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mercredi 2 novembre 2011

Cacophonie vs. polyphonie ou la musicalité de tout dans l’œuvre poétique de Caroline Sagot Duvauroux


Le texte qui suit a été écrit pour une revue universitaire dont la thématique reprend la formule mallarméenne du "défaut des langues". On peut lire un entretien avec l'auteur publié dans la revue Le Français aujourd'hui à cette adresse: http://martin-ritman-biblio.blogspot.fr/2012/08/caroline-sagot-duvauroux-ou-la.html



[…] les choses existent, nous n’avons pas à les créer ; nous n’avons qu’à en saisir les rapports ; […]
Stéphane Mallarmé, Réponse à Jules Huret, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1945, p. 871.

et toujours au bord d’un addad

Caroline Sagot Duvauroux, Aa journal d’un poème, Paris, Corti, 2007, p. 216.

L’œuvre de Caroline Sagot Duvauroux[1], née en 1952, se déploie publiquement au cours de la première décennie 2000 en six livres publiés aux éditions José Corti
 : Hourvari dans la lette en 2002 ; Atatao en 2003 ; Vol-ce-l’est en 2004 ; Köszönöm en 2005 ; Aa Journal d’un poème en 2007 ; Le vent chaule suivi de L’herbe écrit en 2009[2]. Il faudrait y ajouter le travail important accompli depuis au moins 1995 avec la peinture et les livres d’artistes en particulier au sein de la maison d’édition installée à Crest dans la Drôme et animée par CSD et Michel Anseaume, Les ennemis de Paterne Berrichon[3]. Toutefois ces six livres, lesquels reprennent un certain nombre des publications antérieures, constituent un ensemble qui peut se lire comme un livre continué, une expérience en cours dans son continu même : la force d’une voix qui refait la poésie et au-delà la littérature, le monde dans cette première décennie 2000.
Plus précisément, c’est l’hypothèse que j’explorerai ici, avec une œuvre comme celle de CSD le poème remet en mouvement le dualisme de la querelle cratylienne puisque la motivation n’est pas de la langue, mais du discours au sens d’une subjectivation dans et par le langage[4]. De ce point de vue, le poème obligerait à tenir ensemble arbitraire et motivation et non à les opposer pour soi-disant sauver le poème quand ce dernier n’a pas besoin qu’on torde Platon et Saussure pour confondre arbitraire et convention, motivation et réalisme, le tout sur fond de signisme[5]. Avec le poème, comme plus grande attention au langage, à tout le langage et au tout du langage, « la nature n’est plus ce qui vient au langage, mais ce que le langage en fait. La nature y est la prise que le discours a sur elle[6] », comme l’écrit Henri Meschonnic qui ajoute par ailleurs que « le poète est un homme qui mène une parole jusqu’à la fable, le mot jusqu’au principe du monde[7] ». Ce que fait exemplairement CSD depuis au moins 1995 en peinture ou littérature : « J’aime le mot œuvre, il contient beaucoup plus l’infini de l’activité que l’acte achevé[8] ». Ce qui me permet d’observer ici ses tentatives non d’épuisement mais de relance de la parole dans sa pluralité même où s’aperçoit qu’« au défaut des langues », le poème ouvre à l’altérité et donc à la relation comme critique de la littérature, de la poésie, de la langue et du monde tels que construits dans les opérations culturelles, sociales et politiques.
Le paradoxe qu’explore spécifiquement CSD montrerait que la cacophonie fait plus leur devenir qu’une polyphonie maîtrisée maîtrisable. Cette dernière resterait dans l’instrumentalisme et donc la reproduction d’un accord quand la relation chaque fois spécifiquement déplace infiniment le rapport entre l’histoire, l’individu et la société : l’invention d’un (dés)accord comme relation désaccordée de ses termes que la culture voudrait déjà toujours là dans un « il y a » établissant voire confortant une rémunération des langues quand le poème augmente le au défaut des langues, la « défaillance » (H, 53), sa signifiance dans et par le rapt du y, « l’inconnue[9] » : « Les pieds de mon poème sont sales c’est obligé : marcher » (K, 142). Et alors : « il n’y a que genèse mais l’exode est premier » (K, 117).
Ce défi que fait le poème dans et par l’œuvre de CSD est d’abord la reprise à nouveaux frais du défi de Mallarmé au mallarméisme même, il ouvre à un charivari dans les Lettres pour augmenter l’entre de l’appel que chaque poème fait entendre et donc la voix emportée dans un vacillement de la relation.

Cratyle (n’)est (pas) Cratyle ou Mallarmé (n’)est (pas) Mallarmé
Les emprunts à Mallarmé font souvent massue – ce dernier terme de Ponge qui savait ce que Mallarmé voulait dire (pour lui) : « une massue cloutée d’expressions-fixes, pour servir au coup-par-supériorité » (Œuvres I, Gallimard, p. 182). Ils le font d’autant que leur frappe fait vite formule dès que la lecture isole – c’est le propre de la formule qui court les rues et les articles. Souvent il suffirait de (se) situer : non seulement ranger la massue dans l’abri guerrier ou ladite formule dans son contexte mais également reconsidérer la formule dans sa diction – son discours au sens de Benveniste. Il s’agissait quand le vers s’est vu rémunérer « le défaut des langues » d’une défaillance « à exprimer les objets par des touches y répondant en coloris ou en allure, lesquelles existent dans l’instrument de la voix, parmi les langages et quelquefois chez un ». Et ces « touches » ne peuvent en langue (ou « idiomes ») se trouver que sous des « termes » quand en discours – mais je reconnais qu’il faut passer de l’emploi rhétorique que continue Mallarmé à l’emploi anthropologique qu’il suggère néanmoins – c’est le vers qui s’engage comme « complément supérieur » jusqu’à ce que ce dernier « rémunère le défaut des langues[10] ». On a souvent réduit ces propos à la formule séparatrice qui couperait de manière rédhibitoire la langue poétique ou « essentielle » des autres et surtout de l’ordinaire quand Mallarmé poursuit et n’arrête pas : il lie entre autres ce « complément supérieur » à la subjectivitation d’une « prosodie » personnelle associée à « l’acte poétique » qui fait rimer ses « motifs » jusqu’à cette « intégrité » ou spécificité, c’est-à-dire valeur : « le poëme, énonciateur » et son « vers qui de plusieurs vocables refait un mot total, neuf, étranger à la langue et comme incantatoire, achève cet isolement de la parole : niant, d’un trait souverain, le hasard demeuré aux termes malgré l’artifice de leur retrempe alternée en le sens et la sonorité, et vous cause cette surprise de n’avoir ouï jamais tel fragment ordinaire d’élocution, en même temps que la réminiscence de l’objet nommé baigne dans une neuve atmosphère[11] ». De la langue au discours, le changement de point de vue s’opère dans et par l’activité anthropologique et artistique du poème que CSD concentrerait dans une formule parmi bien d’autres qui ne cessent de faire reprises ou mise à jour dans des historicités qui exigent l’historicité des lectures : « L’incantation défie le nom des choses. Le nom clos des choses closes » (H, 36). La voix ne dissocie pas l’altérité de l’identité et donc évite l’aporie du même et du différent pour lui préférer le mouvement, la relation :
Ah ! fuir encore plus fort et plus habilement mais ni l’autre ni moi. Je suis, je fuis, l’autre est partout. Non. Fuir ce qui d’ordinaire dans mouvoir se choisit. (H, 97)
On ne choisit pas ses débuts. Ils vous choisissent parce que « le livre ne se fait qu’en se faisant dans l’immédiate portée de voix » (Aa, 228).

L’orée de l’œuvre ou un charivari dans les Lettres
Une œuvre commence publiquement avec un livre dont le titre, Hourvari dans la lette, résonne dans l’étonnement et, à la relecture, dans l’intempestivité car il faut prendre au(x) mot(s) le défi d’un tel titre : si l’expression est comme expliquée en quatrième[12], elle n’en demeure pas moins énigmatique et suggestive puisque s’entend bien quelque chose comme un charivari dans les Lettres et donc une écriture carnavalesque « à folle allure »[13]. Je me contente ici de la fable de l’orée dès l’ouverture de ce premier livre d’une série en cours chez José Corti. C’est l’aube d’une danse ; c’est l’orée d’un rythme dansé :
la jeune fille danse
et c’est lever de jour
avec tout et parties
et c’est constellation
car elle se lève avec
tous les mots sidérés
qui s’accrochaient aux langues
par ourdir et tisser
le silence qu’elle rompt
troisième fée incandescente
qui rompt l’incandescence
l’estrope du mot dû
et les articulations

vient défaillir alors
où ne sait plus qu’attente
la jeune fille creuse
de celui qui viendra
l’appellera lui dira quoi

elle dit quoi j’avais trouvé quoi déjà que j’ai perdu depuis

elle lève les jambes
[…] (H, 9)
L’œuvre s’inaugurerait ainsi : si « la jeune fille danse » alors la copule d’un racontage (« c’est ») s’ensuit (l’engrenage du « et » biblique porte le phrasé à hauteur d’une épopée de voix) et l’ancrage déictique de ce présentatif vient comme situer la voix engagée au cœur d’une relation qui emporte à la fois dans un monde partageable et une parole échangeable – c’est la même chose certainement [14]. Il faut suivre un tel mouvement au plus près d’autant qu’il emporte l’œuvre entier : une prosodie y fait un phrasé qui y fait un rythme qui y fait un poème qui y fait un sujet-relation dans et par l’arrachement « aux langues ». La danse de cet arrachement est un « se lever » général : le désamarrage est le geste premier sans cesse répété de ce poème et il situe toute la poétique dans l’appel au sens que j’ai tenté de dire pour un autre poète Bernard Vargaftig mais ici avec une force décisive dans l’écoute de sa propre pluralité-altérité. Le « quoi » dans ses reprises ne se résout pas en une question ou un questionnement – le poème s’arrêterait à la station philosophie – mais libère un appel ancré dans l’interlocution directe, dans la cheville amoureuse d’un tutoiement généralisé interpelant l’autre mais aussi le monde et jusqu’au silence, dans l’infini d’une demande sans limite, d’un impossible sans définition.
Car il y eut le vent l’été dont elle fit provision. La neige est là. Et le bleu du cahier. Issu. Il y a le trou que fit un jour le poème et qui va jusqu’où il faut être. Au cœur. Avec le lys en la volée d’oiseau. Où il faut être. Mémoire retournée. (H, 32)
Le retournement n’est pas un retour à. Mais un ressouvenir en avant à la Kierkegaard en trouvant à même l’expérience singulière d’une telle écriture les conditions de la reprise « où il faut être » jusqu’à réécrire Balzac en poème (Le Lys dans la vallée) et surtout l’appel d’air du trou-poème : sa paronomase généralisée (je souligne mais il faudrait multiplier le tuilage paronomastique et sa dispersion infinie-tésimale) :
Le poème s’il fut
fut d’abondance et d’abandon
gloire au ban donnée
et s’il a trop pleuré le bateau la navrance
des aubes déferla sur mon ventre
avec jouir et condouloir (H, 54)
C’est ce que CSD nomme « le coup du poème » (ibid.) sans que ce dernier ne tombe dans une quelconque réduction de « l’impossible à l’illisible » (H, 55) parce que « le continu ne peut finir » (H, 59) et que « rien ne transcende rien » (H, 61).
Aussi, CSD inaugure son « Livre » par ce pas, « ce fut danse » (H, 111) – c’est l’excipit du livre qui suit sa circonstance écrite que je lis comme essai de situation dans et par l’épopée de voix : « où laissée » (ibid.). Le pronom relatif par son antécédent (« la blanche attente » qui répond à « l’attaque noire ») ne résout pas l’attribution définitive du sujet certes féminin mais pour autant à venir dans et par la lecture désormais ouverte par ce charivari dans les Lettres car il n’est plus de dé-finition qui vaille puisque :
Ah ! fuir encore plus fort et plus habilement mais ni l’autre ni moi. Je suis, je fuis, l’autre est partout. Non. Fuir ce qui d’ordinaire dans mouvoir se choisit. (H, 97)
La fuite par poème n’est pas une désaffection mais l’augmentation et l’intensification inouïes d’une altérité radicale et donc d’une relation sans cesse au travail hors termes puisqu’emportée : la danse, la jeune fille, le pas du poème font charivari dans les Lettres et dans les lettres, c’est-à-dire littérairement et littéralement : quelle langue choisie, connue, stabilisée tiendrait un tel défi d’autant qu’il résulte de « l’envie d’un danger coulant sur la littérature » (K, 34) ! Aucune langue, autrement qu’à se perdre ! Alors CSD refait le français dans toutes les langues ou plus précisément invente le poème hors langue par toutes. Est-ce rapporter le poème au traduire ?

La nomination dans l’appel ou le merci dans l’entre
Que se nomme s’entend-il quand un magyar dit köszönöm ? Il y a un défi fait à la traduction dans l’œuvre de CSD : traduire n’est pas tirer du sens à partir de l’incompris mais « s’étonner » (K, 21) pour que « sans préalable / touche venir » (K, 20). Un livre au titre qui écorche nos prononçables commence par défaire le traduire : Avant que tard dire en courant (K, p. 7) qu’on peut lire « avant de traduire en français courant » non comme on l’entend habituellement mais comme l’exigence du poème : ce paradoxe est au cœur de l’œuvre de CSD. Le français courant ou la langue se mettant à courir dans l’écoute de ce que l’étranger lui fait faire : voilà, par exemple, ce livre (au titre) étrange qui engage une politique de la langue en poème contre les assignations purement linguistiques : « On entend Que ce neume et c’est merci » (ibid.). Comme d’un souffle et c’est traduit !
Ce mot-titre qui dit donc littéralement merci en hongrois vient ici par le « déploiement » (K, 138) du poème augmenter les résonances d’un tel souffle sur plus de 157 pages d’un livre mais il faudrait certainement concevoir le livre comme le chantier ouvert par tous ces livres qui font un en cours du poème de l’appel. Les résonances (s’)ouvrent une politique linguistique qui est aussi une anthropologie poétique où la langue est arrachée à quelque identification que ce soit. C’est ce qu’il faudrait essayer non de suivre mais de vivre car aucune somme de savoirs ne s’en déduirait même en hypostasiant l’écriture d’autant que CSD fait un leitmotiv d’une genèse toujours rapportée à l’exode (par exemple en K, 11). Aucune hypostase de l’écriture même puisque c’est le mouvement de l’écriture qui porte l’écriture et non l’inverse tout comme c’est le souffle qui porte le traduire et non l’inverse :
Je noie ce que j’écris dans ce que j’écris. C’est de la vie qui passe. (p. 78)
L’écrire de CSD s’exerce à la défaite de tout réalisme dans et par la recherche d’un nominalisme actif à condition qu’on entende ce dernier comme une énonciation s’augmentant de ses appels sans termes « pour ne plus savoir de nommer qu’appeler » (Aa, 217). Les variations formulaires prises au mouvement pensif du poème de CSD attesteraient une telle affirmation par trop péremptoire quand le poème se refuse à asséner quelque vérité ; parmi d’autres : « Je ne veux pas désigner pour être comprise mais pour approcher, pour que m’approche » (K, 19).  De la compréhension à l’approche, le poème n’épouse aucune nostalgie linguistique ou déploration métaphysique ; il s’exerce toujours à une éthique du coup par coup « jonglant avec de minuscules déflagrations » (K, 20). Il ouvre à un étonnement toujours proche de l’expérience « comme dans les contes et dans l’amour » (K, 59): le poème cherche « comment dire sans dévoyer les mots dans la séduction ou la crapulerie » (K, 26).
Le traduire de CSD n’est donc pas le passage d’une langue à l’autre mais l’emportement discursif au sens anthropologique qu’a initié Emile Benveniste. Une formulation qui rime par les deux bouts engage ce mouvement traducteur : « L’annoncée ne se lève pas du tombeau général de l’énoncé » (K, 29). Disjoindre radicalement le sujet à venir de tout objet propositionnel assertif ou plus simplement le dire du dit, c’est porter toute l’écoute vers l’épopée d’une voix qui « tyrannise la langue pour s’échapper de langue et rejoindre le vent. Des mots tombent de l’écho » (K, 30).
Le risque est grand alors de tout perdre dans cette dérive où « ce n’est pas pour faire poème qu’on coupe sa phrase mais parce qu’on ne sait pas ce que je ne sais pas qui est entre » (K, 52). Cette traduction au sens d’un transport du je au on oriente tout le discours comme transsubjectivation vers un impersonnel radicalement discursif si ce n’est historique : « qui est entre ». Alors le transport devient rapport puisque c’est « qui est entre » qui prend toute l’écoute, toute l’écriture même au point d’en constater que : « Dans les poèmes le silence grandit. On dit dépouille et d’un mot l’esthétique est éthique » (K, 28). Traduire comme rapport opère un balbutiement où « je balbutie de peur pas du tout de principe. Je ne sens je que fondu dans le désir d’arrachement. Et d’abolition » (K, 59). Alors « chanter c’est parler étranger. Très » (K, 60). L’intensif refait la phrase à partir du phrasé (« étranger.Très ») et indique la dimension d’inconnu de l’expérience telle qu’engagée dans et par le poème (« Eveil par non appris », K, 60).
Mais on a gardé quelque chose : la certitude de n’être qu’en relation. Comme dans les contes et dans les pays pauvres. (K, 37)
 A ce point, le poème de CSD engage à proprement parler une anthropologie relationnelle qui associe poétique et politique au plus près du mouvement propre au poème réinventant d’ailleurs ces derniers domaines qu’on ne peut maintenir dans les anciennes notions.
 
La voix dans le vacillement ou la relation dans le tu
Il y a avec CSD un pari à tenir : L’essor d’une voie : une voix (K, 17). L’homophonie n’est pas un jeu de mots mais un déploiement de poème puisque « l’espace déployé défait les œuvres en conservant le déploiement pour l’œuvre » (Ibid.). Ce travail du déploiement dans l’œuvre de CSD serait la tenue conjointe d’une volubilité et d’une retenue. Je prendrais pour seul exemple ce fragment d’un alinéa :
Halluciné de fatigue, on griffonne trois mots pour ne pas oublier la pensée qu’on a eue dans le déploiement. Mais la pensée devait être dans ce qu’on n’a pas noté, dans les virgules et les temps. Dans le déploiement. Il ne reste plus qu’une liste de mots qu’on précipite. (K, 138)
Trois brèves lignes en italiques centrées le précèdent en six groupes (de souffle ?) séparés par des barres. Elles engagent un phrasé interrogatif sur l’attaque consonantique en /k/ :
Qui et qui sont / ceux qui s’en vont ? / quoi et quoi ? / ce qui s’en va / des camarades ? / qui viennent ? (K, 138)
L’alinéa est suivi par deux pages et demi de texte justifié à gauche et de corps beaucoup plus petit que les deux paragraphes précédents, le tout sur l’air d’un monologue conté[15] (rêvé, fantasmé ? avec, entre autres, la Belle et la Bête qui prend l’eau dans la mer rouge pour devenir l’oiseau bleu et se demander « pourquoi près c’est si loin ? »). Y est souligné le fait qu’« il nous faut être deux pour les métamorphoses » (K, 139) tout comme continûment « le poème marge le conte, ronge où il peut » (K, 137). Là encore c’est l’appel qui emporte ou, plus précisément dans les termes de CSD, « ce qui m’appelle que j’ignore » en se demandant successivement s’il s’agit de « la vase au fond des contes » ou des « couches d’eau du poème » (K, 84).
Que ce soit d’un point de vue générique ou d’un point de vue compositionnel, les pôles convoqués n’offrent aucune contradiction ; ils organisent une tension pour laisser résonner le mouvement même de la parole dans et par le poème. L’élargissement (on passe de trois mots à « une liste de mots qu’on précipite ») est aussi un resserrement (« il ne reste plus que ») et l’inverse car « si nous sommes le chemin, oublions-le vite pour encore une fois revenir les bras pleins » (K, 151) :
Alors en attendant qu’explose une fondrière avec le sens et l’ombre et l’intelligence et le désir, on rend le texte à l’obscur dans la délicatesse et la tristesse, afin d’en laisser croître les secrets qui font leur chemin, afin de préserver l’herbe et les rouages s’essayant à la machine langue comme on dit. Il n’y a pas de voix nouvelle mais d’homme à homme chaque voix est neuve. Alors on devient homme d’un jour dans la probité, un homme parlé par langue d’homme ce jour et jusqu’à dire ah voici le jour ou voici la nuit et c’est plus que le jour qui fut, te le dire. On laisse œuvrer les failles transformantes et les lisières car la langue ne sait pas revenir sur tout, la langue ne sait pas revenir au surgissement dont elle vient, la langue toujours fut et pourtant toujours grogne en sourdine : j’y arrive, j’y arrive. (K, 151-152)
Le syntagme te le dire resserre au plus juste le dialogisme fondamental qui fait le cœur de l’énonciation par poème de même que Benveniste parlait de celui qui anime le langage dit ordinaire (« Dire bonjour tous les jours de sa vie à quelqu’un c’est chaque fois une réinvention »). On voit par là comment CSD ne cesse de rapprocher politiquement et éthiquement le poème de l’expérience possible pour chacun du nouveau dans et par le langage : une telle expérience est désarrimée des postulats volontaristes voire sacralisants. Il s’agit d’attendre, de laisser croître, d’écouter la pluralité toujours au cœur de tout même quand il semblerait qu’un super-sujet (« la langue ») advienne puisqu’elle se met in fine à hésiter (« en sourdine ») ou à insister (« j’y arrive, j’y arrive ») – ce qui est peut-être la même chose renversante dès que relation. Aussi, « tous les livres se referment et dans les livres refermés, tous les mots se taisent en respect farouche du tu » (K, 154) : l’éthique emporte toute esthétique dans la relation éperdue où la poésie comme le poète deviennent ordinaires par leur force même :
Et voilà que le mot converti par le silence à ton souffle futur peut attendre et le veut, toi, moi, prochain matelot, premier brigand qui fendra le rocher, le livre enchanté. Aucun livre n’oblige, tous sont les obligés de celui qui lit. (K, 154)
C’est à ce point éthique qui engage le lecteur à hauteur de poète et le poète à hauteur de lecteur que la poétique de CSD me semble se resserrer dans des formes de vie et des formes de langage emmêlées qu’un mot valeur intensifie dans leur interaction même. Une séquence centrale au livre Köszönöm permet d’en suivre le fonctionnement au plus près. Le motif de l’orée l’ouvre aussitôt suivi par celui du cheval certainement emprunté à l’écrivain norvégien Tarjei Vesaas (1897-1970) dont le roman Les Chevaux noirs (1928) est emblématique :
Et voici le jour

Quoi ( ?) se lève sous le sabot d’un cheval qui se trouve justement [] sous la blessure de la jambe du cheval de Vesaas près de la barque tardive qui suffit bien oui mais voilà (K, 80)
S’en suit un récit emporté par son récitatif onirique non sans effroi jusqu’à ce que :
Et voici la nuit
Et voilà que tout vacille
Et voilà qu’une se lève pour entonner ses images dans la nuit
Et voilà qu’en moi tout vacille (K, 82-83)
Le vacillement caractérise ici une physique du langage : « La bouche plane beaucoup de choses planent » précède le fragment ci-dessus et indique bien que le récit est entièrement porté par le récitatif – ce que montreraient à l’envi les lancées raconteuses (« et voici » ; « et voilà ») jusqu’à cette coda dont l’énonciation impersonnelle (« on ») nous emporte au plus intime du conte, dans le conte du poème ou le poème du conte, sa voix éperdue :
[] On sait très bien que ça vient Tout plane depuis si longtemps On ne veut pas écrire dans la langue d’un enfant on veut marteler sonner cuivrer le chahut tendre l’arc à la parole et s’occuper de vérité mais seule la langue d’enfance apprivoise encore le vacillement On a blessé quelqu’un qui vous regarde blessé On ment comme un enfant on dit j’ai touché la forêt profonde on est resté dans la clairière près de la maison du potier On habite le frisson on est en prison du frisson sans même les barreaux à scier si loin de la parole claire dieu qu’on a peur À toute allure quelque chose dans la tête cherche partout dans une porte On voit de la lumière mais elle bondit trop vite dieu qu’on a peur dans l’ombre qui grandit sur l’herbe affolée Si au moins la lâcheté n’était pas un péché S’il s’avérait qu’un son très pur s’élève de cette fange et dire
Mon bien-aimé voilà que mon bien-aimé

mais je ne me souviens plus

Et voici que la nuit s’achève
Et voilà qu’une s’endort
Et voilà qu’en moi tout vacille (K, 83-84)
Le poème oscille et fait osciller tout ce qu’on croit qu’on sait non par l’argumentation logique ou la composition rhétorique ou encore par un quelconque devoir de mémoire qui fonderait la poésie en mnémotechnie, comme on le répète. L’oscillation qui n’est pas sans évoquer la culture enfantine des rondes et autres comptines déboussolantes s’accompagne aussi du chancellement au sens d’un inaccompli toujours en cours : et voilà tout va… scintiller mais faiblement quoique merveilleusement. Cette faiblesse constituerait justement la force dernière du poème en demandant qu’à la visée polyphonique on accepte un devenir cacophonique au risque de tout perdre, certes, mais peut-être de tenir alors la musicalité de tout[16] à condition de ne pas métaphoriser immédiatement en musique. C’est pourquoi la proposition apparemment incongrue de CSD est peut-être ce qui fait la force d’une telle écriture jusque dans sa poétique sauvage, si je puis me permettre :
La polyphonie est trop arrangée trop sublime pour la vérité. Cacophonie va mieux, je suis désolée. L’irrécupérable est aussi le boulot de la poésie. (Vent, 108)
Le poème de CSD alors même qu’il ne cesse de se nourrir de savantes études, de savoirs innombrables et surtout d’expériences merveilleusement reconsidérées n’en parie pas moins contre le poli pour le poly, contre le sublime pour le kakos. La voix dans sa pluralité même du poème blesse l’oreille trop éduquée, cultivée, qui sait se mentir à elle-même, quand la voix en poème inclut tout ce qui non seulement la nourrit mais en constitue le cœur battant :  ses consonances mêmes dissonantes, ses résonances mêmes repoussantes. Toute une politique du poème (« Les verbes sont à tous », Vent, 185) s’y entend alors de manière cacophonique, de faim à fin par exemple et ad libitum, dans ce moment clausule du même livre récent où l’apocope signe le vacillement généralisé du poème :
Fêt’ en faim

La rue la hord’
Pétéchies de pest’ noir’
Mèr ‘ goutt’ et berlue
Gourm’ à la têt’
Proie moie de moi
Même si
Bande plus que d’un’
Ta baston ma fill’

En pist’
Tiqu’ teign’ tarent’
Mes stars
Et poul’ et l’oie
Lamie qual’ et guêp’
Basse dans’ et gaillard’
Jusqu’au tourdion mes sœurs
d’et cætera de vie (Vent, 188-189)
CSD insiste sur « la lame de fond, l’étrange broussaille de sensations, analogies, qui afflue » (Vent, 109). Pour laisser « flotter au bord du néant des friches de langues ou d’histoires qui s’entêtent comme du chiendent » (Ibid.).
Savoir quoi que ce soit indiffère la poésie tant l’inquiète la venue. C’est un truc pour paresseux, pour idiots ou pour fidèles. Ce qui est presque dire pour tout le monde, juste pour tout le monde. La poésie est tellement à tous qu’elle n’est plus respectable et voilà ce qui effraye car il faudrait s’y risquer, aller aux putes : lire. (K, 114)
L’œuvre de CSD, si elle nous engage « au défaut des langues » avec Mallarmé, nous met également en défaut dès que nous oublions de « lire » (avec Mallarmé) « la musicalité de tout », c’est-à-dire avec CSD « un autre ordre qu’un ordre » (Vent, 107).



[1] Dorénavant : CSD.
[2] Dorénavant, les citations seront référencées en indiquant seulement le numéro de la page après les abréviations suivantes : ; At ; Vol ; ; Aa ; Vent.
[3] Je retiens parmi quelques autres chez Les Ennemis de Paterne Berrichon (Crest) : In petto, 1999 ; Comment dire ?, 1999 ; Les laissées, 2000 ; Une boussole pour Annie, 2002 ; La Tuade, 2002 ; Ich 2 ; Magnificat (avec Jean-Paul Héraud), 2009.
[4] Je renvoie à Langage et relation Poétique de l’amour, Paris, L’Harmattan, 2005.
[5] Sur cette notion qu’on ne peut limiter à la période 1945-1968, et donc au structuralisme, comme le propose Robert Estivals (Signisme. L’histoire du schématisme, t. 1, Paris, L’Harmattan, 2010), voir Philippe Païni, « Pour en finir avec le signisme », Résonance générale n° 1, L’Atelier du grand tétras, 2007. Ce dernier part de Henri Meschonnic, Le Signe et le poème, Paris, Gallimard, 1975.
[6] H. Meschonnic, « La nature dans la voix », préface à Charles Nodier, Dictionnaire raisonné des onomatopées françaises, Trans Europ Repress, 1985.
[7] H. Meschonnic, « Non mots mais phrases » (1970) dans Pour la poétique II, Epistémologie de l’écriture Poétique de l’a traduction, Paris, Gallimard, 1973, p. 149.
[8] CSD, Voir le ciel en marche et le blesser des blés qu’on fauche & Il n’y a rien à trouver en peinture, Crest, Les ennemis de Paterne Berrichon, 1995, np.
[9] « […] Trahie par ma parole j’ai cédé qu’elle dise avec ce qu’elle dit. Tout à fait au rebond des parois. Avec écume et bateau de bouchon. Être si attentif et dépourvu, si justement posé rien qu’un jour dans le monde que l’œuvre en soit l’essor. Intégrant l’inconnu. L’inconnue y délivre un petit jour. Ne réduit pas les développements de la nuit, non, lève autre chose sans équivalence : la lumière. L’autre face. Entre jour et nuit l’y besogne pendant que tourne le monde. […] » (K, 17).
[10] S. Mallarmé, Œuvres complètes, 1945, p. 364.
[11] Ibid., p. 368. Il s’agit du paragraphe conclusif de « Crise de vers ».
[12] « Hourvari dans la lette, disent les chasseurs pour dire qu’en fuyant la nuit des carniers, tu fus, chevreuil, acculé par l’océan à volte-face, à préférer les crocs, emportant d’océan jusqu’exploser le cœur : les requins, le galop des marées, le grand bœuf tacheté et la mort des marins » (quatrième de couverture – texte repris à la dernière séquence du livre : H, 101)
[13] Je reprends ici le titre d’un catalogue réalisé en « mémoire des œuvres éphémères et évolutives de Gérard parent et de Caroline Sagot Duvauroux sur les murs d’Espace Liberté. Crest – Eté 1994 », Edelweis noir & les Ennemis de paterne Berrichon, Crest, 1994.
[14] Voir à ce sujet : Rabatel Alain. Valeurs représentative et énonciative du « présentatif » c'est et marquage du point de vue. In: Langue française. Vol. 128 N°1. L'ancrage énonciatif des récits de fiction. pp. 52-73.
[15] Je ne peux m’empêcher d’évoquer ici Ingeborg Bachman avec laquelle CSD partage le goût prononcé des mélanges du conte et du poème, non comme genre mais comme aventure dans et par le langage où l’oralité est à son comble, comme avec les impardonnables qu’évoque Cristina Campo.
[16] S. Mallarmé, Œuvres complètes, op. cit., p. 645. Mallarmé écrit exactement ceci : « Son sortilège, à lui [« l’art littéraire »], si ce n’est libérer, hors d’une poignée de poussière ou réalité sans l’enclore, au livre, même comme texte, la dispersion volatile soit l’esprit, qui n’a que faire de rien outre la musicalité de tout ».

samedi 4 décembre 2010

Voix et relation: une présentation pour l'habilitation




Le dossier de synthèse et de travaux que j’ai réalisé sous la direction du Professeur Emmanuel Fraisse a pour titre général « Voix et relation. Essais pour le poème, la poétique avec la littérature contemporaine de langue française (œuvres, enseignement, revues et archives) ».

Il comprend trois éléments complémentaires :

- un essai récapitulatif de mes recherches depuis ma soutenance de thèse : « Poétique de la voix Poétique de la relation. La voix-relation, le poème » (tome 1), 222 p.;

- une présentation commentée de mes travaux de recherche, « Documents à l’appui », sous la forme d’une « Relation de voix » en deux tomes (tomes 2 et 3), 668 p. ;

- un essai inédit « Les Cahiers du Chemin ou les fines attaches de Georges Lambrichs. Histoire d’une revue littéraire au temps des avant-gardes (1967-1977) » (tome 4), 258 p..


Du langage à la voix : tel serait le déplacement effectué depuis la soutenance de ma thèse dans le cadre d’une anthropologie relationnelle avec la littérature contemporaine de langue française. Selon le point de vue adopté, la problématique s’en trouverait donc soit étendue soit réduite. En effet, la voix porte tous les risques d’une sortie du langage par le sonore si ce n’est par la musique et par l’efficace de la parole si ce n’est par la philosophie de l’action. De puissants motifs concourent à cette extension puisqu’il s’agit d’en finir avec les « limites de la littérarité[1] » et de participer ainsi directement au tournant discursif et énonciatif et plus largement au retour du sujet dans les sciences sociales[2]. Par ailleurs, la voix semble réduire la parole à l’une de ses qualités : elle participe alors à une augmentation du nombre de ses valeurs discrètes quand, par exemple, chez Gérard Genette dans le cadre d’une « technologie du discours narratif », la voix vient après l’ordre, la durée, la fréquence et le mode[3]. Plus vraisemblablement tout recadrage conceptuel par la voix s’avère incertain par la force des choses ou des habitudes : la force métaphorique légendaire de la voix fait souvent préférer une recherche de l’origine ou développer le thème de la présence (vs. l’absence) en lieu et place d’une attention au fonctionnement de gestes langagiers que n’enregistrent pas les prises coutumières. En outre, les dangers de transversalité éclectique et d’imaginaire débridé se trouvent amplifiés quand la voix oblige à répéter les clichés d’une réflexion ancrée dans les antinomies traditionnelles de l’intériorité et de l’extériorité, de l’affect et du concept, du proche et du lointain, de la tradition et de la modernité. Alors si « la voix est ce qui demeure[4] », elle se doit ici d’être ce qui change comme mouvement de la parole organisant un passage de sujet et, dans ses intensifs, comme poème inventant une relation de voix. Aussi, le changement de problématisation que j’opère demande-t-il d’augmenter encore plus l’attention critique – ce doublon reprenant ce qu’un Jean Paulhan signalait : « Critique est l’un des noms de l’attention[5] ». Tout comme la relation prise à son acmé dans la relation amoureuse avait permis, lors de mon travail de thèse, d’engager une critique du langage et de la relation, la voix qu’on cherchera dorénavant dans ses intensifs, des sans-voix aux voix dans la voix, devrait également ouvrir à une critique réciproque de la relation et de la voix. Il ne s’agira donc pas d’abandonner le langage mais de mieux le considérer du linguistique à l’anthropologique pour et par la poétique. La voix dans et par la relation constitue ici par hypothèse l’opérateur de cette nouvelle attention critique.

Ma thèse soutenue en 2002 auprès de l’Université de Cergy-Pontoise sous la direction du Professeur Daniel Delas, Langage et relation. Anthropologie du sujet amoureux et poésie contemporaine de langue française, prenait comme angle d’analyse le sujet amoureux dans la poésie contemporaine. Ayant constaté que les théories relationnelles les plus en vue (« praxéologie », « sociologie de la médiation », « relation esthétique », etc.) ne considéraient pas vraiment la « théorie du langage » initiée par Saussure, elle observait que pareillement les catégories interprétatives des discours poétiques dit amoureux (« amour », « poésie », « sujet », « lyrisme », « posture élégiaque », etc.) référaient toujours la relation à des antinomies essentialistes : le même et l’autre, la présence et l’absence, le lyrisme et l’objectivisme. Considérant un corpus d’œuvres d’une cinquantaine de poètes contemporains, la thèse proposait l’attention aux rythmes relationnels subjectifs, divers et mouvants, que les poèmes inventent pour « faire l’amour » dans un même mouvement de parole hors de tout dualisme. Ces systématiques relationnelles dégagées toujours empiriquement assuraient la conceptualisation d’un « signifiant-relation » comme activité spécifique du continu corps-langage amoureux dans et par le discours. La thèse concluait alors sur la possibilité d’observer dans chaque acte de langage un poème-relation en puissance, initiant une anthropologie de la relation pour repenser les liens du poétique, du politique et de l’éthique dans trois domaines d’activité inséparables : le langage, la société et l’amour. La poétique de la relation ainsi esquissée augurait une meilleure attention à l’infini des subjectivations (individuelles et sociales) au cœur des discours et d’abord dans l’exercice de la critique littéraire (enseignement et recherche).

Depuis 2002, bien des points à peine esquissés lors de la rédaction de ma thèse ont été approfondis dans plusieurs directions. La dimension monographique absente de la thèse demandait d’abord de vérifier plus avant dans l’œuvre de tel ou tel auteur les hypothèses parfois vite esquissées à partir d’une seule œuvre d’un auteur. La participation à des collectifs de travail autour d’un auteur et parfois leur organisation même autour des œuvres de Ghérasim Luca, Henri Meschonnic, Bernard Noël, James Sacré et Bernard Vargaftig ont permis de confronter, tant du côté des littéraires que des spécialistes d’autres disciplines des sciences de l’homme, les problèmes de l’approche relationnelle dans et par le langage. Ces échanges m’ont demandé de préciser la conceptualisation du « corps-langage » à travers des notions telles que celles de « phrasé », de « rythme », d’« oralité » ou encore de « gestes » ou d’« appel » en reconfigurant des recherches antérieures dans l’approche relationnelle. Pour l’essentiel, j’ai essayé d’approfondir la problématisation ouverte par la notion de « poème-relation » œuvrant ainsi au continu, comme point de vue épistémologique orientant l’ensemble de mes recherches en littérature. J’ai veillé à la tenue conjointe des deux notions par l’exigence de leur redéfinition critique réciproque dans la pluralité discursive en vue de reconsidérer les partages du littéraire et de l’ordinaire, de la pensée et du sensible, de l’écriture et de l’oralité, des genres majeurs et mineurs, des situations d’enseignement et de recherche. La critique par le poème de la narration réduite au récit et de la phrase arrimée à une structure syntaxique permettrait paradoxalement une reprise de voix par l’historicisation de gestes langagiers nouveaux et surtout infinis dans leur pluralité même, tout en promouvant empiriquement un universel du langage, le « poème-relation ».

C’est à ce point que j’ai dû opérer quelques déplacements qui dans un premier temps n’ont fait que poursuivre des activités antérieures à la rédaction de ma thèse et dans un second temps, depuis mon recrutement en 2006 à l’Université de Caen (IUFM) comme maître de conférences en langue et littérature françaises et mon inscription dans les axes de recherche du LASLAR-THL, m’ont offert de nouveaux terrains d’exploration. Engagé dorénavant dans le champ des études littéraires – ce qui n’était auparavant pas le cas puisque je tentais d’articuler des préoccupations linguistiques et littéraires qui m’ont conduit à une double qualification auprès des 7e et 9e sections du C.N.U. –, mes recherches se sont progressivement organisées autour de la notion de voix en essayant de la concevoir du point de vue d’une poétique relationnelle et d’une anthropologie du langage.

Le déplacement de corpus de la poésie contemporaine à la littérature dite de jeunesse, que l’ouvrage Quelle littérature pour la jeunesse ? publié au tout début 2009 a confirmé à sa façon, m’a permis d’approfondir la conceptualisation de l’oralité avec la notion de « racontage ». La multiplicité plus élargie de gestes relationnels parfois naturalisés parce qu’ad usum delphini ne pouvait que relancer « la question de la limite » que Marie-Paule Berranger a précisée s’agissant de quelques-uns des « genres mineurs dans la poésie moderne[6] » :

Qu’est-ce qui fait qu’un énoncé est ou non « littéraire », qu’il relève d’une littérature « populaire » authentique ou ironique ? : les jeux de décontextualisation et de bord à bord de la poésie moderne suggèrent que la réponse est dans la reformulation de la question : à quelle condition un énoncé sera-t-il lu, reçu comme « littéraire » ?

Toutefois, sans négliger le fait que cette « littérature » vient bien se fondre dans une culture de masse et donc demande de l’aborder du point de vue de sa réception autant que de sa production, il reste que « la question » demande de s’y reformuler et peut-être même d’y rebondir jusqu’à faire retour sur « la poésie ». Quand le « racontage » permet de dissocier voix et effets de voix, sa portée est loin d’être négligeable : « encore ! » disent les enfants justement parce que la réénonciation constituerait le moteur du racontage comme passage de voix. Une réduction de la transmission à la communication obérerait la relation de voix si les œuvres elles-mêmes n’obligeaient à considérer la voix comme relation non seulement cognitive mais aussi affective, l’une par l’autre. « L’évolution de la littérature au XXe siècle dépend profondément de ce détour par les petits genres qui font les grandes rivières[7] », conclut Marie-Paule Berranger, et j’ajouterai « de ce détour par » les genres pour les petits « pour le plus grand profit de la poésie » dont ils peuvent aussi « profiter ». C’est à ce point que j’ai tenu également à poursuivre le déplacement au sein de la didactique du français et dans la formation des enseignants. Par exemple, il s’est agi de prolonger « le bonheur des rencontres » (La Poésie à plusieurs voix) que chaque poème porte, jusque dans la classe pour ne pas cesser de faire de la lecture poétique le levier critique des apprentissages en français, langue et littérature (Le français aujourd’hui n° 169, juin 2010) : la poésie constituant un véritable opérateur critique des catégories habituelles de l’enseignement et de la formation des enseignants (prose/poésie ; son /sens ; discours/texte/phrase ; postures/registres/genres ; etc.).

Le déplacement problématique qui a suivi ma nomination à Caen est alors devenu plus conséquent. Mes nouveaux collègues m’ont doublement sollicité dans des voies qui m’ont permis de réexaminer au moins deux notions : la réécriture dont la pratique actuelle des performances poétiques demande de repenser la voix et le poème, et l’archive littéraire qui par-delà les approches génétiques des œuvres repose le problème de l’histoire de la littérature. Quelle voix continue dans les pratiques littéraires alors même qu’elles ne cessent d’évoluer, de se métamorphoser, de se jouer même de ce qui fait littérature, de ce qui délimite son expérience ? À cette question qui rassemble les nouvelles sollicitations évoquées, la voix qui continue permettait de relancer autrement mes recherches antérieures. Si une voix demande de penser le continu, son historicité est requise afin d’entraîner une multiplicité d’historicités et donc d’autres voix : le poème-relation ne peut alors s’arrêter à quelques stases définitionnelles. Son aventure est toujours à poursuivre aux deux sens du terme : le suivre en attachant la plus grande attention à tout ce qui fait son mouvement et sa poursuite dans sa réénonciation ; concevoir une théorie de la littérature qui ne soit jamais attachée à des essences pas plus qu’à des phénomènes dont l’homogénéité est requise, mais toujours éveillée par des relations dont la voix constituerait par hypothèse un test à privilégier.

On voit par là qu’une poétique de la voix semble requise à ce point de mon parcours afin que l’irréductible de l’expérience langagière comme relation inassignable y trouve peut-être (re)connaissance. Une telle poétique devrait alors se mesurer à une « poésie erratique, qui ne désigne ni direction ni horizon à atteindre, mais donne en partage ses égarements, ses tâtonnements, ses recherches[8] », comme dit Bruno Blanckeman de l’écriture de Philippe Jaccottet. Du moins devra-t-elle s’y ressourcer constamment… pour y reprendre voix et relation. C’est donc au plus près des œuvres et au risque de « la relation critique[9] » que l’activité du poème comme voix-relation peut vraiment entretenir la recherche dans son enjeu comme dans ses réalisations jusqu’à sa discussion tant par les pairs que par d’éventuelles reprises dans le cadre de l’enseignement ou de futures recherches à encourager.

Les documents à l’appui que j’ai rassemblés sous le titre de « relation de voix » tentent de rendre compte de ces déplacements en trois moments : une bibliographie analytique de mes travaux, quelques remarques sur les enjeux et réceptions des ouvrages publiés ainsi que les contextes et résonances d’un ensemble de contributions retenues. J’ai donc reproduit quelques-uns de mes travaux réalisés depuis ma thèse : travaux monographiques en poésie contemporaine autour de sept auteurs, travaux thématiques en théorie littéraire à partir de trois notions relevant de trois axes concomitants (la relation critique, le racontage et le poème-relation respectivement pour la critique, l’oralité et le poème) et travaux spécialisés dans des domaines impliquant la littérature (les archives, l’enseignement et les revues). La thèse soutenue, sa publication n’est pas à ce jour achevée d’autant que d’autres ouvrages plus spécialisés sont venus étendre son problème et que la conceptualisation a parfois été orientée vers des publications monographiques. En m’associant aux recherches de mes collègues, j’ai effectué des reprises et des déprises qui ont spécifié chaque fois objets et méthodes de la recherche. Ma recherche a été également sollicitée pour des transferts ouverts aux altérités et aux engagements sans compter les problèmes que lui posent en permanence les pratiques de transmission l’obligeant à des décentrements ou à des recentrages. Ces documents à l’appui de ma synthèse s’achèvent sur la notion de « recueil » associée à celle de « recueillement » en désacralisant cette dernière mais en tenant le pari que la poétique et l’éthique s’entretiennent mutuellement si l’écoute ne cesse de s’y inventer. Il me faut alors reprendre ce qui maintenant seulement peut faire sens, c’est-à-dire à la fois donner direction et préciser les enjeux, pour ces travaux recueillis depuis ma soutenance de thèse.

L’essai de synthèse que je présente pour cette habilitation ne présente qu’un état d’une recherche en cours. Il retient deux points de vue congruents sur la voix et la relation en littérature contemporaine. Dans un premier temps, il envisage un premier parcours problématique croisant des travaux contemporains qui offrent des conceptualisations de la voix : il s’agit d’une sorte de traversée qui partant de l’œuvre théorique d’Henri Meschonnic se poursuit autour de notions souvent conjointes aux problématiques de la voix, du rythme au style, de l’éloquence à la performance, du ton au phrasé sans reprendre les points déjà abordés dans ma thèse ou dans les ouvrages et articles qui l’ont suivie. La lecture de ces travaux n’est pas exhaustive et n’a pas pour objectif d’en évaluer l’intérêt ou la validité en soi mais d’en saisir les attendus, les cohérences et les saillances du point de vue de ma propre recherche, laquelle devient explicite dans un second temps. En effet, après ce parcours critique ayant permis de tester quelques-uns des opérateurs conceptuels dans certaines recherches en cours, je propose un autre parcours prenant appui sur quelques œuvres contemporaines. Après avoir tenté de rapprocher les deux notions, voix et relation, dans leur efficace conceptuelle réciproque au plus près des fonctionnements en discours, le parcours avec les œuvres suit une démarche spiralaire ou « en rosace », ainsi que Daniel Delas me l’a suggéré pour ma thèse. Il s’agit en effet de poursuivre une réflexion théorique avec les deux notions en tentant des reformulations que seules les œuvres permettent par leur spécificité : l’hypothèse d’une imbrication progressive de ces reformulations ne vise pas à trouver une formulation dernière ou, en m’appropriant les remarques introductives de Dominique Rabaté pour ses Poétiques de la voix, « un certain nombre de traits définitoires, car la poétique que je vise n’est pas d’ordre catégorique[10] ». Il s’agit plutôt d’augmenter la puissance du problème que tente d’entretenir la réflexion théorique : voix et relation avec les poèmes pour une poétique des œuvres inventant une relation critique comme relation de voix.

Les attendus d’une telle recherche concernent bien évidemment au premier chef la poétique des œuvres elles-mêmes : engager au maximum la rencontre des historicités, en écriture et en lecture, pour éviter tant les subjectivismes que les autoritarismes, les intrumentalismes que les réductionnismes, bref accompagner les œuvres dont la voix-relation continue. Une telle poétique a pour corollaire immédiat l’écoute des situations d’enseignement à tous les niveaux (de la classe au séminaire) puisque s’y multiplie la relation aux œuvres jusqu’aux résonances que celles-ci créent dans la relation pédagogique : les historicités y augmentent leur épaisseur notamment éthique et politique, constituant souvent autant de révélateurs des parcours et littéraire et pédagogique comme voix-relation continuée « se faisant » et non « toute faite[11] ». Je reprendrai sur cette question le constat et le conseil de Jean-Yves Debreuille pour les situations d’enseignement de la littérature : « investir une écriture contemporaine, qui ne saurait constituer un objet de savoir, est prise de risque, aventure dans la langue et en soi-même, et on ne saurait ni totalement prévoir, ni garantir le résultat[12] ». La didactique du français et de la littérature demanderait donc de préférence une heuristique de la « double entrée[13] » que ce soit en « grammaire » ou en « littérature » répondant à la double injonction d’un travail des historicités attentif aux mouvements et variations et d’une nécessaire stabilisation des savoirs. C’est en fin de compte penser une relation de relations, opérer un réglage des voix au plus juste avec l’inquiétude qu’introduit toujours l’œuvre littéraire quand elle n’est pas instrumentalisée c’est-à-dire rendue atone.

Il me faut mentionner l’implication sous-jacente de l’ensemble de ma recherche quant au refus de limitation a priori du corpus des œuvres. Si les champs littéraires, éditoriaux et scolaires sont à considérer et surtout à historiciser, l’attention critique se doit de veiller à ne pas soumettre la voix-relation à de tels cadres qui souvent naturalisent ou instrumentalisent des points de vue quand la voix-relation demande à la fois leur critique et leur transformation. Paradoxalement, les « nouvelles cultures » (littéraires, éditoriales, scolaires) permettraient de reconsidérer les cadres normatifs et en retour de reconfigurer les situations d’écoute de la voix-relation. Avec la littérature de jeunesse, la fable comme théâtre de voix peut retrouver la force du langage non sous la férule d’une moralisation ou d’une rhétorisation mais comme recherche d’un emmêlement démocratique des voix, d’une augmentation de l’écoute des altérités. Avec la poésie contemporaine, la narration comme histoire d’une voix pleine de voix peut associer l’intime et le commun en évitant aussi bien le lyrisme même désenchanté voire ironique que l’héroïsme même rédimé par un objectivisme testimonial ou infraordinaire.

Ce parcours avec les œuvres associant des approches plurielles (Jean-Luc Parant et Charles Pennequin et trois auteurs d’une même famille en littérature de jeunesse) ou se contentant de lectures monographiques (James Sacré, Sylvie Germain), finit sur une triple prise en compte de l’œuvre d’Henri Meschonnic qui participe d’un projet de biographie. Trois volets à la fois autonomes et complémentaires y contribuent. Ils prennent appui entre autres sur le fonds de l’auteur déposé à l’IMEC et l’organisation d’un colloque avec ateliers autour des archives du fonds en 2012, permettant de faire se rencontrer toutes les recherches actuelles avec son œuvre et d’en initier d’autres, qu’un numéro de la revue Europe à paraître début 2011 préfigurera.

Les Cahiers du Chemin constituent un des premiers cadres de ce projet biographique qui m’a demandé d’ores et déjà de travailler sur une période décisive dans l’itinéraire de Meschonnic mais en considérant une aventure collective, la revue dirigée par Georges Lambrichs aux éditions Gallimard de 1967 à 1977. Mon intérêt pour la revue comme lieu d’une histoire relationnelle de la pensée et de l’écriture est double : du côté de la didactique du français et du côté de la création poétique j’ai partagé avec de nombreux amis ou collègues l’expérience revuistique – je ne peux m’empêcher de mentionner ici ma participation au comité de rédaction de la revue Le français aujourd’hui depuis 1991 à l’instigation de Jean-Louis Chiss.

L’histoire des Cahiers du Chemin fait ici l’objet de l’essai inédit que je présente pour mon habilitation. Je ne suis pas historien et donc pour moi l’histoire d’une revue est d’abord la relation d’un rapport ou de multiples rapports dont l’historicité ne cesse d’être au travail jusque dans ma recherche. Toutefois, si celle d’autres revues a été faite, celle de cette revue pourtant éditée par les éditions Gallimard ne l’a pas été très étrangement. Il y avait à la fois urgence et rencontre heureuse pour ce qui me concerne puisque j’ai découvert et pense le faire découvrir à mes futurs lecteurs un homme de revue qui n’a cessé de penser la voix-relation dans son écriture propre et dans toutes ses activités éditoriales – je veux parler de Georges Lambrichs dont cet essai tente un portrait qui de l’individu s’étend à cette œuvre relationnelle pleine de voix qu’ont été ses Cahiers du Chemin. J’espère que cette contribution en mettant l’accent sur la poétique critique des écritures qui s’y sont rassemblées pourra quelque peu modifier le regard que l’on porte et sur cette période rapidement résumée à un situation antinomique (avant-gardes et traditions) et sur la maison Gallimard dont on va fêter le centenaire, sans oublier bon nombre de ses contributeurs sur lesquels il me semble utile d’attirer l’attention hors de tout isolement mais aussi de tout collectivisme.

En conclusion, je n’ai pas explicitement revendiqué le fait de travailler aux confins de domaines et de spécialités. Si la poésie n’a pas à revendiquer sa place dans les études littéraires au côté de celles des autres genres littéraires (roman, théâtre, essai, correspondances…), la tension entre son actualité et son inactualité[14] ne permet pas toujours qu’on lui consacre l’attention nécessaire. La littérature de jeunesse, dont seule une définition éditoriale ou éducative peut produire la marginalisation, reste néanmoins, comme d’autres littératures négligées académiquement, le lieu de revendications parfois considérées comme ancillaires. Par ailleurs, ce qu’on a coutume de désigner comme la didactique du français et de la littérature qui se voit de plus en plus considérée dans l’histoire littéraire ne l’est pas pour autant dans l’approche littéraire elle-même[15]. Je voudrais enfin signaler le champ des revues que l’histoire littéraire a certes toujours observé mais qui reste plus souvent investi par les sociologues de la littérature ou les historiens de l’édition que par les poéticiens.

Loin de me considérer en charge de questionnements nouveaux en littérature, ma préoccupation théorique dont les enjeux scolaires, éthiques et politiques importent, vise à augmenter l’interférence entre ces domaines, d’une part, pour y tester la validité du problème que j’ai appelé la voix-relation comme passage de sujet ou subjectivation relationnelle dans et par la voix avec les œuvres littéraires et, d’autre part, pour en montrer et surtout en inventer avec les différents acteurs la force transformatrice par le continu poétique. Le continu avec le poème l’emporte sur les stratégies du discontinu parce qu’il n’oublie pas l’attention à l’infime du langage, à l’éthique de la relation, à la politique des sans-voix et de la pluralité constitutive de toute voix au cœur des discours et exemplairement des faits littéraires y compris les moins reconnus ou les plus marginaux voire dont la reconnaissance institutionnelle n’est rien moins que certaine – mais n’est-ce pas là le défi constant que fait la littérature à la culture et à l’enseignement. Cette force du continu n’est pas un acquis mais une recherche toujours en cours demandant de penser sans cesse la relation critique, d’écouter la voix dans la voix et de tout faire pour que l’aventure de la relation ne s’arrête pas.



[1]. D. Chauvin, « Introduction » dans La Voix. Hommage à Pierre Brunel, Paris, Presses Universitaire de Paris-Sorbonne, 2009, p. 30.

[2]. Titre d’un colloque à Cerisy-la-Salle « autour d’Alain Touraine » en 1993 (Paris, Fayard, 1995). La direction était assurée par François Dubet et Michel Wieviorka.

[3]. G. Genette, Figures III, Paris, Seuil, « Poétique », 1972.

[4]. D. Chauvin, « Introduction » dans La Voix. Hommage à Pierre Brunel, op. cit., p. 31.

[5]. J. Paulhan, Petite préface à toute critique, Paris, Minuit, 1951.

[6]. M.-P. Berranger, Les Genres mineurs dans la poésie moderne, Paris, P.U.F., « Perspectives littéraires », 2004, p. 152.

[7]. Ibid., p. 250, ainsi que les citations suivantes.

[8]. B. Blanckeman, « Introduction. "Qui chante là quand toute voix se tait ?" » dans B. Blanckeman (dir.), Lectures de Philippe Jaccottet, Les Presses Universitaires de Rennes, « Didact français », 2003, p. 12.

[9]. J. Starobinski, La Relation critique, Paris, Gallimard, 1970.

[10]. D. Rabaté, Poétiques de la voix, Paris, Corti, 1999, p. 9.

[11]. J’emprunte à Charles Péguy et à sa Note sur M. Bergson et la philosophie bergsonienne dans Œuvres en prose, 1909-1914, Paris, Gallimard, « Pléiade », 1961, p. 1323.

[12]. J.-Y. Debreuille, « La question du recueil en poésie contemporaine », Cahiers Robinson n° 11, 2002, p. 141.

[13]. Voir J.-L. Chiss, « Langue(s) et grammaire(s) », postface dans Le Français aujourd’hui n° 162 (« Description de la langue et enseignement »), septembre 2008, p. 115-117.

[14]. Au sens de F. Nietzsche et de ses Unzeitgemässe Betrachtungen de 1873-1876 (Considérations inactuelles ou Considérations intempestives).

[15]. Voir, entre autres, pour une approche générale E. Fraisse et B. Mouralis, Questions générales de littérature (Paris, Seuil, « Points Essais », 2001), et, pour une approche plus linguistique, G. Philippe, Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française 1890-1940 (Paris, Gallimard, « Bibliothèque des idées », 2002).