vendredi 9 février 2018

petite suite Fautrier


 La peinture est une chose qui ne peut que se détruire, qui doit se détruire, pour se réinventer.
Jean Fautrier

tu viens du noir ou
plutôt
tu grattes ce noir comme
l’obscur nous gratte dans
sa lumière
juste obtenue d’un ongle
sur ma peau mais
je te suis en forme
précise dans l’amas de mes mains
cette auréole  comme venue
de nos yeux
dans les yeux

et si la peinture danse comme
tes seins portent
en avant tout
le buste ou c’est comme les cils
du vent dans les arbres
tu penches vers nous perdre au tourbillon

comme les chats il dit
et il gratte
toute cette saleté de la peinture
de la vie
pour s’en aller où
mais très propre
les mains lavées comme après
une grande toilette
tu fais mon
élégance il redit

de la jolie fille au
fusillé c’est tu vois bien la même
peinture
comme ton geste
continué d’un jour à une nuit
d’une touche violente
dans ta douceur à peine ton grain
de couleur abouché mais alors
tu souffres quand
je jouis et
l’inverse disent ces tableaux
à plat sur notre table du matin
ils hurlent en silence et continuent
la poussée de nos vies
comme si on commençait

toute ta rage m’informe
hors de tout
arrêt sur une image
tout est à faire avec
toi
j’enrage sans avoir jamais
su bien nager
dans le monde de l’art
et de la vie
je sais qu’avec toi c’est toujours
un corps à corps à neuf



lundi 1 janvier 2018

2018 !

aucune commémoration
sauf l’oubli actif de nos mémoires
de nos non mais de nos mois de mai
et toujours dans nos soulèvements
la génération de ta voix qui vient
j’ai encore quatorze ans pour pas
croire à tout ce qui défait
l’utopie de s’entendre chacun
dans sa voix s’entredire bonsoir
les filousophes et donneurs d’éternité
je vais là où ton écoute s’infinit

tu me rêves dans mes luttes

dimanche 15 octobre 2017

Une lecture de Jean Perrot

L'ami Jean Perrot, universitaire angliciste, grand spécialiste de littérature jeunesse, et écrivain, m'a envoyé le texte ci-dessous après sa lecture de Ta résonance, ma retenue. Un grand merci à lui !


A Serge Ritman
Ma résonance sans retenue

De prime abord, c’est un immeuble qui surplombe et qui surprend, tout en  s’éclairant d’emblée de multiples et fugitives visions. C’est très vite une montagne inaccessible qui bientôt s’allège au parfum de la langue, frétille et s’anime comme un incroyable vivier de paroles. Et soudain passe une hirondelle du bord de mer qui vous emporte dans les bras de Lucrèce : à l’instant tout s’arrondit et s’ouvre sur des plages où jouent et chantent des enfants. La comptine soutient le relai d’un échange magique (Je-Tu), nourrit celui-ci. Et toujours, des grottes linguistiques s’ouvrent et vous saisissent au plus profond de vous même, vous projettent ensuite sur la vague et la houle des langues désaccordées, des corps en quête. Concert baroque qui a ses frénétiques descentes et envolées, tandis que la rime impose ses rythmes, répond au doigt et à l’oeil de principes secrets. Et le jeu de cache-cache impertinent ne laisse qu’un espoir fantasque au lecteur qui vagabonde, comme le poète le long d’un rivage infini dans une mer infinie. Tout près de cette énigmatique cabane d’une inquiétante soumission : terrible le monde ! Il faut ici s’engager et s’abandonner à l’ode d’amour qui se tisse, dans ses sauts et sursauts. Ode à la nudité, la peau qui résonne des milliers d’étoiles de ta voix lactée. Orage d’un souffle sous le sourire, ascension vertigineuse de ce cri de l’Une qui se hisse dans la voix de l’Autre (jeu-aile et vice versa) et la fièvre des corps brassés dont la volupté projette un feu salvateur.
On monte enfin en groupe la pente de l’engagement vital, car  politique. On entre dans le cercle mystérieux des Illyriques, dans l’enceinte des transports qui règlent les confins et conflits de la République. Puits vertigineux dont nul ne sort indemne, l’esprit travaillé de courants contraires, d’envolées subreptices et de contre-plongées délétères. Il faut s’accrocher aux branches de la glisse sur ces hauteurs neigeuses pour ne pas succomber à l’angoisse : il importe de vibrer d’un seul cœur. On n’est pas certain de la justesse de cette lecture et on se nourrit des bribes qui séduisent dans l’ouverture et le feu vagabond du parler qui envahit. Et tournez votre langue à dix fois avant de formuler un jugement qui vous engage. Savourez ! Partagez et apaisez votre émoi ! Vous avez atteint le comble de la résilience. Vous êtes entré(e)s dans la sphère occulte de la compréhension et pouvez à votre tour lancer les flammes qui taraudent et scarifient les gorges. Vous n’êtes pas sorti(e)s indemne de la magie du verbe et vous voici initié(e)s aux lois complexes de l’échange. Vous êtes adoubé(e)s en poésie ! Vous flamberez ce soir dans les convolutions de la langue. Vous explorerez dans les volutes de soi (e !) l’identité triomphale rechargée en douce. Mais voici que je déraisonne. Stop ! Admirons cette danse de vie de deux êtres qui s’aiment (il lui marche un peu sur les pied, et elle le tient bien droit !). Il a ses secrets et elle sa lumière. Ils se tiennent par la main et se soutiennent dans ce concours de voix et de regards. Rien de biaisé dans tout cela ! C’est bien une manière de se trouver à jour dans l’Histoire avec des histoires., comme Serge Martin l’est dans sa poétique de l’art littéraire où tout se rattache...
Et ceci dans un dialogue assumé ou implicite avec l’avant-garde des poètes du monde, femmes et hommes, maîtres du verbe qui mettent en forme l’avenir et le transforment. Le grand art !


                                                               Jean Perrot 

Je voudrais signaler deux livres récents de Jean Perrot :