
débordes

et la nuit issue belle je rêve tes rêves

nous nous parlons en aveugle tu vises
juste et nos naissances sans cesse de nous
tout fait vie partout ici vite c’est double six

t’écrire secrète
te taire voix haute
nous faire saut
élan de nous

vendredi 19 août 2011

sis (extraits)

du fond du quai jusqu'au départ t'ai 
approchée à la voix transmise
et l'impossible de te voir tu me guidais et te décrivais
et ne voyais rien alors tu m'as pris en bras
et c'est tout qui nous a vu attachés des lèvres et des voix
la première fois 
à l'estime c'était tout le dehors aux ondes 
dedans ta bouche mon ombre
puis tes yeux bus dans les yeux à un doigt les deux dans 
les deux ne voyions rien venir nos pas c'est 
nous 
nous venions à l'aveugle seule tu 
me voyais et tu fermais longtemps les yeux longtemps c'est 
lumineux trop
et je chute pas moyen de prévoir la rencontre la poésie la gare l'amour tout
se fait dans la pure myopie de nos yeux trop grands en fond d'oeil où ça
mord morsure de vie à mort certaine
tu m'appelles dans ton inconnue 
- c'est féminin pas fin où l'invisible qui vient
dans ta chambre de voix l'oeil a l'âme près de lui


aphasie c'est qui du fond de quelle cellule
je crie et n'aurai réponse
comment ça va dans le bleu azur quand la gare
en tombeau hurle c'est noté de 9.08
à 16.30 puis comme explosé en plein vol il chute et 
pas un mot

pas silence 
se taire pas 
d'air le silence 
volubile gagne tout et 
me la boucle

lazare tout perdu sa vie et sa mort 
avec

arrivée mais nous c'était départ jamais 
destination
feu ! pas crève ! je les mets où 
les rêves lazare hurle jusqu'aux tiges
de coquelicots de juillet ses photo
graphies elles brûlent ça 
pue enfumés tes calculs
sans décompte nécrosés les testicules limés 
pour n'être
pas 
orphée eurydice m'a échographié l'enfermement 
sans même me retourner le train du taire
le pain d'enfer à broyer l'oiseau mon rouge
gorge décapité tu peux choisir la robe rouge
j'irai pisser tout mon sang
mon ombre à traîner tenter de hisser
aux sandales mais pourquoi la faim disparaître
tuer l'ombre même gagner ton fantôme
j'obéis à ces initiales de queue aucune initiation
quelle vie quérir  sans chérir
me hisse vers toi tout bas tout bas si




samedi 9 juillet 2011

et nos rêves


















tout commence j'aime
écrire dans vivre
radicalement
ce même mouvement

tu arrêtes mon souffle
court
entre deux voix
féconder un coquelicot

en fleurs d'été le rouge
résiste
et les blés
n'iront pas au grenier

au creux du poème

je cours lier ou lire
délier la foule des fleurs
et délire
dans l'écriture de ton souffle

d'or

je te lis
déliée dans écrire toujours
en boucle pas un jour sans
tu me dis

arrêtés par un seul
souffle
et nos rêves

Diérèse n° 52-53, printemps 2011: Thierry Metz


Diérèse n° 52/53 (« Thierry Metz »), printemps 2011, 328 pages, 15 € chez Daniel Martinez (8, avenue Hoche – 77330 Ozoir-la-Ferrière)


Cet important numéro de la revue de Daniel Martinez se lit presque entièrement[1] avec Thierry Metz (1956-1997), «  poète ascendant étoile  » écrit Isabelle Lévesque ouvrant l’œuvre continuée : elle y multiplie les rendez-vous des amis (sans attestation autre que la voix la vie) comme des rencontres en impossible et alors on peut répondre Thierry Metz, sa voix dans les voix (l’inverse en renverse) d’une revue s’écrivant se lisant : « Tu nous écris pour recommencer ».
Le vivre et l’écrire l’un dans et par l’autre : Thierry Metz, engage chacun dans ses recommencements : passages d’expérience : « ce pas est le mien / de lier sans attacher / l’être dont je suis la trame ». Expérience du poème-relation. Aucune familiarité si famille ; pas plus main mise de savoirs mais éthique de rencontres essentielles et seulement sur le seuil. Alors de poète à poète ou d’homme à homme : pareil défi de vraies rencontres, de liens qui ne s’achèvent, de formules qui ne cessent de faire relance, de reprises toujours en terre inachevable et, avec le poète-maçon (Journal d’un manœuvre, Gallimard, « L’arpenteur », 1990), de maison insituable. Pas de visite guidée donc ou d’archives classées mais ouvrir encore et encore : portes et fenêtres au vent d’airs inconnus, de « résonance intime » au fil de vivre : le pas façonne la marche, l’avancée. Je tourne les pages dans tous les sens : s’envolent des secrets, des oiseaux chaque fois au plus près des gestes d’écriture de Thierry Metz (De l’un à l’autre, Jacques Brémond, 1996) : invention continuée si lecture-écriture éclaire.
Suis pris – tout lecteur et chaque contributeur – dans ce mouvement de l’inconnu de tout en devenant homme-oiseau : nidification et envols incessants et toujours en chemin de ciel même « où il se sépare ». Cependant s’il bâtit « toutes sortes de maison », « Moi seul peut en sortir. Mais pour t’y faire entrer ». Thierry Metz en hôte : renverse du sens, du souffle : voix passante d’une retenue qui volubile d’imperceptible, de peu qui fait de tout.
Alors aucune clé – caché où : dans des gestes d’invite, d’accueil et violents de saisissement, d’emportement pour des creusements, recouvrements, arrachements, la force de faire disparaître tout reste qui ne fait la vie. Thierry Metz, L’homme qui penche (Pleine page, 2008) : force d’une main (cals et vals : syntaxe de paume) posée sur la bouche à la voix brûlée : paroles devenues cendres et cendres paroles : le fils Vincent disparu sous ses yeux et le monde sans argent comptant mais tout l’or du temps. Alors : poème grandissant au risque de vivre en mourir. Oui, travail des mains qui portent (ou crient quand Isabelle Lévesque met le point d’exclamation aux éd. de l’atlantique, 2011) Terre (Opales, Pleine page, 1997) :
nuit après nuit
vers un mur plein jour
sur la table inventée
du fond de la vie
Poème qui essaie ici peut-être Thierry Metz.
J’ai compris enfin puisque « Tu nous écris pour recommencer », que j’étais « rouge-gorge » dès qu’en écriture. De corps à corps, de vie à vie, le poème dans son insuffisance émerveillée, sa soif de lèvres brûlantes, d’ailes imperceptibles, de souffles imprévisibles.
Je n’ai pas fini de lire Thierry Metz avec Diérèse et ses lectures avec Thierry Metz. Toujours un autre chemin, une autre graine.

Tout ce numéro rassemble brassées de poèmes de partout : témoignages, parcours de l’édition, poèmes avec, lettres en entretiens et poème et roman (Le Grainetier : une terre promise) et un carnet entier (Le Carnet d’Orphée) et des reprises de revues, une traduction italienne de L’Homme qui penche, des lectures en points de vue et enfin pour continuer toujours, des partages. Thierry Metz écrit toujours. On peut encore trouver en librairie nombre de ses livres (bibliographie bien utile) et on attend outre les inédits en nombre dans ce numéro d’autres à paraître vite.
Thierry Metz, au croisement de nos voix.

Serge Martin



[1] Toujours la rubrique « bonnes feuilles » entretient la lecture en cercle : ici avec quatorze lecteurs – cercle des amitiés en poème.


Diérèse n° 52-53, printemps 2011: Thierry Metz
Un numéro orchestré par Isabelle Lévesque (force d'un avec : "Si seul écrire éclaire // (invente)") et l'animateur de la revue, Daniel Martinez, qui en a parlé dans l'émission poétique de Christian Saint-Paul du 26 mai 2011 :
à cette adresse, on peut écouter : http://www.lespoetes.fr/son/son%20emision/110526.wma
A lire absolument dans l'écrire de l'un et l'autre.
On peut commander chez Daniel Martinez
8, avenue Hoche 77330 Ozoir-la-Ferrière

voir la note d'Alain Helissen sur Poezibao:

samedi 2 juillet 2011

tes doigts d'or


les petites jouent les pédales de l'or
comme dans mon oui
tu entends le souffle qui t'attend

de l'or un bonjour en gorge
déployé jusqu'à la mer
une vie en un mot qui n'attend pas

les grandes accourent sur tes doigts
d'or avec mon non ordinaire
pour te dire joue fort comme la mort