samedi 16 juillet 2016

tu n’es pas sérieuse – avec Paul Klee



si ce sont des yeux
pour se perdre avec
ton odeur oblique
en verdure alignée
dans des pentes roses
où ça monte et descend
toutes les marches
des pétales de ton cœur
Roseraie, 1920, huile, plume, 
papier et carton, 49 x 42.5 cm 
Städtische Galerie im Lenbachhaus, 
Munich. Photo © Städtische Galerie 
im Lenbachhaus München © DACS 
2002


j’écris des lignes de rêve
en plantant ton jardin
l’ordre pousse ma cabane
et tout son fourbis
au milieu du chaos
de la multitude je n’en
finis pas de t’écrire


Jardin dans la plaine II (à la cabane de jardin), 1920, Huile sur papier sur carton
comme ma fenêtre
voit la vie en morceaux
je trouve trois couleurs
et je me répète te trouve
dans ton air enroulé
où s’emmêlent nos
proches et lointains

tu reviens toujours


mardi 24 mai 2016

dans les boules d’ambre jaune qui entourent ton cou

dans les boules d’ambre jaune qui entourent ton cou


il y a le point rouge
au cœur du sombre
mais c’est la foudre
ou alors l’aplat
comme si vivre regardait
le jour se coucher
entre deux voies
dans ta maison
jusqu’au ciel mon pays

et l’immense ici sous la lune rouge
non plus claire pour voir encore
un arbre et deux buissons devant toi

alors tu tiens tête pour se voir sous
les yeux en contre-jour puis tu les
élargis immenses comme des fruits

tout s’éclaire
dans ton mouvement
pincée et la robe bleue
le ciel plein de vent
comme si des fleurs
poussaient jusqu’aux nuages roses
au fond de ton grave regard

il faudrait se tenir les mains
comme pour se protéger ou c’est
pour mesurer la faiblesse et si le regard
apeuré
demandait sans savoir tellement vivre
fait énigme quand l’enfance la tienne
est maintenant
sauf à tenir un chat sa chaleur fait
sourire toutes les bêtes qui m’agitent
et tu t’abandonnes

hagard même si elle tient la main
au petit qui la tête cette femme
tu te souviens serre le poing
contre quel ciel écrasant même
le tableau de son portrait regarde

juste regarder un peu de côté
ou ce sont tes grands yeux
sous un chapeau noir et tout
garder sous les lèvres et si
le voile noir montre comme
un masque tes grands yeux
encore comme un reproche

se tenir pour voir
les deux mains
les deux bouches
les deux yeux
les deux nœuds
en blanc et bleu
serrés les deux

elle offre la branche de camélia comme
si derrière toute la lumière poussait son
sourire
et je déplie les contours de ton corps

dans des nudités roses ou terreuses
tu laisses quelques oranges ou citrons
pour que le regard tienne en rondeurs
ce qui n’est pas touché je reste silencieux

tu aimerais ce collier d’ambre
il résonne dans l’effroi jusqu’à
sa barbe ou peut-être les fronts
qui correspondent je pense d’eux
à nous

quand le regard sourit doucement
la main remonte tient-elle encore
ce qui tombe du ventre mais l’autre
main retient même les boules infimes
du collier et les deux aréoles des seins
si c’était toi je m’y laisserais couler

tenir tête avec la lumière
pour que tu allonges le cou
et tes joues roses resserrent
tes lèvres puis les narines
pour tenir les yeux grands ouverts
tu vois que je perds la tête

quand tu tiens la rose
et que je demande quoi
qui crie un secret tenu
presque des deux mains
ou c’est tout ton corps
jusqu’au port de tête
avec tes yeux grands

et la ligne vermillon pour voir
la douceur du buste sombre

quand les trois poissons
sages voient la fleur
la cruche pousse les oranges
et le rectangle s’arrondit

durs les potirons éclatent
et la table basse penche
comme le bleu de Delft
reflète toute la Chine
ici à peine dépliée
la nappe fait se lever
la nacre du collier
qui ne tombera pas
tu aimes repasser le linge
et j’aime mettre la table

tout est en rapports
c’est Clara ou le miroir
rien n’échappe à la vie
qu’on ne sait pas retenir
dans le blanc si proche
pendant que s’éloignent
les rouges de tous nos fruits





Paula Modersohn-Becker, 1876-1907 Mädchenbildnis Portrait of a Girl 1901 Städelsches Kunstinstitut Frankfurt






Le titre est emprunté à « Pour une amie » écrit à la Toussaint 1908 par Rainer Maria Rilke après la mort de Paula Modersohn-Becker (1876-1907), l’amie peintre de Clara Rilke-Westhoff ; les textes ont été écrits le 19 mai 2016, en parcourant l’exposition du Musée d’art moderne de la ville de Paris consacrée à cette grande artiste.

dimanche 10 avril 2016

vivre au jour la nuit

vers une poétique sans h
avec sa petite morale comme
ton art de presque vivre au jour
la nuit
m’engage à faire survenir
des bribes cherchées
retrouvées un jour pas prévu
mes philologues peinent
dans la vie une troisième
entre seconde et la première
légende effacée grattée
illisible pas indéchiffrable
pour faire sonner les phrases
dans la course véloce et lente
d’un très glorieux abrégé
bien trop long mais avec
du neuf retapé dans l’ancien
pour des itinérances et cahiers du chemin
en merveilleux déplacé nos métamorphoses
comme reprises de mémoire
au travail continué de motifs
échappés cousant l’écorce
de l’homme des bois dans le bleu
de travail en poche sa petite
vie miraculant les vies
minuscules de personne
            mais aussi ta robe toute rouge
            comme lumière ou ton air au fond
            de ces mêmes bois ou banlieues
enfin presque trouvée tu me perds


mercredi 10 février 2016

24 février 2016 à Censier : performance vocale avec un essai et un livre-poème

Une heure, un auteur
A la rencontre d’un enseignant chercheur
Serge Martin-Ritman
Mercredi 24 février 2016, 19h-20h
Entrée libre
Bibliothèque Universitaire
Salle de la Clef
Campus Censier, bâtiment C, 1er étage
13 rue Santeuil
75005 Paris
Métro Censier-Daubenton

La performance vocale de Serge Martin-Ritman fera voir-entendre deux livres parus en 2015 : Poétique de la voix en littérature de jeunesse. Le racontage de la maternelle à
l’université (L’Harmattan) et Tu pars, je vacille (Tarabuste). Un essai avec lequel « les
œuvres ainsi mises en mouvement par le racontage n’ont plus à être expliquées mais
réénoncées » (La Revue des livres pour enfants, sept. 2015). Un livre de poèmes qui
« est une passion en rimes et en rythme (…), un texte étrange, indomptable, hybride,
avec ses vers qui rebondissent et sa prose non ponctuée qui court » (La Nouvelle
Quinzaine littéraire, 15 février 2016).


Serge Martin est professeur de
littérature à la Sorbonne nouvelle                                
au département de didactique
des langues. Son enseignement
et ses recherches s’associent à
travers la problématique de la
voix et de la relation au plus près
des expériences du dire en lecture
et en écriture et plus largement
dans tous les arts.
Serge Ritman, écrivain et animateur 
de revues et de blogs, vient de publier