Je viens de lire L'Heure exacte de Norman Manea (Seuil, 2007), un livre qui progresse de textes en textes (nouvelles?) pour inventer une écriture de vie (on est ici bien loin des débats sur l'auto-fiction!), celle de ce grand écrivain roumain né en 1936 qui a quitté son pays en 1986 après avoir passé son enfance dans les camps de Transnistrie où les juifs de Bucovine étaient déportés par le régime pro-nazi de Bucarest. Je retiens ce passage pour garder la force de ce livre qui n'est pas sans évoquer les meilleurs roumains (de Blecher à Naum...):
"Les contes étaient bien vrais et portaient tous la même menace. Tout pouvait devenir tout autre. Ils étaient bien vrais, il s'en rendait compte, et l'autrefois revenait. La peur revenait." p. 96.
Magnifique passage sur le "ratatinement" (p. 211) de la période Ceaucescu...
8 mai 2008
Norman Manea : une écriture de vie
5 mai 2008
Note sur La Somme du feu de Philippe Païni
Dans le début de ta main : un livre-poème
Le lyrisme est pourrissant. Ne parlons pas de son adversaire qui fait tout pour vivre en couple : l’objectivisme ou le littéralisme ou ce que vous voudrez… Fini, on en a fini. N’en parlons-plus, ces vieux couples nous font leur scène de ménage tous les printemps des poètes pour qu’on n’entende pas ceux qui font les poèmes de maintenant. N’en parlons plus et cherchons les épopées de maintenant : cela fait longtemps que l’école – de la maternelle à l’Université – nous font croire qu’il faut lire le grec ou rester primitif ou encore faire allégeance au prince pour parler l’épopée. Il n’en est rien ! Cherchons les épopées de maintenant, pas celles des héros et autres monuments en ruine du passé à commémorer. Cherchons les épopées de la voix qui nous vient dans et par le poème. Le poème quand il fait le plein de voix. Voilà une épopée de maintenant : non seulement, elle a autant de voix que d’entrées, six avec les douze portes battantes – ce livre est d’abord une composition qui associe toujours deux modalités de la voix, celle qui enchaîne quand l’autre construit sept moments ; mais il faudrait aussi penser à une composition architecturale tant la « maison » organise certaines résonances du livre contre toutes les demeures et autres assises heidegériennes auxquelles nous sommes si habitués. Tellement battantes, les douze portes, parce que l’air s’y fait libre comme la parole :
et nous aimons nous
parler
sans nous attacher
à ce qu’on dit la parole nous relie si
nous la dénouons
et nous vivons
à langue déliée (21-22)
Cette parole libre invente ses battements : ses lignes coupées qui passent au milieu des mots parfois ouvrent en leur cœur des silences pleins de langage comme autant de gestes qui lient-délient le corps-langage, le pays-langage, la maison-langage, l’épopée-voix, « pour remettre en route le monde » (23). C’est que cette parole libre cherche le « commun des mortels » : « nous partageons la même pierre / jusqu’à la poussière interminable » (50). L’épique de cette voix c’est l’inclusion du cosmique à hauteur de langage contre toutes les sacralisations, les aveuglements des mythes et autres sornettes de la Poésie : la voix épique de cette « somme de feu » met le cosmique à hauteur d’homme, de langage par la transe, la danse, où le ciel, le feu, la lumière, la pierre, le jour, la nuit… participent aux résonances d’un appel, d’une relation qui ne cesse de se chercher, de s’inventer, de se trouver jusque dans chaque ligne (« notre visage notre », 44), dans chaque passage d’une ligne à l’autre (« nous / respirons le blanc / d’entre les mots mais / il nous nourrit nous / tisse une voix pour que donner / le déchire et que / l’abandon ce soit nous / plus loin dans l’inconnu de chacun », 65), d’une battant de porte à l’autre, d’une porte à l’autre dans cette somme six fois ouverte, douze fois résonnante.
Il faut tout de suite ajouter que l’épique est d’abord ici l’invention d’une transformation infinie de « la matière de / la nuit » en « la nuit lumineuse » (70). Est-ce le feu qui l’illumine ? Oui, si un tel feu est feu-langage, s’il met toute sa force dans la maison-langage qui se bâtit pleine d’hospitalité parce que « nos bouches emportent / nos bouches » (73) où toujours le nom est débordé par le don (ibid.). Cette force invente une espèce de « phrase continue » (96) où s’entend parfaitement « quand le silence revient » (105). Cette force épique trouve un corps qui ne cesse d’en inventer plus : « deux mains apprennent ensemble / toutes les autres mains » (123) : je n’ai pu lire ce passage demains sans penser à Paul Celan, à sa définition-valeur de la poésie, c’est-à-dire du poème comme « le nom sans nom », ainsi que titre Philippe (p. 125). C’est à ce point qu’il me semble qu’ont lieu les recommencements qu’un tel livre ouvre pour maintenant : à chaque moment du livre c’est un « nous / recommençons sans fin / le début de parler » (133) qui fait le défi jusqu’à des trouvailles qui valent toutes les linguistiques et autres sciences de l’homme en volumes inutiles : « un oui n’accepte pas deux fois le même amour » (133) ! Car il s’agit avec la voix de « trouer le nom », c’est la condition de l’épopée sous peine d’oublier le maintenant, de finir dans le lyrisme ou l’objectivisme. Philippe pousse ce travail du oui, par le non souvent, par le peut-être parfois mais aussi par le cri, par exemple dans ce long poème sur des photographies médicales et légales (139 et suivantes), cri qui permet de passer du mort au vivant sur la table « entre nous » : « il est / notre parole / nous sommes / son présent // pour toujours » (154). Et comme il s’agit de toujours de « recommencer les noms / propres les / revoir nus » (164), Philippe écoute avec son poème « une main vers / le rêve » (157) : alors j’aime que la voix fasse l’épopée minuscule de « l’abeille / hors de l’abeille » (158), épopée de la mémoire et de l’oubli : « alors nous sommes le miel / translucide du vide » (165) où s’entendent l’infini du poème, son travail infime et interminable, sa force intime et intangible. Simple comme bonjour et fort comme l’amour, le poème, ce poème :
où nous parlons le tu
s’ouvre je
brille dedans (166)
J’avais compté les six portes, les douze battants de ce livre et avais oublié de dire qu’il y avait surtout l’air, l’air libre, l’air qui emporte « toutes les saisons d’une maison » (172). Ligne clausule du livre qui fait résonner le multiple d’une voix qui a su inventer son espace, écrire sa « somme », au sommet d’un « triangle » – c’est là toute la réussite de ce livre, le défi qu’il fait à toutes les postures, à toutes les figures de la « Poésie », à ses prêtres et autres adorateurs qui n’entendraient pas une épopée de maintenant :
le triangle commence à partir
de l’amour
car
toi
et
moi
prennent tournure – nous
et nous continuons notre visage
notre visage nous continue
quand on a brûlé les figures et dans les figures
toutes les saisons d’une maison (172)
Disons que je n’ai rien dit du livre de Philippe et seulement rebondi sur ma lecture. Mais s’il fallait dire quelque chose d’utile, de rapidement utile à quiconque : il faut lire les pages 116-117 où se concentrent « les intérieures parentés » (Péguy) de tout ce livre. Ce poème qui ouvre « la moitié du jardin » s’achève ainsi :
le jardin
est dans le début de ta main quand
elle ouvre la maison
sur la saison qui commence le fruit (117)
Disons que je n’ai rien dit. Vous avez bien entendu : il y a livre et livre. Il y a un livre pur poème. Je le garde ouvert.
S. M.
4 mai 2008
Il y a mélanges et mélanges
Ce texte est une ébauche pour tenter de penser l'écriture en cours sous le titre provisoire de Dans ta nuit claire, et partir de certaines remarques d'éditeurs ou d'amis qui parfois fort poliment me reprochent mes "mélanges"...
Il va de soi que, certains passages étant plus qu'allusifs, les références ou les arguments sont à rechercher soit dans les écrits déjà publiés et en particulier les "gros" essais, soit plus simplement mais peut-être plus difficilement dans les livres dits de poèmes.
Le sous-titre serait le suivant : ...ou comment désaccorder le tu pour trouver la relation.
Les mélanges sont à la mode si l’on en croit le succès du métissage, des croisements et autres signes d’une altérité toujours proclamée dans l’idéologie des convergences. Même la didactique promeut au premier rang de sa doxa l’interdisciplinarité. Le motif de la rencontre vient confirmer l’autruisme contemporain sous les auspices de penseurs incontournables, de Levinas à Ricœur, de Derrida à Bourdieu pour rester sur la scène intellectuelle française. Ce motif de la rencontre se décline dans les divers domaines de la pensée jusqu’à ce poncif qu’est la « poéthique » de « la Relation » que Edouard Glissant a plutôt esthétisé, au sens de Hegel, quand il promettait d’approcher autrement les œuvres littéraires de ce qu’il est maintenant convenu d’appeler le post-colonialisme, et que Michel Deguy a rhétorisé quand il disait qu’il voulait faire comparaître dans le poème le philosophème pour mieux (r)approcher des essences au lieu d’expériences, Poésie et Philosophie. Mais cette altérité est le cache-texte d’un pouvoir qui veut arraisonner l’inconnu du poème aux savoirs établis. Des mariages tuent l’amour.
Les mélanges ont coutume de célébrer en collectant des contributions révérencieuses qui viennent assurer le dédicataire des bons sentiments filiaux que des collègues plus jeunes tiennent à entretenir avec lui pour leur carrière, pour leur renommée intellectuelle future ou encore plus simplement pour le plaisir de figurer au milieu d’un aréopage qui déjà fait l’histoire littéraire ou des idées quand l’histoire engage des historicités comme autant de libertés. Des affiliations tuent l’amitié.
Les mélanges répondraient bien alors à l’éclectisme de la pensée contemporaine qui aurait abandonné, dit-on, l’ambition de rendre compte de la totalité du réel. Le structuralisme aurait constitué la dernière entreprise de ce genre au moment même où les grands régimes idéologiques s’effondraient. Depuis lors, même les cognitivistes n’aspirent pas à fonder l’unité des sciences de l’homme. Des soubresauts se font sentir régulièrement mais c’est l’éclectisme qui domine parce qu’il maintient l’hétérogénéité discontinuiste de la rationalité des Lumières et donc fait bon ménage avec tous les pouvoirs, les conservatismes et les habitudes. Il peut même s’assurer de variantes multiples au gré des modes et des rapports de force. Tout en maintenant la fiction d’une rationalité dont l’ambition serait de tenir le réel dans sa nomenclature : prenez ce dernier terme aussi bien dans le sens d’une somme d’unités dénombrables et définissables parce que dénommées par le scientisme d’époque que dans le sens d’une élite régie par l’étiquette d’une langue de bois reposant sur le précédent scientisme. L’éclectisme scientiste de l’époque tue le savoir dans son rapport nécessaire avec le vital. Des aveuglements tuent la connaissance.
Si les mélanges font la mode, celle-ci ne fait pas le mode des mélanges puisqu’en aucun cas la mode n’opère avec l’inconnu que font les mélanges dans et par le langage. Mélanges qui ne peuvent résulter du connu, d’une mesure de la distance ou d’un dosage de savoirs antérieurs, mais mélanges qui adviennent dans et par la relation comme aventure éthique d’un dire. Ce sont ces mélanges qu’on aimerait écouter comme poème inventant la liberté d’une relation où le tu appelle le je au cœur du défi nocturne, trouvant alors sa petite lumière renversante. Oui ! des mélanges pour des soulèvements nocturnes pleins de petites lumières. Des mélanges pour des constellations. Un mode de dire qui fait un mode d’être dans le vivre de tous les jours qui sont comme des nuits, des nuits qui sont comme des pleins jours. La mode des mélanges renversée par le mode des mélanges sur la scène du théâtre du poème où les voix voient la nuit, notre nuit, comme bon jour. Un dire bonjour qui fait la vie à hauteur d’une anthropologie relationnelle dans et par le langage de tous les jours. Une politique des mélanges contre les politiques qui tuent avec la mode des mélanges. Une politique sans autre programme qu’un poème-relation à hauteur de chaque homme dans sa nuit. Un appel à vivre parce que tu est ma nuit claire.
Philippe Païni sur le spécial "Jacques Ancet" de la revue Nu(e)
Revue NU(e), numéro 37 (« Jacques Ancet »), septembre 2007, association Nu(e) (29, avenue Primerose 06000 Nice), 20€
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• Peu d’œuvres peuvent supporter sans s’y perdre des lectures aussi différentes que celles que suscite Jacques Ancet. Béatrice Bonhomme et Hervé Bosio, les responsables de la revue NU(e) ont confié à Serge Martin le soin de coordonner ce numéro 37, qui permet d’aborder les lignes-forces, les paradoxes parfois, de cette œuvre prolifique et discrète – en tout cas jamais assignable. L’auteur le reconnaît lui-même, et dès l’entretien liminaire avec Serge Martin : écrire met en jeu, en résonances, en conflit, plusieurs postulations. Oui, la nomination, mais débordée toujours. Le mot, oui, mais toujours pris, repris, par l’ensemble de l’œuvre qui en fait l’écho, la nécessaire échappée de sens : « cette désignation multipliée semblait toujours pouvoir révéler au bout du compte le mystère infiniment simple de la présence » (13). Ce que dit Bernard Noël pour qui écrire est laisser « aux mots le soin d’être l’écho de la dérobée universelle » (46), « par suggestion », « par ce bruissement qu’est la sonorité des syllabes à l’arrière des mots ». Et c’est le paradoxe de l’écrire-Ancet : la conciliation impossible du « multipliée » et du « simple », du « bout du compte » avec « l’infiniment ». Ce qui fait de chaque poème à la fois une première fois hésitante et un une-fois-pour-toute résolument assumé : « la poésie, je ne sais pas ce que c’est puisque, oui, elle n’existe pas ». « Oui » et la négation, encore : « Ce que j’ai rencontré ce sont des textes ». Savoir vivant de poète, et de traducteur. La poésie, alors, est « une densité de langage » qui doit être toujours inventée, c’est « l’entre des genres ». Alors, quand on lit dans l’inédit L’égarement, que Jacques Ancet livre ici : « Je suis perdu dans l’entre-deux » (21), les postures s’effacent devant une réalité du faire irréductible à l’être-poète. L’espace est libre pour une « écoute de l’imperceptible, de ce qui se produit au-delà des sons, une écoute qui n’est pas non plus celle des mots, mais une latence du dire » (Amelia Gamoneda Lanza, 103). Et si Michel Collot peut y entendre « Une phénoménologie de l’imperceptible » c’est que, chez Jacques Ancet, « le dévoilement de l’être n’équivaut pas à la révélation d’une essence immuable, mais à l’événement toujours neuf d’une naissance » (83). C’était dit dès l’entretien avec Serge Martin : « l’acte poétique […] est la transformation de l’expérience en événement. Un événement de langage qui est avènement conjoint d’une parole et d’un monde » (11). Alors, c’en est fini des vieilles lunes des mots-absences des choses, mais « l’insuffisance du langage à exprimer le manque » (Fabio Scotto, 89) est à entendre comme un refus de se contenter, un appel à toujours plus de poème plutôt que l’allégeance somme toute satisfaite à l’esthétique du repentir. Oui, chez Ancet tout est question de « Nuance ». Terme par lequel Amelia Gamoneda Lanza désigne « une vocation de dénuement » (95). Ainsi, « en deçà et au-delà du perceptible » et pour une « sensation-monde », « les choses brusquement saisies à l’état sauvages » (Yves Charnet, 109 et sq.), le poème serait « retour aux choses-mêmes ».
• Laurent Mourey fait retour à l’écriture pour donner à entendre « l’air des paroles qu’on a dans la voix » (135 et sqq.) : Jacques Ancet « fait de la mémoire une activité du présent dans le présent de l’écriture », « narrativité » et énonciation, ensemble – narrativité de l’énonciation, plutôt qu’énoncé narratif. D’où une rencontre avec le Marcel Proust du Contre Sainte-Beuve qui, lisant un auteur, distinguait « bien vite sous les paroles l’air de la chanson, qui en chaque auteur est différent de ce qu’il est chez tous les autres ». Le poème n’est plus seulement dans la poésie, on le trouve aussi dans le roman, dès lors qu’il y a « le récitatif menant le récit ».
• Il y a aussi, pour ce NU(e), les poèmes des autres, les résonants, dont je choisis quelques échos. Antonio Gamoneda (traduit par Ancet ) : « je n’ai appris qu’à ignorer et oublier mais l’amour / habite l’oubli » (51) ; Henri Meschonnic : « je recommence / à chaque autre / ainsi je multiplie / mes vies / de bouche en bouche / je marche mon infini » (63) ; Bernard Vargaftig : « Comme avant quel souvenir / Dont le désert a surgi / Pour avoir vu trembler le silence » (117) ; ou encore « Le poème de l’appel » de Serge Ritman : « Tu m’appelles dans sa voix infinie » (173) ; et Béatrice Bonhomme : « ton cœur battant au creux du mien » (133). Les « je », les « tu » de ces voix font, avec toutes celles que je n’ai pas évoquées, de ce numéro 37 (déjà !), une grande résonance autour de Jacques Ancet, un écho à sa propre attention à « ce quelque chose qui est là dans son absence » (James Sacré, 60), l’écoute et l’oubli, la relation, ce qui se passe, ce qui passe quand une œuvre suscite autour d’elle une levée de voix, des amitiés qui parlent leur écoute.
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• Philippe Païni
2 mai 2008
Benveniste aujourd'hui: où sont les titres du langage à fonder la subjectivité?
Vendredi 30 mai 2008
Journée d’étude à l’abbaye d’Ardenne
dans le cadre du séminaire IMEC/IUFM de Basse-Normandie
« Littérature et enseignement : archives, vie et théorie du langage ».
Benveniste aujourd’hui
Où sont les titres du langage à fonder la subjectivité ?
En 2001, le Collège de France dépose à l’IMEC trois cours d’Émile Benveniste (1902-1976) : « Problèmes de syntaxe générale » (1949-1950), « Syntaxe des cas » suivi de « La flexion dans les langues indo-européennes » (1954-1955) et « Les pronoms » (1955-1956), le tout constituant une boîte d’archives. C’est peu ! Ajoutons que ces notes ne sont pas de la main de Benveniste mais de Georges Redard, son élève. Et l’on sait que les fonds les plus importants sont déposés depuis quelques années à la Bibliothèque Nationale de France . Toutefois, nous aurions de bonnes raisons de saisir ce peu pour en apercevoir la force et l’enjeu qu’une formule de Benveniste frappe par le défi qu’elle fait encore aujourd’hui à toutes les sciences humaines et sociales et à toutes les lectures qui ont pu être faites de son œuvre : « Où sont les titres du langage à fonder la subjectivité ? » (« De la subjectivité dans le langage », 1958, repris dans Problèmes de linguistique générale, 1, Gallimard, 1966).
Cette journée d’étude permettra de poser l’actualité vive de Benveniste pour la recherche et l’enseignement d’au moins trois points de vue :
- tout d’abord, « l’invention du discours », pour reprendre à Gérard Dessons, ne semble pas avoir été vraiment considérée autrement qu’à travers de rapides instrumentalisations (en particulier dans l’enseignement secondaire) qui ignoraient la visée d’une théorie d’ensemble du langage ;
- ensuite, la découverte des archives « Benveniste » est en cours et il semble que bien des problèmes soulevés par Benveniste risquent d’être relancés pour qu’on puise considérer la portée de sa lucidité, en particulier s’agissant d’une poétique des discours ;
- enfin, Benveniste oblige à « mettre en question l’évidence » et à travailler sans cesse contre « toute notion simpliste du langage », ce qui demande à la recherche une éthique qui s’entend dans l’écriture même de Benveniste : « l’instance de discours est ainsi constitutive de toutes les coordonnées qui définissent le sujet et dont nous n’avons désigné sommairement que les plus apparentes » (ibid.).
Cette journée devrait donc être l’occasion d’encourager les travaux en cours et à venir pour que les « problèmes » de Benveniste continuent de nourrir les recherches linguistiques, didactiques, anthropologiques et autres, attentives à la vie et la théorie du langage.
Serge Martin, maître de conférences en langue et littérature françaises
UCBN (IUFM de Basse-Normandie), LASLAR (THL), POLART
Programme de la journée :
10h30 : Accueil avec visite de l’IMEC.
11h15 : Ouverture par Albert Dichy (IMEC, directeur littéraire)
et Jean-Marc Guéguéniat (IUFM, administrateur)
Travaux présidés par Jean-François Thémines (IUFM, directeur adjoint - recherche)
11h30 : Gérard Dessons (Université Paris VIII)
« La place du poème dans la théorie du discours »
12h15 : Daniel Delas (Université de Cergy-Pontoise)
« Subjectivité et discours post-colonial »
13h00 : Repas à l’IMEC (prière de s’inscrire)
Travaux présidés par Nathalie Léger (IMEC, directrice scientifique)
14h30 : Chloé Laplantine (ITEM et Université Paris VIII)
« La poétique d'Émile Benveniste»
15h15 : Émilie Brunet (ITEM et Université Paris III)
« Les archives de Benveniste : ouvertures »
16h00 : Pause
16h30 : Jérôme Roger (Université Bordeaux III et IUFM d’Aquitaine)
« Émile Benveniste : l’écriture de l’essai »
17h15 : Serge Martin (UCBN et IUFM de Basse-Normandie)
« Émile Benveniste : la relation dans et par le langage »
17h45 : Discussion générale et conclusion par Albert Dichy et Serge Martin
Renseignements : serge.martin@caen.iufm.fr
Inscriptions à l’IMEC : 02 31 29 37 37 ou estelle.kersale@imec-archives.com
Pour réserver le repas du midi, prière d’envoyer un chèque de 12,70 €
avant le 25 mai à l’IMEC F-14280 St-Germain-la-Blanche-Herbe
Fax. : 02 31 29 37 36
email : ardenne@imec-archives.com
Fleur tendue
Une fleur tendue
La poésie d’Ariane Dreyfus est renversante.
Note sur:
Ariane Dreyfus, Iris, c’est votre bleu, Le Castor astral, févrirer 2008, 102 p., 12 €
Ariane Dreyfus écrit en quatrième de couverture : « Cette fois, la fleur c’est un homme » ! Le renversement est toujours dans et par la relation. Je la multiplie dans ce nouveau livre qui continue tous les précédents – j’aime beaucoup ces « fois » qui ne répètent autrement qu’en avant dans une reprise à la Kierkegaard. Et si l’enfance puis l’ailleurs (Rwanda, Iran, Afghanistan) mais aussi le pinceau de Valérie (Linder) qui accompagne ce livre comme elle avait illustré La Belle Vitesse, reviennent… ce n’est jamais pour éloigner mais toujours pour rapprocher, augmenter « du lien dans le temps » et toujours « commencer avec un iris sous le bleu du ciel nu ».
On le sait, tous les livres d’Ariane sont des livres de dialogue de vivants : ici, par exemple, c’est Israël Eliraz qui « ouvre chaque partie » en donnant neuf citations qui font une lecture dans l’écriture ou l’écriture comme lecture avec quelqu’un. « C’est votre bleu » est bien une adresse comme une réponse qui n’en finit pas de trouver du corps-langage « la langue dans le baiser ». Alors chaque poème comme recommencement de vie se relance dans chacun de ses moments comme toujours une syncope au double sens du terme qui fait le langage-poème de ce livre. Tout d’abord, il y a ce brusque non-savoir que fait l’expérience d’écrire qui, alors, invente ce déplacement rythmique sur la force d’une sémantique qui n’a pas à être attestée autrement que par ce non-savoir inouï, cette connaissance par poème. Je prends un seul exemple (p. 70-71) :
Même quand elle est profonde de bonheur
La vie de chacun ne tenant à rien,
Venez vous aussi
Je lis la déréliction qui toutefois déjà s’étonne dans son participe présent approfondissant le renversement du circonstant et puis l’élargissant par cette invite au présent d’une relation que seul le poème peut faire vivre :
Suivons des yeux l’écriture couturière
Quand il y a encore quelque chose à faire
C’est ensemble que le poème s’aventure dans l’inconnu d’un faire
En ajustant les dimensions
Oui, on sait depuis Baudelaire au moins ce travail d’ajustement et avec Ariane, il y a pour cela les enfants, l’enfance de tout l’amour, de l’herbe aussi et puis :
Le soir c’est plus simple que tout
Je ne serre que toi
Si fort que je tords mon bras
C’est mieux que ma peur
Les rimes de « tout » à « toi » rendent avec tout ce qu’elles emportent l’énonciation
Errante
Pas comme la tristesse s’éloignant de la rive
Tes jambes serrent mes chevilles
L’ajustement se fait au plus près d’un corps plein de deux
Ma tête ton épaule
Ta peau très chaude, la page tiédit
Mon front tout près du dernier poème
D’une écriture pleine d’une lecture qui s’enmêlent au corps-langage d’une oralité qui commençait par l’appel à venir et s’inachève par un geste parlé d’écriture comme un dire-relation qui s’anonyme (« il faut ») en presque proverbe
J
e trace les mots qui parleront tout seuls
Car ma main revient dans ta main
Nous qui ne grandissons plus
Il faut apprendre la légèreté à la peur
Proverbe dédicace ou dédicace proverbe comme titrait Henri Meschonnic
Courage, faire doucement
Les caresses
Ce rythme d’une relation par le poème engage toujours une altérité à fleur de peau pour que la voix s’écoute c’est-à-dire nous fasse entendre un sujet qui en éclaire un autre – entendez « sujet » comme vous l’entendez ou selon le moment de la vie, de la rencontre, du monde. « Tout cela, des exemples simplement » titre une quinzaine de notes rapides : c’est cette modestie qui fait aussi la valeur de l’ensemble non pour gagner une simplicité affectée comme une réponse cynique au monde mais bien pour multiplier le vital dans son impossible même. Ariane Dreyfus y risque le poème d’une éthique qui tient à cette couleur-relation, ce regard-fleur, « votre bleu ». Elle nous oblige au plus beau risque qui soit : « une fleur tendue ».
Serge Martin
Lecture publique
Espace culturel Les Dominicaines / Pont-L’Évêque
SAMEDI 3 MAI 2008 / 17h00
“La poésie rime avec la vie.”
LECTURE – RENCONTRE
dans le cadre de l’exposition des peintures et aquarelles de Masao HAIJIMA
La poésie rime avec la vie: rencontre avec Serge Martin
Espace culturel Les Dominicaines place du Tribunal 14130 Pont-l’Evêque
Enseignant-chercheur à l’Université de Caen, il a publié de nombreux essais et articles et, sous le nom de Serge Ritman,
une dizaine de recueils dont De l’air aux éd. l’épi de seigle, 2003, et, récemment Éclairs d’œil, éd. Tarabuste, 2007
Espace culturel Les Dominicaines place du Tribunal 14130 Pont-l’Evêque
Entrée libre / Réservations : 02 31 64 89 33
Ces lectures-rencontres sont organisées par l’épi de seigle avec le soutien du Centre Régional des Lettres de Basse-Normandie, du Conseil Régional de Basse-Normandie, de Blangy-Pont-l’Evêque Intrecom, de la commune de Beaumont-en-Auge et de la ville de Pont L’Evêque
2 avr. 2008
11 févr. 2008
Le poème des merles de janvier
Les merles de janvier commencent au cœur de la nuit. Non ! ils recommencent dans la nuit d’hiver le printemps. Oui ! le printemps inaccompli dans leur chant si tôt dans la nuit. Comme si un matin précédait toujours le matin. Non ! comme si la nuit ouvrait en son cœur froid un chaud trille matinal. Oui ! je me lève avec les merles de janvier et ils tournent les pages de mon livre. Ils les font tourner plus vite comme si le printemps levait sous le froid nocturne une chaleur secrète. Oui ! je sais que je la retrouverai tout à l’heure en me glissant contre toi. Oui ! une nuit sur deux tu m’appelles pour abandonner le merles de janvier. Non ! ce n’est pas un abandon puisque je m’en vais les sentir sous ma main. Leur chant oui ! dans le buisson noir de ton écriture toute chaude pleine de rêves. Oui ! pleine aussi de mauvais rêves. Le chant des merles vient les rêver autrement dans ma main froide pleine de leurs trilles. Je te les passe. Non ! tu me prends les merles de janvier pour me faire entendre le vrai chant de ta parole. En pleine nuit froide. Oui ! mon amour ne peut oublier ce janvier de nos corps enneigés. Non ! les merles de janvier n’étaient pas encore au cœur de la nuit. Oui ! j’ai attendu longtemps et ils sont venus. Les merles de janvier jubilent pour que ton corps me réchauffe. Non ! pour que ta vie chante mes merles de janvier dans la nuit froide. Dans la nuit froide d’une lecture pleine de neige. D’une lecture recouvrant nos corps emmêlés dans la chaleur des merles de janvier. Oui ! ton écriture chaude toujours inaccomplie. Comme le clair chant des merles de janvier.
23 sept. 2007
Un nouveau numéro de la revue Nu(e)
La revue Nu(e), dirigée par Béatrice Bonhomme et Hervé Bosio, est un lieu de travail et de correspondance. Son prochain numéro est consacré au poète, traducteur, romancier et essayiste :
JACQUES ANCET
« Je n’écris pas pour : pour raconter, pour décrire, pour communiquer, établir un dialogue, etc. J’écris par : par impossibilité de faire autrement, par passion, au sens où je subis quelque chose qui me déborde, par désir, par saisissement… Et ce qui me saisit, c’est cet apparaître qui fait de moi un autre. Alors, plus que « chercher quelqu’un», écrire c’est « trouver quelqu’un », ce « latent compagnon », justement, qui ne se fait que dans les mots et pas ailleurs. Un double sans visage, anonyme dont la voix est pleine d’un silence bruissant de voix. Écrire, aimer, sont peut-être un seul et même mouvement de perte de soi et d’apparition, dans ce vide laissé par l’identité, d’une altérité qui éveille celle de l’autre, lecteur ou être aimé. De l’autre de soi à l’autre de l’autre s’établit un rapport qui est moins de réciprocité que de transfert. »
Le volume de 170 pages que lui consacre la revue, coordonné par Serge Martin (poète, maître de conférence en littérature française contemporaine à Caen), rassemble les contributions suivantes :
• Un entretien de Jacques Ancet avec Serge Martin, sur le continu de son écriture.
• Un inédit de Jacques Ancet : « L’égarement ».
• Des lavis d’Alexandre Hollan.
• Des créations poétiques et contributions critiques, des textes et témoignages d’amis : Bernard Noël ; Antonio Gamoneda ; James Sacré ; Henri Meschonnic ; Gaspard Hons ; Salah Al Hamdani ; Michel Collot ; Fabio Scotto ; Amelia Gamoneda Lanza ; Yves Charnet ; Bernard Vargaftig ; Béatrice Bonhomme ; Laurent Mourey ; Emmanuel Hiriart ; Ménaché ; Emmanuel Malherbet ; Serge Ritman.
• Une bibliographie des ouvrages de Jacques Ancet
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9 sept. 2007
Trois poèmes avec Vassili Grossman
Le brouillard recouvrait la terre
La nature est belle
beauté de l’uniformité
comme une lumière
dans l’entre-deux de la nuit et du jour
dans l’imperceptible
L’humain se déshumanise
dans l’uniformité qui efface par la force les différences et les particularités
la baraque d’un camp et l’isba se dissocient alors
l’isba sort du brouillard comme toute vie est inimitable
comme deux buissons d’églantines s’individuent
quand la baraque met tout passé à l’aune du merveilleux
Je ne crois pas au bien, je crois à la bonté
Les héros sont perdus
ils ont vu les souffrances, les prisonniers, les exécutions
la liste est interminable ils savent que c’est pour le bien
rien n’a changé depuis le VIe siècle
il n’y a n’y aura jamais de bonne nouvelle
autant dormir à la plus mauvaise place
attendre pour répéter que Dieu n’existe pas
après avoir vu l’exécution de vingt mille Juifs
Ikonnikov a vu c’est un héros perdu
c’est lui qui engage le roman dans sa voix
La petite du bal et le prisonnier de Schusselbourg
le roman pense en dissociant
et associant les fêtards du Nouvel An
et ceux qui restent en détention des décennies durant
les condensations les ratatinements du temps
s’inversent dans des proportions étonnantes
les étirements et les applatissements mettent
les secondes à la place des heures et l’inverse
le long et le bref se forment au combat
grâce au passage de l’unicité à la mutiplicité
7 sept. 2007
Séminaire à l'IMEC
Séminaire du GRIF (Groupe de recherche innovation et formation) de l’IUFM de Basse-Normandie
Littérature et enseignement :
les archives, la vie et la théorie du langage
Lieu : IMEC, abbaye d’Ardenne, 14280 Saint-Germain-la-Blanche-Herbe
(www.imec-archives.com et 02 31 29 37 37)
Horaire : sauf exception le séminaire a lieu de 18h à 19h30. Ses participants sont cordialement invités à poursuivre la soirée à l’IMEC à 20h (voir la programmation).
Direction : Serge Martin, maître de conférences en langue et littérature françaises (serge.martin@caen.iufm.fr) et, pour l’IMEC, Albert Dichy, directeur littéraire.
Programme 2007-2008
1. Le vendredi 7 décembre (en liaison avec l’AFEF, régionale de Basse-Normandie) : « Pratiques d’écriture : des manuscrits en classe de français (Jean Follain, Andrée Chedid, Georges Hyvernaud) » avec Martine Dewald, Patricia Fize et Vincent Perrot.
2. Le vendredi 11 janvier : Sylvie Loignon, maîtresse de conférences nouvellement nommée à l’IUFM, présentera son travail de recherche sur Marguerite Duras (1914-1996) et on examinera l’intérêt du fonds pour l’enseignement de la littérature : « Circulez, y’a rien à voir : textes et images avec les archives de Marguerite Duras ».
3. Le vendredi 15 février : « Au croisement de deux fonds, l’invention de la pensée en revue : Henri Meschonnic (né en 1932) et Les Cahiers du Chemin (dirigés par Georges Lambrichs (1917-1992) » par Serge Martin
4. Le jeudi 13 mars : « Danielle Collobert (1940-1978) : établir les œuvres et garder le mouvement de l’écriture » avec Françoise Morvan (entre autres, éditrice de l’œuvre de Collobert chez P.O.L) qui parlera également de Armand Robin (1912-1961).
5. Le mardi 8 avril (date à préciser en relation avec les manifestations organisées par la Bibliothèque d’agglomération de Caen-la-mer autour de la littérature de jeunesse) : « La littérature de jeunesse dans les fonds d’archives de l’agglomération caennaise, états et perspectives pour la recherche » avec Noëlla Du Plessis (Bibliothèque de Caen), Alain Massuard (IMEC), Géraldine Bodet (Bibliothèque départementale de prêt) et Serge Martin (IUFM). Cette séance est particulièrement ouverte à tous les étudiants en littérature jeunesse.
6. En mai-juin (date à déterminer en relation avec les manifestations autour de la Roumanie avec Balkans-Transit), avec le fonds Panaït Istrati (1884-1935) avec Monica Salvan (professeur dans l’Orne et chercheuse). Serge Martin présentera un travail effectué avec l’œuvre de Ghérasim Luca (1913-1994).
7. Le vendredi 30 mai (10h.-17h.) : journée d’étude autour d’un des trois cours d’Émile Benveniste (1902-1976) au Collège de France déposés à l’IMEC, « Les pronoms ». « Où sont les titres du langage à fonder la subjectivité ? : Émile Benveniste aujourd’hui » avec Chloé Laplantine (ITEM), Daniel Delas (Université de Cergy-Pontoise), Gérard Dessons (Paris VIII).
Dans le cadre des séminaires de THL (« Textes, Histoire, Langage »), Serge Martin interviendra le mercredi 2 avril à la MRSH (Université de Caen-Basse-Normandie), salle 205 à 18h. à partir de l’œuvre de Charles Pennequin (dernier livre paru chez P.O.L, La Ville est un trou suivi de Un jour) sur le problème suivant : « La performance est-elle une réécriture ? » en présence de l’auteur. Cette communication sera conçue pour contribuer également au séminaire « Vie et théorie du langage ».
30 août 2007
Deux nouveaux livres de Ritman


Serge Ritman
vient de publier deux nouveaux livres de poèmes
l’un et l’autre accompagnés par des lavis et dessins de
Laurence Maurel
À l’heure de tes naissances
rimes et résonances
Un livre qui cherche l’écoute au plus près de ce que Montaigne signalait : toutes choses sont en fluxion, muance et variation perpétuelle.
Le poème et le livre de poèmes ne sont pas assignables à des formes mais font toujours résonance à des subjectivations relationnelles dans et par le langage.
Une rosace en sept parties avec des « galets d’o » au centre qui lancent autant de cercles, de naissances multiples.
à L’Atelier du Grand tétras
25210 Mont-de-Laval
latelierdugrandtetras@wanadoo.fr
prix de vente : 14 €
Gilbert Desmée sur le site d’Encres vagabondes :
Poète libre, écriture libre ne cherchant pas à cacher quelques influences tant elles sont devenues tiennes. Alors les mots deviennent pleins, porteurs de sens tel que même les distorsions n’entame pas la justesse du dit. Et sous la forme changeante de chaque partie, perce un travail qui se fait oublier, lors l’abrupt dans le vers révèle des questionnements de l’être.
L’écriture, l’amour, le charnel qui reste sans figure, les climats de l’océan, du coucher au lever pourraient peut-être dire les univers abordés. La beauté de ce recueil me poursuit bien après l’avoir refermé. Il s’ouvre en tête, apportant des images inattendues.
Éclairs d’œil
Après Rossignols et Rouges-gorges paru en 1999 chez le même éditeur, le livre commence par un « Rappel de l’épisode précédent : contes et décomptes de la poésie »
Suivent des poèmes « Comme pierres sorties des yeux » qui répondent Paul Celan (« Un œil ressemblant au tien à chacun de mes doigts »).
Les « Petits faits d’hiver suivis de méditations » font l’histoire d’une paire de lunettes à partager pour mieux se voir (s’entendre ?). Un « Anti-manifeste de la réforme de la vision » devient nécessaire pour au moins convoquer Spinoza avant que le livre ne se referme sur un « Martinet ne marche pas », histoire de changer de nom d’oiseau…
aux éditions Tarabuste
36170 Saint-Benoît-du-Sault
taratri@wanadoo.fr
prix de vente : 12,50 €
Laurent Mourey dans Le Français aujourd’hui n° 158 (extrait de la chronique poésie) :
Les Éclairs d’œil opèrent une radicalité, celle de l’écoute et de la vision par le poème, ce qui est, une fois de plus, un geste qui ne laisse rien à sa place. L’oiseau chante et, chantant, il renverse nos vues. Le poème final dit bien ce qu’il fait : jamais il ne la fermera, « sa goule au vent d’une chute » (p.107) Oui, le poème final fait ce que fait chaque poème de ce poème : l’ouvrir en grand pour ouvrir encore dans tous les sens et tout déplacer avec. Ainsi, l’écoutant, « Vous ne l’attraperez pas. […] il ne demeure ». C’est que « l’intempestif du poème ne s’apprend pas comme un métier, ne se programme pas avec une technique fut-elle poétiquement correcte. » (p.106)
Drôle d’oiseau Ritman ? Non, poète libre.
une nouvelle revue

une nouvelle revue semestrielle …
Résonance
parce que nous sommes du langage et parce que vivre dans le langage refuse de séparer lire-écrire-penser,
parce que nous sommes des écoutes actives autant que des activités d’écoutes,
parce que nous cherchons une poétique plurielle de la voix et des voix dans chaque voix,
générale
de pratiques à pratiques, dans tous les domaines où les hommes s’inventent,
pour entendre le sujet comme un rythme, une relation, une pensée en mouvement.
Dans chaque numéro :
deux « cahiers pour la poétique »
un artiste invité
des poèmes, des essais, des notes, des relations
Les rédacteurs :
Serge Martin – Laurent Mourey – Philippe Païni
Abonnement (3 numéros)
à L’Atelier du Grand tétras
Au-dessus du Village
25210 Mont-de-Laval
Tél. : 03 81 68 91 91
latelierdugrandtetras@wanadoo.fr
France : 40 € Étranger : 45 €



