vendredi 12 août 2022

Motifs en spirale

 Motifs en spirale

                            pour Claire le 11 août 2022

 


Tes enroulements font-ils

mes circonvolutions ?

 

Ta croissance infinie 

m’enivre tous les jours.

 

Tu montes, tu montes

et je deviens ton escargot.

 

Combien de révolutions 

pour t’approcher en m’éloignant ?

 

Encore une giration et me voilà

dans ta courbe de poursuite.

 

Mon empreinte digitale correspond

exactement aux spirales de ton âme.

 

Ton enroulement amoureux génère

combien de circonvolutions poétiques ?

 

J’aime les torsades de ta voix

pour donner élan à ma phrase.

 

La spirale de mes rêves dessinera-t-elle

la gidouille de ton royaume ubuesque ?

 

Mes timbres, tes espaces, nos mouvements,

la matière des tourbillons d’une nuit étoilée…


(extraits d'un livre en cours)

mercredi 27 juillet 2022

Jean-Luc Parant nous a laissé sa main pleine de boules et de textes sur les yeux

Et je continue mais je ne continue rien. Ce qu’il y a surtout c’est que je ne suis pas encore mort, et que ces boules ne pourront pas s’arrêter tant qu’il fera jour puis nuit, nuit puis jour tout autour de moi et qu’il y en aura une sous mes pieds et une infinité au-dessus de moi.

Jean-Luc Parant, Mes yeux ne s’arrêtent jamais de voir ni mes mains de toucher (texte publié dans la revue Triages en 2012, texte qu'il m'avait envoyé)

Jean-Luc Parant nous a laissé sa main le 25 juillet à Caen, sa main pleine de boules et de textes sur les yeux. 

J'embrasse Kristell et tous les siens. 

Nous continuerons à rouler tous nos yeux dans ses boules pour mieux voir l'infini du langage.



Ci-dessus un dessin qu'il m'avait confié pour le numéro 72 de la revue Nu(e).

Ci-dessous  un texte publié dans Le Bout des Bordes à sa demande, puis une recension de sa trilogie (publiée chez Corti) dans Europe parmi bien d'autres paroles à lui redire pour mieux le garder en pleine terre ce grand poète de l'uni-vers - oui, d'un seul vers par lequel toute son expérience immense tenait

                                                                        les yeux en boule 

tu 

trouves le trou 

blanc de l’univers

avec le monde qui 

me perd la boule et les routes 

déroutées tout autour ta projection 

cartographique emboulée me met sur 

les frontières tournantes et les poètes sans tête 

et sans vers avec tout le monde dans un chapeau

tout le monde ronds comme un sou puis le village 

planétaire a rendez-vous au manège il tourne tourne jusqu’au

débordement le troublant poème des yeux sans bords et des boules 

sans tour ni pour ni contre un réseau routier il rougit décroûtez 

la terre 

jusqu’à la boule de feu la houle de ceux qui foulent 

à fond pour les fous de lieux ronds sans bords

débordez les itinéraires les téméraires

les héritiers les métiers sans boule

construisez le trou blanc 

de tout un chacun

sa chacune boule 

dans les yeux 

les yeux


Jean-Luc PARANT : Les Yeux. L’Envahissement des yeux (José Corti, 18 €) ; Les Yeux deux. L’Accouplement des yeux (José Corti, 18 €) ; Les Yeux trois. Le Déplacement des yeux (José Corti, 16 €). Kristell LOQUET, Le Chant des Cigalessuivi de Le Lundi au Soleil avec des illustrations de Jean-Luc Parant (Tarabuste, 12€20).

Il y a de fortes chances pour que Jean-Luc Parant se répète. Ces chances sont mêmes doubles : il fait des boules et des textes sur les yeux et il ne fait que cela puisque toute sa vie semble revenir à cette double répétition ! Donc, cet individu corrobore la version traditionnelle de l’artiste : obsessionnel et maniaco-dépressif. Aussi nous faut-il accepter avec quelque condescendance ses productions qui rendent compte de la face cachée de l’homme installé : la femme, le fou et l’enfant, les trois vieilles ficelles de l’esthétique philosophique pour la « modernité »… Ajoutons pour son cas quelques particularités, appelées ailleurs procédés, et nous en aurons fini avec le style Parant : des parallélismes thématiques, syntaxiques et prosodiques jusqu’à l’épuisement, des reprises que Kristell Loquet appelle judicieusement « nouvel angle du regard » (quatrième de A la trace des yeux, éd. Voix, 2001) qui cherchent à épuiser un filon ou, si l’on préfère, à faire boule de neige – et la critique aura à poursuivre à l’avenir les métaphores qui nourriront grassement son travail besogneux… Bref, il faudrait en finir avec Jean-Luc Parant ! Il est « envahissant » : son public est féminin (ne parlons pas de sa famille, voire de sa tribu), ses enfantillages casse-pieds et sa folie démentielle… Voilà maintenant un peu trop de livres qu’il est inutile de lire tellement ils se ressemblent. 

J’aurais écrit ici ce que toute critique à ce jour n’est pas loin de penser. Mais les livres vous travaillent ou vous jouent ou vous jouissent ou… et tout cela indûment, inconsciemment, imperturbablement, imparablement ; ils vous font plus que vous les faites : et vous vous faites être (pas seulement avoir : ce sont les critiques du premier paragraphe qui sont seulement eus… et pas [t]étés). Oui, vous êtes faits être, plus être, plus humain (c’est bête mais c’est comme ça et ça ne se réduit pas à un humanisme abstrait : voyez comme vous marchez avec vos yeux et sur une boule après avoir été roulé par Parant, ses yeux, ses boules !).

Les livres travaillent comme les yeux quand ils sont fermés et, comme les yeux quand ils sont ouverts, ils cherchent l’infini qu’ils ont aperçu quand ils étaient fermés. Un livre de Parant n’est ni ouvert ni fermé. Il est en boule ! Il met en boule ! Il fait la pensée dans la boule comme Tzara disait « dans la bouche ». Mais aussitôt il faut mettre cela au pluriel : « dans les yeux ». Au pluriel du continu unique : jusqu’au bout (des bordes – n’oubliez pas de visiter Le Bout des bordes, Le Journal de La Maison de l’Art Vivant, n° 7-8, chez Al Dante), jusqu’à ce que ça déborde. Et ça ne fait que déborder, que recommencer. Ce n’est pas pourquoi mais comment qui intéresse ici. Le débordement est continu : renversement toujours encore. La liste des procédés est un ratage de ce que fait Parant : une assignation au connu. Son renversement est à la fois infime, intime et infini : il intimide. On est tout petit : on devient enfant, on rougit devant ses yeux, devant son sexe parce que c’est l’invisible que nous touchons. Mais tout cela nous échappe comme nos mains, comme l’amour (envahissement, accouplement, déplacement). Et tout cela est vrai sans que la vérité (celle des philosophes, des scientifiques, des disciplinés…) ne soit le critère. C’est le poème Parant qui est vrai : il est pour de vrai ! Il est infiniment jouissance : « et jouir c’est comme se mettre debout et voler dans la matière » (Les Yeux deux, p. 75). Avec Parant le lecteur n’est pas assis : il vole dans la matière : le langage-relation. Il est envol. Pour cela il faut se laisser prendre, se faire être. Il faut décoller nos yeux qui croient que Parant se répète quand il ne fait que nous reprendre dans et par le corps-langage entièrement fait relation. Aucun terme (catégorie et autres assignations, désignations), aucune borne (pôle et autres limites, définitions) : un mouvement incessant, énervant : renversant ! 

 J’aime Péguy et Parant parce qu’ils sont renversants : l’un et l’autre mettent le contemporain sens dessus dessous : sans eux, il m’aurait eu : en quoi ils sont l’un et l’autre modernes. Et se faire avoir par le contemporain, par ses contemporains, c’est ne jamais pouvoir « v’ivre » (Ghérasim Luca) une telle expérience : « Accouplés, nous sommes complètement renversés : le sexe est devenu la tête, les jambes sont devenues les bras, les bras nos jambes, la tête notre sexe » (Les Yeux deux, p. 260). Chacun comprend la force évidente qu’une telle expérience porte dans notre contemporain : bien des discours sur (le sexe, le regard, le langage, la poésie, le monde…) s’effondrent dans leur répétition même et le poème Parant jubile, dans ses reprises mêmes, de ne jamais s’arrêter. De ne jamais s’arrêter même dans la (telle) lecture (c’est-à-dire la vie) « qui, se souvenant de son commencement, se rend compte qu’elle s’étend déjà infiniment loin pour infiniment longtemps », ainsi qu’écrit Kristell Loquet à la fin de ses deux expériences (je préfère ce terme à « récits ») qui continuent sa lecture de Jean-Luc Parant. Je continue avec eux parce qu’avec eux « tout est dans un temps d’embrassement » (Les Yeux trois, p. 139). Oui, comme dit Parant de ses textes dans ses dédicaces : nous sommes nous aussi « éclairés, éveillés, allumés » par eux ! Le renversement (re)commence. Encore encore.

                                                                         Serge Martin

                                                                          

 

 

dimanche 24 juillet 2022

Douze cris purs dans ton sang noir (12) avec Eric Demelis



le sang noir de mon supplice s’achèvera

demain quand tu pousseras un cri pur

dans la surchauffe sociale dont le théâtre te

fait croire au roman russe et me dilate le cœur

 

jeudi 21 juillet 2022

Douze cris purs dans ton sang noir (11) avec Eric Demelis



le sang noir de tes sourires en dit bien plus

que toutes mes paroles enfouies sous l’écri-

ture dépouillée de mon silence même si

tes efforts de composition la redynamisent

 


mardi 19 juillet 2022

Douze cris purs dans ton sang noir (10) avec Eric Demelis



le sang noir de ta patience ne joue 

pas avec mes impatiences démesurées

mais retourne mon enfantine balourdise

pour qu’enfin nos correspondances arrivent

 


lundi 18 juillet 2022

Douze cris purs dans ton sang noir (9) avec Eric Demelis




le sang noir de ton puits intérieur 

m’empêche de désobéir à ma voix

intérieure tellement pleine des évan-

géliques soubresauts de ta résonance

 


dimanche 17 juillet 2022

Douze cris purs dans ton sang noir (8) avec Eric Demelis



le sang noir de tes rêves livre mon

pain quotidien dans la maison du

peuple que hantent nos utopies afin

que courent encore plus vite ta vie

 


samedi 16 juillet 2022

Douze cris purs dans ton sang noir (7) avec Eric Demelis



le sang noir de nos emmêlements 

les yeux dans les oreilles jusqu’au

suicide de tout moralisme garde un 

œil fixé sur la grandeur de ta vérité 

 


 

vendredi 15 juillet 2022

Douze cris purs dans ton sang noir (6) avec Eric Demelis



le sang noir de tes refus serrent mes 

dents contre les propagandistes

de l’arrière pendant que mes mots

réfractaires cherchent ta sororité

 


jeudi 14 juillet 2022

Douze cris purs dans ton sang noir (5) avec Eric Demelis



le sang noir de ton jeu aux échecs

renverse les dogmes de mes rictus

et dégèle toutes les dents de ton anar-

chisme jusqu’à nous mettre ensemble

 


mardi 12 juillet 2022

Douze cris purs dans ton sang noir (4) avec Eric Demelis


 

le sang noir de tes aréoles pointées

vers quel ciel beethovénien ensauvage

la forêt de mes doigts qui cherchent

l’indésirable dans tout ce que tu es

 


lundi 11 juillet 2022

Douze cris purs dans ton sang noir (3) avec Eric Demelis

 le sang noir de ton corps muet

remplit mes yeux d’enluminures

et tous les plissements de ta peau

illuminent mes lèvres sabbatiques



 


dimanche 10 juillet 2022

Douze cris purs dans ton sang noir (2) avec Eric Demelis


 le sang noir de tes jeux de patience

ouvre grande ma gueule métissée

au musée des imaginaires maudits

comme si tu me mangeais tout cru

 


vendredi 8 juillet 2022

Douze cris purs dans ton sang noir (1)

  

Serge Ritman

 

Douze cris purs dans ton sang noir

 

 

avec des encres d’Éric Demelis

 

Elle avait envie de crier, de courir quelque part pour échapper au vertige du sang qui battait violemment dans sa tête.

Louis Guilloux

 

le sang noir de ton paradis trouvé

tire ma langue jusqu’au fond retrouvé

de tes yeux tout pleins des larmes

héroïques de nos batailles perdues




 


samedi 4 juin 2022

"Nos silences animaux" lu par Joël Frémiot

Un grand merci à Joël Frémiot pour cette recension parue dans la revue Europe n° 1118-1119-1120, juin, juillet-août 2022, p. 357-358.

(son site : https://sites.google.com/site/joelfremiottextesetpeintures/home?authuser=0)

 Serge Ritman, Nos Silences animaux avec six dessins de Laurence Maurel, Mers-sur-Indre, Collodion, 2021.

Que de savoureuses impertinences dans les méandres de ces mille pistes tracées par nos silences animaux ! Une poésie qui nous tire la langue, nous tire par la manche, nous retire de notre langue ; une poésie qui se tait parfois sans faire défaut.

Une injonction de lire dans l’urgence et de relire minutieusement entre chien et loup. Rien que des signes à la frontière du corps, là même où s’arc-boute l’écriture. Et le poète espiègle recrute ses partisans lecteurs pour aller fourrager dans les tiroirs de nos incapacités à sauter le pas.

Lire est rebroussement, éloignement depuis un début confié aux sueurs froides d’une grammaire remise en liberté. Un arrachement instantané, puis la glissade du mot au fin fond de sa rébellion. Infiniment plus qu’une gambade parmi les césures, c’est l’ébriété retrouvée ; c’est le jour qui tremble, les nerfs d’une invention qui a perdu pied. Des précipités s’entrechoquent, un empressement se remémore la halte de la page blanche sur son lit de rumination, les syllabes ciselées trouent par leurs allers et retours les appareils de transactions secrètes, le poème s’ébranle, il affole son vers brusqué.

Une ébauche charbonne son dérapage sur le crépi d’un mardi-gras crayonné en coulisse. Il y a de l’indénichable dans ce chassé-croisé de cambrures et de torsions. Des bêtes s’étirent et bâillent à l’avant-scène d’une dixième dimension. Des bêtes interdites trament des drames au creux d’un empierrement. Des bêtes empiètent sur le caillot du silence. Des bêtes tisonnent leurs entêtements et survolent une béance. La mélodie d’un essor.

D’ailleurs, ne s’agirait-il que d’un passage de l’alcôve au ring ; une ruelle où se ruent des ponctuations fantômes ; le ru du poème charriant son lot de bestioles alphabétiques. De nasses endommagées en cages saccagées, ce ne sont qu’escapades, trocs d’étreintes contre uppercuts, tandis qu’un filet de voix zigonne entre glotte et dents, ailleurs.

Encore faudrait-il que le lecteur ait l’ouïe assez fine pour entendre ce bruissement de tripe, ces coups de consonnes répétés dans le thorax de la strophe, ces susurrements vocaliques des livres qui épèlent à contre-temps les lettres amadouées d’un ébrasement de l’air. L’œil également devrait être de la partie parce que ça vibrionne du côté de ce papier Olin Naturel. Une rage pour en finir avec l’image, pour en découdre avec l’empreinte jumelle d’une illustration limogée. Ici, il n’est question que de ricochets, du geste initial, de l’éraflure tombée à pic sur la page. Une démangeaison de la page, un désir de sentir la page, une fringale de taches, de traits, de mine de plomb, de fusain, de lavis. Rebondir de page en page ; reluquer, se goinfrer, picoler. Être un lecteur, un goujat, une bête qui crève de soif.

Une grande envie de brandir ces dessins, de brailler le texte. Sans vraiment savoir, nous dit Serge Ritman, sans arrêt de parole, nous dit-il plus tard.

À tire-larigot, nos silences animaux tire à vue sur les tire-au-flanc de l’écriture, sur les tire-au-cul de la lecture. Nos silences animaux fait mouche.

 

Joël Frémiot

 

Les corps caverneux de Laure Gauthier : faire poème ensemble

 Laure Gauthier, Les Corps caverneux (Lanskine, 2022)

Recension parue dans Europe n° 1118-1119-1120, juin, juillet-août 2022, p. 354-355.



Une suite de sept essais de voix : ainsi me semble se présenter ce livre de Laure Gauthier. La notion d’essai est bien celle qui correspond le mieux à ces mouvements qui concourent à un ensemble associant la plus grande implication expérientielle à la recherche de la forme la plus juste au cas par cas. Ainsi que Montaigne, Laure Gauthier sait aussi que l’essai, qui continue l’expérience vive dans et par un montage de ses références, ne peut résonner sans tenir voix. Car l’enjeu vif d’une telle écriture c’est bien celui d’une vocalité qu’on ne peut réduire aux allusions musicales quand bien même avec notre poète elles sont forcément importantes dans leur modestie même : « je bricole une musique ». Si le blues traverse Rodez c’est parce qu’« il pleut encore sur rodez » où le encore est justement la recherche, tout contre les itinéraires balisés du tourisme culturel, de ce qui fait l’intempestif Artaud  : « une voix qui est un rite est à enfermer vite vite ». Le poème ne peut alors que tenter une écoute « creusant les voix qui parlent d’une ferveur ouverte ». Oui, un blues comme un cri contre tout le kitsch de bien des poètes du moment. Aussi le mouvement qui suit et donne son titre à l’ensemble engage-t-il une manière de faire corps : « n’être pas pantin ». Corporéité qui demande une politique par la relation éthique : « oser sourire alors sans silicone ». Et par-dessus le marché une poétique de l’espace vocal : « Je construis un courant d’air, une musique pour faire / claquer les portes ». Il y a ici et dans tout le livre comme un principe espérance qui tient aux survenances, leur puissance obscure, qui depuis les grottes hantent nos histoires, nos rêves et utopies : « un chant de la grotte qui refait surface ». Les « stances de l’adolescence » qui suivent font plus un ressouvenir en avant qu’une remémoration. Leur imparfait donne toute sa valeur itérative à un baiser « à bouche que veux-tu ». C’est la vie qui fait voix dans « Nous parlions en tentant de ne pas nous évider ». Avec l’« ephad-mélodie » qui suit, le leitmotiv du « Vénus et Cupidon » de Lucas Cranach le Vieux (vers 1525), vu par la mère à neuf ans et demi et « revu à Londres », rime avec des participes présents qui inachèvent les procès (« Souhaitant » ; « Retournant » ; « Allant » ; etc.) et où l’appel, « Maman », va jusqu’à poser une question (en lettres) capitale(s) : « Faudra-t-il en venir aux armes ? ». On sait médiatiquement depuis peu le scandale des mouroirs du néo-libéralisme : « Outresoigner et vite dégager ! » Cranach comme un poème, comme une odelette de Ronsard : « entaille à la vie » jusque dans une EPHAD pour dire à sa mère : « Tu as un avenir ». Il faut bien alors une « rhapsodie » qui résonne comme « l’orchestre de l’âme populaire » chère à Alexandre Blok. Dans quelle caverne cela résonne ? Celle des grandes surfaces d’aujourd’hui sachant bien qu’on peut s’interroger : « Une grande surface a-t-elle encore une surface ? » Les formules et rimes qui chantent comme de la « pop » y font florès jusqu’à la banderole bien rouge pour « avancer, avancer » : « L’occident a peur du changement / Il fait dans son froc au lieu d’Orner ses grottes ». S’ensuit comme un rêve écologique, un petit renversement apollinairien en « forêt blanche » : « un geste à la vie comme on jette une torche dans la nuit sans prétendre apercevoir autre chose que le vent noir mais l’envie de la torche ! » Le septième et dernier essai de voix dessine comme un désir océanique, un « désir de nuages » : avec des majuscules en constellation dans une prose documentée, la voix se cherche dans des projets comme rêves d’installations ou de « tumulte désordonné à l’intérieur du nuage », à l’intérieur du dire. 

On aura compris que les sept essais de Laure Gauthier demandent autant de réénonciations que de reprises de voix jusqu’à gagner ce qu’on pourrait appeler « une nappe de sons immobiles faux calme désirant / silences longs rien ne bouge / tu restes en moi et nous faisons silence ensemble ». Des essais de voix pour faire poème ensemble… avec tous nos corps caverneux en résonance.

 

mardi 4 janvier 2022

2022 : voeux

 2022

 



Per noi nati con l'idea della Rivoluzione sarebbe dignitoso rimanere attaccati a questo ideale.      Pier Paolo Pasolini en 1968



https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3d/Asamblea_Constituyente_2019-11-14_02.jpg/440px-Asamblea_Constituyente_2019-11-14_02.jpg et https://lundi.am/Cette-action-etait-de-nature-a-provoquer-une-certaine-emotion-compte-rendu-dua

la terre tourne dans des révolutions qui se comptent

avec des nombres comme le croient les financiers

et les oligarques de ce monde aiment en faire le tour

en l’air mais leur récréation ne durera pas quand

tous les peuples des égalités et des solidarités siffleront

fort pour des communs constituants qui rendront

aux poumons populaires la respiration démocratique 

sans détours ni partis autres que des comparutions immédiates

des politiciens mafieux des policiers racistes des présentateurs TV

méprisants avec des rires à faire feu de tous les artifices communicants

 

la terre tourne avec les bernaches qui migrent en l’air libres

pendant que les migrants meurent en mer bientôt la peur

viendra aux jet setteurs ils perdront leurs passes touristiques

et iront ramer dans les eaux pourries de leurs déchets

 la terre tourne et nos interférences font la révolution joyeuse

Serge Ritman

avec tous mes vœux de bonheur et de santé

« Le progrès ne se loge pas dans la continuité du cours du temps, mais dans ses interférences : là où quelque chose de véritablement nouveau se fait sentir pour la première fois avec la sobriété de l’aube. »

Walter Benjamin, Paris, capitale du XIXe siècle.

jeudi 25 novembre 2021

Migrations empêchées

 c’est le cargo noir de Dufy

qui ramène au rivage


toutes les migrations empêchées, 


vingt sept cadavres ce 25 novembre 


pour 30 km contre 


une larme de ministre assassin



Raoul Dufy, Le Cargo noir, 1952, Musée des Beaux-Arts, Lyon







lundi 15 novembre 2021

Camille, ta main

à l’ami Camille Lusardi 

parti ce 13 novembre 

les trois sizains qui suivent, vers Gégé
















ta main dans les papiers couleurs

et l’odeur d’encre de l’atelier

retrouvée dans les accords

de ta guitare ou les couleurs

de tes tableaux, quelle phrase

pourrait te redire nos bonheurs




 













pendant qu’à plus soif tu 

réveillais les fêtes en atelier,

je lisais encore plein de livres

que ton autodidaxie a su

mettre en phrase au gré 

de ta démarche de rital




 













pas la phrase mais le phrasé 

de ta diction considérant tous

les poissons, tu plongeais 

avec ta sirène dans des accents

que tout Paris ne connaît

plus sauf à goûter un bon cru


vendredi 12 novembre 2021

d'un poème de Philippe Denis (17 janvier 1947-10 novembre 2021)

                                                 d’un poème de Philippe Denis

                                                                        pris aux Petits traités d’aphasie lyrique

court-circuiter la différence par


un souvenir d’enfance phrase après


phrase, mais avec la salive


de ta langue qui cherche quel


picotement dans un baiser sur


la nuque de nos oppositions





vendredi 29 octobre 2021

petit bouquet (avec Georgia O’Keeffe)

 petit bouquet (avec Georgia O’Keeffe)

 

 

comme glisser dans les plis

de la lumière ou c’est le tableau

qui vient s’ouvrir avec ses

fausses symétries cette ligne

qui fuit vers quel horizon

d’un voir de plus près ce qui

s’éloigne lentement dans ton

air quelle fleur sent toute ta vie

 

 




l’organique se déploie

dans quel effeuillage

puis tout déborde comme

si les dessous n’en finis-

-saient pas de s’enfoncer

devant l’éclairage intense

des couleurs toute ta vie

dans les plis d’une fleur

 

 

combien de matières organiques

osseuses aussi bien que soyeuses

pour fondre tout dans un tableau

ta vue ta voix s’enfoncent loin

dans nos déserts nos dégradés

qui remontent à fleur de dire

le vent un tourbillon de courbes

ou encore recommencer la porte

en plein soleil vieillir la lumière

 

 

toute liquide la lumière

s’enroule c’est la volupté

des volutes d’un paysage

il fait corps dans tes bras

ou lignes arborescentes

de rides souriantes même

si des souffrances et cris

creusent l’obscur dans

ces éclats colorés je bois 

ta lumière toute liquide

 



NB: les reproductions viennent du site du Musée d'Art Moderne (Centre Georges Pompidou, Paris)