lundi 3 avril 2017

tu es ma revenante

(notes face aux tableaux de Marc Desgrandchamps
Musée des Beaux-arts de Caen le 2 avril 2017)

le revenir de ton volcan - lequel
où ces noirs oiseaux de ton écrire
posés sur les transparents fluides
alors nos sols fondent cursivement
et les sandales emportent petites
ailes de tes envols comme balafres
blanches tout est dilué même
la mer avec ses bleus quelles douleurs

















aligné ton dos dans sa fuite immobile
le revenir d’une statue où tu l’as vue
collée à même tous tes décadrages
comme si ton pied s’enfonçait
et tu vois cette plage où je cours
comme un cheval emporté coupé
en deux mais la lumière ailée
tombe comme tu t’en vas toujours
t’en vas la sandale au bord de ton
volcan

















le bras et le vent agrandissent
ta marche avec des oiseaux d’augure
ils disent la ligne d’écume ton écume
dans ma bouche la lecture au cœur
d’une foule et le désert dans des verts
laisse pendre ta robe ses transparences
maculée comme si tous les fruits croqués
séchés après quel tir à l’arc dans mon cœur
ou le cheval

















dans l’ombre avec ce vent qui trace
sur les vitres de ma vue oui le bleu
de ton ciel tragique tache l’arbre et
le candélabre de Judith strie ce paysage
romain avec ta robe plissée je baigne
tous mes yeux dans des verts plissés
je te vois
aveugle si tes jambes et tes genoux 
vers quel volcan de peinture
éruptive agenouillée tu revois
nos lointains si proches je plonge
dans l’inachèvement de ton rouge
à ongle confondu vers quelle fente
mais tout bouge dans nos mouvements
et je ne peux t’arrêter tu cours
dans mon revenir la sandale dans
ta main






dimanche 2 avril 2017

reprise pour une voix chthonienne

tu me déverbes avec ta nage
et mes 13 ans te courent après
comment t’attraper pour toucher
tes cils avec mes bouches et 
                            te souffler
toutes les voix qui me poussent
comme pierres qui roulent ou 
                             alors voilà
tous les ricochets sur ton lac
nous font marcher sans plonger
et tout là-haut tu me recommences
dans mon rêve tu grandis infiniment
et je cours de tout ton souffle 
mes bêtes rient de cette folie
une claque me réveille et 
                         c’est toi
oui tu me parles comme si tu fondais
dans mes pleurs je te vois tu m’écris
partout où nous marchons 
d’un rêve l’autre dans notre déversement




(reprise pour une voix chthonienne)

samedi 1 avril 2017

Prix Bernard Vargaftig

Vraiment très heureux d'annoncer la création du prix Bernard Vargaftig - pour rappel, le livre que j'ai écrit "avec" l'oeuvre de ce grand poète (http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=4605) :

Appel à texte : prix Bernard Vargaftig 2017

Bernard Vargaftig
L’Association Prix Bernard Vargaftig doit son nom au poète ayant tissé une des oeuvres les plus fortes de ces dernières décennies et qui a toujours eu à coeur d’« offrir des pages à de jeunes poètes qui ont tellement de mal à publier et si peu de lieu pour le faire ».
Le Prix Bernard Vargaftig a pour objectif de faire découvrir la poésie d’un auteur n’ayant pas été publié en tant que poète (hors revue et ouvrage collectif). Il sera décerné tous les deux ans et donnera lieu à la publication du manuscrit lauréat chez un éditeur, les éditions Jacques Brémond pour cette première édition.

Modalités de participation :

envoyer avant le 15 juin 2017 un manuscrit en format papier et format numérique :
- par la poste : en 3 exemplaires format A4, de 40 pages numérotées. Le manuscrit sera anonyme (aucune mention de l’auteur sur les pages du manuscrit), accompagné d’une feuille volante mentionnant le nom, l’adresse, le numéro de téléphone et le mail de l’auteur, ainsi qu’une courte notice biographique et éventuellement des références de pages web.
- par mail : en pièce jointe, format pdf, accompagnée des informations administratives et de la notice biographique de l’auteur.
Les documents sont à envoyer aux adresses suivantes :
- postale : Association Prix Bernard Vargaftig, BP 31014, 30201 Bagnols-sur-Cèze.
- mail : prixvargaftig@gmail.com
Tout envoi hors délai ou ne respectant pas l’une des consignes ne sera pas pris en compte. Le Prix sera décerné au mois de décembre 2017.
Les membres du jury final sont :
Guillaume Boppe (poète)
Michaël Glück (poète)
- Cédric Le Penven (poète)
Bruno Michel (responsable de médiathèque)
- Anne Morin (lectrice de poésie)
- Claire Poulain Cuénot (poète et éditrice)
- Hélène Sanguinetti (poète)
- Anne-Laure Tristant (libraire)
- Franck Villain (universitaire)

Renseignements

© Photo : Pierre-Emmanuel Weck

dimanche 19 février 2017

Le besoin d'aller courir ailleurs : Frédérique Cosnier, premier roman !

Frédérique Cosnier, Suzanne et l’influence, roman, La Clé à molette, 2016. `




Frédéric Strauss écrivait que le film de John Cassavetes, A Woman Under the Influence, « est un film à cœur ouvert » (Les Cahiers du cinéma, n° 455-456, mai 1992, p. 18-19). Dans ce premier roman, Frédérique Cosnier, qu’on connaît aussi pour ses poèmes (voir Résonance générale n° 8) et ses performances, écrit comme Cassavetes filme : en épousant la folie de son héroïne, cette femme « borderline » (p. 19) – comme on dit peut-être trop vite, à moins de comprendre que les « dérapages », puisque la société et ses institutions de contrôle les qualifient ainsi pour les soigner ou les réprimer, en disent bien plus sur la violence sociale quotidienne et quasi invisible sauf par ceux qui deviennent « ingérables » (p. 49) ! Cette écriture est cinématographique avec plans séquences et surtout plein corps, comme on aime Gena Rowlands-Mabel dont la liberté intenable est vraiment filmée par Cassavetes car, oui !, « Peut-être qu’il y a des corps dans les livres mais alors pas souvent » (p. 97) ! Aussi l’héroïne que l’écriture de Frédérique Cosnier suit à fleur de corps, avoue-t-elle que les livres ne l’ont pas sauvée, peut-être consolée, mais « la musique est arrivée d’un coup et elle a tout happé. Je ne connais pas de force plus puissante. A part l’alcool. » (p. 98). Ce roman fait tout comme : ce sont au fil d’une course de vitesse des morceaux de transe. Et ça commence aussitôt entre un lancer de concombre que Suzanne a oublié de bipper à la caisse de « Gééaaantkâââzinôôô » (p. 14) et un meurtre à la clé à molette à un feu rouge (p. 24-26) jusqu’à une scène époustouflante (p. 75-77) dans un café où un macho est baptisé avec un signe de croix à la bouteille de bière cassée sur la bouche...
Alors tout va lentement mais sûrement, et tout dérape dans une logique du racontage qui épouse au plus près des airs de chanson comme In a manner of speaking, comme dit l’héroïne, regardant sa compagne pédaler sur son vélo d’appartement en plein air au bord de la rivière avec rien d’autre sur le corps qu’un « Passionata pigeonnant couleur lavande de dentelle » : « une vraie scène de bonheur totale comme dans ces livres que j’avais lus ». Cette manière de dire, c’est « sa chanson préférée, car les scènes qui ressemblent à celles des vieux livres se retrouvent aussi dans des airs très récents » (p. 65). Je dirais que la vitesse de cette écriture vient de ces télescopages mais d’abord de cet amour, même sur sa fin, et toujours comme les yeux fermés, de Suzanne pour Mable (tiens ! c’est presque le nom de Gena Rowlands chez Cassavetes ! de ma belle à presque aimable ?) à qui elle demande : « Est-ce que tu crois que les révolutions vont s’étendre ? » (ibid.).
Mais, j’allais oublier de dire que le prénom de l’héroïne n’est pas sans évoquer tout du long la chanson de Leonard Cohen qu’on connaît certainement peut-être plus avec la reprise de Graeme Allwright, la demi-folle avec qui on voudrait passer une nuit entière et voyager… Oui, ce roman fait Suzanne en la transformant de « star » en « artiste » (p. 114) puisque l’écriture nous emporte dans sa voix – ce qui est bien autre chose que de nous faire assister à son spectacle ! Ceci dit, c’est l’impossible qui est maintenu tout du long et pour chaque morceau… Ce roman est donc bel et bien comme le premier disque de Cohen jusqu’à écrire dans un bel accord : « nous ne trouverons jamais les mots pour bien décrire notre chagrin » (p. 121). Frédérique Cosnier en a trouvé le phrasé : « Tu as vu le tableau. Des fois, on sent si bien l’odeur du carnage que c’est comme si on était déjà au beau milieu et c’est à peine s’il y a une différence entre ce qu’on imagine et la réalité. De toute façon, le carnage, tout le monde l’a vécu à l’origine. Il n’y a rien de plus originel que ça dans nos vies. Et il faut bien courir comme on peut après l’oubli. Simplement, certains courent plus ou moins dans le bon sens. » (p. 134). Je ne sais dans quel sens court Frédérique Cosnier mais elle court un peu comme Georges Bataille dans le bleu du ciel… avec certainement un zeste d’humour décapant en plus, ou plutôt, déroutant : « le besoin d’aller courir ailleurs » car « vous comprenez que vous n’êtes pas de ceux qui demeurent quelque part » (p. 158). Frédérique Cosnier ne va pas de sitôt arrêter de nous surprendre, étant donné le degré d'énergie et de justesse de cc premier roman.